¼ c’est beaucoup

Par Andrée-Anne Roy

On se fait toujours dire de profiter de la vie, de vivre au jour le jour et de ne jamais regarder en arrière. Il nous faut absolument prendre les petites joies quand elles passent tout en laissant le passé derrière soi. Il nous faut arrêter de regretter le passé et ne pas trop prévoir demain.  Mais avec le temps qui nous presse, nous avons à peine le temps de penser, point.

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C’est ainsi que sans accomplissements de grandes envergures, toujours aux études et sans carrière que j’assume avoir traversé plus qu’un quart de ma vie.

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Se lever, s’habiller, déjeuner, se brosser les dents et courir encore pour ne pas rater l’autobus. On vit en «fastforward», toujours, sans arrêter. Nous mettons le pied dans un monde en ayant pour objectif le changement, la transformation. Un pied devant l’autre, gauche, droite, gauche, droite, on se bouscule vers l’avenir. Et le temps passe vite. Très vite et on répète sans cesse les mêmes actions. Si on se fie à Statistiques Canada, à la naissance, une fille de notre génération est destinée à vivre 81 ans alors que pour un garçon,  l’espérance de vie est de 75 ans. C’est ainsi que sans accomplissements de grandes envergures, toujours aux études et sans carrière que j’assume avoir traversé plus qu’un quart de ma vie. Un quart c’est beaucoup, surtout quand l’on se rend compte de la vitesse à laquelle nous vivons.

Tout est vite, on courre sans cesse après la montre. On dirait un concours ayant pour but de trouver la personne ayant les journées les plus comblées. Il ne suffit que de sortir de chez soi pour se rendre compte que le rythme de vie est à la va-vite. On se pousse, mais on se pousse à bout. À bout de nos capacités mentales et physiques et pourquoi en fait? Pour pouvoir rallonger nos jours en se disant que la procrastination s’envolera, ou bien pour réellement faire tout ce dont on planifie dans une journée?

Le temps ne s’arrête jamais. Toutefois, à certains moments c’est tout comme. Par exemple, en écoutant vos films d’horreur le soir du 31, vous avez sans doute vécu ce moment. Quand le tueur entre dans la maison et que tout d’un coup, on le perd de vue. Ce moment interminable, ce suspense, nous aimerions toujours vivre dans ce ralenti. C’est le même principe qu’en attendant la note d’un examen qui valait pour 50% du résultat final ou bien en attendant la fin des débats en assemblée générale. Les secondes s’étirent et le temps te «niaise». C’est pourquoi on dit souvent que le temps passe vite en bonne compagnie. En fait, c’est surtout dans le sens inverse où on s’en rend le plus compte. Les situations difficiles, tristes ou hors de notre quotidien nous semblent sans fin.

Un quart d’une vie, c’est plus que je l’aurais espéré à ce moment-ci de mon existence. Et si la tendance se maintient, chaque minute, chaque heure, ne feront que filer encore plus vite. Récemment, j’ai pris connaissance de toutes les attentes que notre famille, nos amis, nos collègues, mais aussi la société ont pour nous. On vise très haut en se créant une identité qui n’est pas encore la nôtre. En fait, si nous baissions nos exigences, nous serions sans doute plus satisfaits de nos performances en général, mais à quoi ça sert de ne pas être le meilleur? Personnellement, j’aime avoir ce sentiment d’être accomplie. C’est un peu l’équivalence de se sentir comme «Superwoman», en étant aussi irréaliste que le personnage lui-même.

Toutefois, j’ai souvent l’impression de mal gérer mon emploi du temps et c’est ce qui me fâche le plus. Si seulement nous pouvions avoir de la concentration à profusion, du sommeil liquide et des dragées pour se nourrir tout irait sûrement pour le mieux. Sauf que c’est beaucoup trop beau  pour être vrai et je m’ennuierais personnellement de manger de bonnes choses comme des chips une fois de temps en temps. Je ne connais pas le truc infaillible pour toujours être «su’a coche», invincible, trop organisée, mais ça débute avec la connaissance de nos  limites. Il est important de voir tous nos projets comme des défis, et non des obstacles, et surtout de surmonter notre stress en prenant du temps pour soi. Parce qu’après tout, du temps il nous en reste encore…


© Cathie Lacasse Pelletier

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