EditoNous le savons, la viabilité des journaux et quotidiens (version papier) est en péril depuis plusieurs années. Les coûts d’impression et les répercussions écologiques sont en très grande partie les responsables du problème. Mais plus encore, c’est aussi une raison d’intérêt. L’avènement technologique permet-il la survie des hebdomadaires?

Par Marie-Claude Barrette   

Une question d’intérêt

Considérant l’interactivité proposée par les différentes plateformes web (pensons à La Presse+ par exemple), il est difficile de ne pas troquer la version papier de son hebdomadaire pour celle 2.0. Bien que plusieurs portent le blâme sur les « jeunes », le problème semble se poser à un tout autre niveau.

Et si les « jeunes » n’étaient pas intéressés par l’actualité? En effet, plusieurs études démontrent que la société d’aujourd’hui est moins informée : les plateformes numériques seraient une façon efficace d’attirer les lecteurs. D’autant plus que la nouvelle génération est avide de rapidité et d’efficacité.

Prenons le système d’éducation pour établir une comparaison. Nous arrivons tous à nous souvenir des bons enseignants lors de notre parcours scolaire et notre choix n’est nullement influencé par la matière du cours. Bien au contraire, c’est dans la façon de présenter un sujet et de stimuler l’étudiant que l’enseignant gagnera le cœur de ses élèves. Au même titre, les journaux doivent trouver une façon dynamique de créer l’intérêt. Enjeux sociaux, débats politiques, conflits mondiaux : les sujets resteront les mêmes dans l’actualité. La viabilité des hebdomadaires dépend d’abord de son contenant.

Créativité, interactivité et accessibilité deviennent les concepts clés à adopter et à préconiser afin d’intéresser la nouvelle génération.

Le premier coup d’œil

Si nous apprenons dès notre jeune âge à « ne pas juger un livre par sa couverture », l’ère du numérique, de pair avec les stratégies de commercialisation, vient nuire (quasi totalement) à ce concept. La nouvelle génération sera d’abord intéressée par ce qu’elle voit ; elle sera ensuite conquise si le contenu lui plait tout autant.

Navigation conviviale et participative, extraits vidéo et audio, galeries de photos, dossiers spéciaux : les applications ont tout pour plaire et surtout pour satisfaire. D’autant plus que les contenus numériques sont pour la plupart enrichis de textes complémentaires. Même les enfants y trouveront leur compte!

La diversité est donc sans aucun doute gage de sécurité tant pour le contenu que la forme. Ne restera plus qu’à évaluer les sujets qui intéressent particulièrement la nouvelle génération. Si les baby-boomers prônaient davantage des notions d’individualisme et d’idéalisme, la génération Y semble surtout préoccupée par ce qui influence de près ou de loin l’avenir.

« Agir aujourd’hui pour mieux vivre demain. »

Les lecteurs pourront faire leurs « Devoir »

Si plusieurs hebdomadaires proposent à leurs lecteurs une version numérique disponible sur les systèmes d’exploitation iOS et Android (L’Actualité, La Presse+, La Gazette…), le pionnier du monde du quotidien se joint au mouvement. En effet, Le Devoir a lancé, il y a deux semaines, sa toute nouvelle application pour tablette. L’accès au contenu est gratuit et illimité jusqu’au 8 décembre prochain : à vous de l’essayer!

Plus de cent ans après sa fondation par Henri Bourassa, Le Devoir propose, tout comme ses confrères, une plateforme interactive et un contenu enrichi. Le hic? L’accès à la version numérique, bien que moins dispendieuse que la version papier – une diminution d’environ six dollars – sera payante. Une mauvaise nouvelle pour notre génération qui raffole du « gratis ».

Le papier comme gage du souvenir

Livres, journaux, dictionnaires, magazines : leur fragilité amène aussi un lot d’émotions. Un livre usé par le temps contient à lui seul, indépendamment de son contenu, une histoire. D’ailleurs, il semble que plusieurs formats se présentent mieux sur une version papier. S’il est plus rapide et facile de trouver une recette de cuisine dans un moteur de recherche, rien ne vaut une brique encyclopédique couverte de farine adossée sur un appui-livres. Le principe s’applique également pour un roman. Dernièrement, dans une entrevue accordée par le très grand Ken Follet à un journaliste de l’Actualité, l’écrivain répondait à ce sujet : « Aujourd’hui, les lecteurs peuvent fermer le livre et brancher la télé, l’ordinateur… C’est pourquoi il faut les enchanter! » L’intérêt pour un livre se situerait donc dans son contenu et non pas dans sa forme. Une différence importante avec l’hebdomadaire. Alors, comment expliquer la montée du livre numérique?

Si l’Observatoire de la culture des communications a noté une baisse de 10 % dans la vente de livres au Québec (de 2009 à 2013) et que le dirigeant de Renaud-Bray qualifie l’industrie comme « fondamentalement malade », il semble néanmoins que certains types d’écrits revêtent un caractère qui leur permet de mieux survive aux avancements technologiques.

Les écrits qui durent dans le temps de par leur histoire se prêteraient mieux au papier ; l’inverse, au numérique. Ce serait donc dire que la pérennité d’un écrit influence sa forme…

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