10,75 $ et banques alimentaires, inacceptables selon la FTQ

Crédit photo © TVA Nouvelles

Par Catherine Foisy

Traditionnellement, si augmentation du salaire minimum il y a, celle-ci entre en vigueur le 1er mai, lors de la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses. De 10,55 $ à 10,75 $, le salaire minimum augmente de 20 cents en 2016, ce qui représente une hausse de huit dollars par semaine pour les travailleurs à temps plein. La FTQ, qui juge cette augmentation insuffisante, lance la même journée sa campagne pour un salaire minimum à 15 $ l’heure. Quelques jours après le lancement de celle-ci, Daniel Boyer, président de la FTQ, nous en parle. 

Le salaire minimum au Québec ne requiert pas l’adoption d’un projet de loi, il est déterminé par un décret du ministre du Travail.

Un ratio salaire minimum/salaire horaire moyen

Depuis 2002, le gouvernement opte pour une méthode de révision du salaire minimum en fonction de cinq axes : impact sur le pouvoir d’achat des salariés et sur la participation à l’enrichissement collectif, sur la compétitive des entreprises, sur l’emploi, sur l’incitation au travail et sur la pauvreté et les faibles revenus.  De ces cinq axes découlent treize critères où un seul n’est véritablement déterminant, celui du ratio salaire minimum/salaire horaire moyen.

Suite à une publication de littérature commandée par le gouvernement en place en 1997, le professeur Pierre Fortin préconise un salaire minimum se maintenant entre 45 % et 50 % du salaire moyen. Selon les calculs de la FTQ, ce ratio était de 46,4 % en 2015. Le salaire moyen se chiffrant présentement à 23,56 $ au Québec, un salaire minimum de 15 $ l’heure afficherait un ratio de 63,67 %, soit 13,67 % supérieur au seuil de 50 %.

Mais si cette méthode de calcul du salaire minimum est toujours en vigueur, elle ne fait pas l’unanimité. « Ces lois n’ont rien de scientifique, les économistes ne s’entendent pas sur cette façon de procéder », indique Daniel Boyer. « Ce sont nos alliés qui nous ont poussés, c’est le comité des jeunes de la FTQ qui nous a dit qu’il fallait en faire une campagne, et c’est pour cela qu’on porte ce chapeau-là. »

Un salaire minimum insuffisant à une bonne qualité de vie

Au-delà du ratio salaire minimum/salaire moyen, la FTQ se penche sur les conditions des travailleurs rémunérés au salaire minimum nouvellement de 10,75 $.

« [U]n salaire minimum de cette valeur, c’est avoir plus de difficulté à s’alimenter sainement, vivre dans un logement inadéquat, devoir se priver de sorties avec les enfants, ne se permettre que les friperies pour se procurer des vêtements, ne pas être en mesure de se procurer l’entièreté de la liste de fournitures scolaires pour la rentrée […] », peut-on lire dans la dernière version de l’argumentaire du MINIMUM 15 $ du service de recherche de la FTQ publiée le 13 mai dernier.

Le président de la FTQ ajoute à cela : « Avec ça, il n’y a personne qui est capable de s’épanouir au Québec. Oui, on est capable de subvenir à nos besoins de base, mais pas de se payer un restaurant. Et je ne parle pas d’un restaurant chic, mais bien d’un restaurant plus ordinaire, un St-Hubert, ou une soirée au cinéma. Pas de vacances non plus, et encore là, je ne parle pas d’une semaine dans un tout inclus, mais de quelques jours en camping avec les enfants. En demandant un salaire minimum de 15 $, on souhaite que notre société puisse s’épanouir. »

Une motion à l’Assemblée nationale

Du côté de l’Assemblée nationale, la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé, présentait le 18 mai dernier une motion en faveur de l’adoption d’un salaire minimum à 15 $ l’heure.

 « On parle d’un million de nos concitoyens et concitoyennes qui, au Québec, ne gagnent pas 15 $ l’heure. Il est temps que le Québec se dote d’un salaire viable qui permette de se sortir la tête de l’eau », souligne-t-elle en s’adressant à la présidente de l’Assemblée.

« [L]e Québec s’enrichit tellement que des chefs d’entreprises comme Dollorama, Tim Hortons, Walmart ou Couche-Tard gagnent plusieurs centaines de fois le salaire moyen de ses employés, et je ne dis pas le salaire minimum, je dis le salaire moyen des employés. On accepte cela comme société? C’est comme cela qu’on veut que notre société opère, fonctionne? » Afin d’appuyer ses propos, celle-ci ressort entre autres l’idée d’une société où les richesses sont partagées.  En exemple, elle cite la Colombie-Britannique et l’Allemagne.

C’est non sans surprise pour Québec solidaire qu’au lendemain du dépôt de la motion, le gouvernement libéral et la CAQ la rejetèrent. Le PQ, quant à lui, se range du côté de QS.

Une proposition sur six ans par la FTQ

Le salaire minimum de 15 $ l’heure proposé par la FTQ se base sur l’indice du salaire viable développé au Québec par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) qui tient compte du coût de la vie qui varie d’une région à l’autre. À Montréal, en 2016, le salaire viable serait de 15,78 $ de l’heure pour une personne vivant seule alors qu’il serait de 15,42 $ à Québec.

Naturellement, la centrale syndicale est consciente que pour arriver à un salaire minimum de 15 $ l’heure, il faut un plan élaboré qui permettra à la société québécoise de bien composer avec celui-ci. Ce faisant, celle-ci suggère six hausses successives de 0,70 $ à compter de 2016 pour atteindre un salaire minimum de 14,95 $ l’heure en 2022. Certes, si cette proposition venait à être acceptée, une révision devrait se faire en fonction de l’inflation.

« Même le premier ministre est d’accord que 10.75 $ de l’heure, ce n’est pas suffisant comme salaire minimum. Beaucoup de gens sont d’accord avec nous à l’effet qu’il faut augmenter de façon substantielle le salaire minimum », conclut Daniel Boyer.

Mais entre proposition et adoption, une certaine marge demeure. Les prochains mois seront sans doute déterminants pour cette campagne qui se poursuivra.


 

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