Thomas Goudrault

« On est ensemble » : construction d’un centre d’hébergement pour toxicomanes au Bénin

Par Jeanne Bergeron-Lavoie

S’impliquer dans la communauté étudiante, réaliser un stage et partir à l’étranger, c’est ce qu’ont fait cette année sept étudiants et étudiantes de l’Université de Sherbrooke. C’est en faisant partie du Groupe de collaboration internationale de l’Université de Sherbrooke (GCIUS) que les participants et participantes ont eu l’occasion de partir 14 semaines au Bénin pour soutenir l’Association Saint-Camille dans le développement d’un nouveau complexe d’hébergement et de traitement pour toxicomanes.

L’Association Saint-Camille-de-Lellis

L’édition 2019 du GCIUS réalise son projet en partenariat avec l’Association Saint-Camille-de-Lellis (ASC). Protecteur des malades et des hôpitaux, ce saint a inspiré le fondateur Grégoire Ahongbonon pour nommer son organisme, dont la mission est d’apporter des soins aux personnes vivant avec des enjeux de santé mentale et de sensibiliser la population à cette cause. La situation des malades internés dans les centres psychiatriques en Afrique de l’Ouest est alarmante. M. Ahongbonon raconte qu’il a visité des «hôpitaux psychiatriques» où les patients sont enfermés dans des cellules avec une double grille. Les patients ne sortent pas de leur cellule, on leur transmet le nécessaire entre les deux grilles et on nettoie la cellule en arrosant le sol rempli d’urine et d’excrément, comme on le ferait pour des animaux. Les membres de l’édition 2019 du GCIUS peuvent en témoigner, les récits de M. Ahongbonon donnent froid dans le dos. C’est un message qui va directement au cœur, mais qui du même coup donne espoir à la vue du travail que l’ASC accomplit. Un premier partenariat entre l’ASC et le GCIUS, mais certainement pas le dernier.

Le besoin

Bien plus qu’une simple construction, le projet du GCIUS est un investissement dans la communauté. Le projet est parti d’un besoin du partenaire de créer un nouveau centre spécialisé pour les toxicomanes. Jusqu’à présent, les toxicomanes sont répartis dans les différents centres de l’ASC ce qui entraîne différents problèmes. La mauvaise influence que les toxicomanes peuvent avoir sur les autres patients est la raison principale. En effet, les patients toxicomanes ont tendance à influencer les autres dans leur consommation. Afin de contrer ce problème et d’offrir un traitement spécialisé aux toxicomanes, l’ASC cherche à construire un complexe de traitement et d’hébergement pour les toxicomanes. Celui-ci comprendra douze bâtiments, dont huit destinés à l’hébergement de femmes et d’hommes, comme celui que l’édition 2019 du GCIUS réalise présentement. Ce sera une première pour l’association et le pays.

L’objectif

Alors, le projet du groupe, qu’en est-il? Il s’agit plus précisément de six étudiants et étudiantes en ingénierie et d’un étudiant en science politique appliquée. Il s’agit d’une immersion de 14 semaines, d’une construction de 12 semaines et d’une préparation de 60 semaines. Il s’agit d’une équipe, de deux cultures et d’un objectif. L’objectif étant de supporter l’ASC dans ses activités, ce qui se reflète principalement en 2 volets, soit la construction d’un bâtiment d’hébergement et le soutien logistique dans la recherche de partenariat.

Tout d’abord, la construction consiste en un bâtiment de 24 par 8 mètres qui comprendra quatre chambres, permettant d’héberger huit patients chacune, à Dassa, ville située dans la région des collines au centre du Bénin. Il s’agit d’un bâtiment de maçonnerie avec une dalle de hourdis pour le toit. L’équipe compte réaliser un travail de qualité qui perdurera dans le temps. Le budget pour la réalisation de ce bâtiment est de 35000 $ canadiens, ce qui inclut les matériaux, la main d’œuvre et le soutien technique de l’ASC. L’équipe travaille en partenariat avec un chef maçon qui fait office d’entrepreneur général. Comme le GCIUS a besoin de maçons, de coffreurs, d’électriciens, de peintres et de carreleurs, le groupe passe par ce chef maçon pour recruter cette main d’œuvre béninoise spécialisée. Bref, ces différents groupes travaillent en collaboration dans l’objectif commun de la réalisation du bâtiment. Ce regroupement de travail apporte la réflexion suivante à Maxime Poulin, étudiant en génie civil et stagiaire pour le GCIUS : «les défis d’ingénierie reliés à la construction […] sont surtout au niveau de la communication avec les travailleurs et les partenaires, mais aussi dans le travail d’équipe.»

Le deuxième volet concerne surtout le mandat de l’étudiant en sciences politiques appliquées. L’œuvre de l’ASC est le fruit du travail de plusieurs partenaires profondément investis dans la cause, et ce, malgré des moyens limités. Dans le cadre du travail d’une organisation d’une telle ampleur, il s’agit de comprendre la nature des partenariats, et favoriser un travail de concert permettant de concrétiser rapidement — et dans les meilleures conditions — les objectifs communs. C’est à cet aspect que le stagiaire s’est intéressé, tentant d’arrimer les intérêts des partenaires à la concrétisation du centre dans sa totalité. De plus, l’équipe organisera un événement de sensibilisation sur la santé mentale en misant sur l’inauguration du bâtiment pour générer de la mobilisation. Ainsi, la communauté sera informée sur cet enjeu, une sensibilisation nécessaire pour favoriser l’accueil du centre dans la communauté. Qui plus est, celle-ci s’est largement impliquée auprès des étudiants et étudiantes, ce sera donc l’occasion de souligner leur implication.

Le retour

 «On est ensemble», comme le disent les Béninois, est l’expression symbolisant l’union de tous dans une destinée commune, à l’instar de la solidarité qui fut nécessaire entre tous les partis impliqués afin de concrétiser ce projet. C’est l’union de tous, nonobstant les différences culturelles et les expériences singulières.


Crédit Photo @ GCIUS

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