La santé sexuelle des Québécois se détériore

3 septembre 2007

Au Québec, le nombre de cas détectés de chlamydia a doublé depuis 1995. Le taux d’infection à la syphilis, une maladie que l’on croyait pourtant en voie de disparition, a récemment fait un bond énorme pour revenir au même niveau qu’il y a vingt ans. La lutte aux ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) semble donc loin d’être terminée, et les jeunes seraient plus que jamais un groupe à risque.

Mathieu Courchesne

C’est ce que révèle un rapport publié récemment par le ministère de la Santé et des Services sociaux. On y apprend que certaines ITSS, comme la syphilis et la chlamydia, connaissent une progression fulgurante. Le nombre d’infections au VIH demeure toujours aussi élevé, malgré toutes les campagnes de prévention mises en place ces dernières années.

Des jeunes insouciants?

Chantal Morin est intervenante chez IRIS Estrie, un organisme dont l’une des principales missions est de faire la prévention des ITSS dans la région. Selon elle, cette recrudescence des ITSS est en grande partie attribuable à un relâchement des pratiques sécuritaires, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes. «Autrefois, lorsqu’on faisait des ateliers de sensibilisation auprès de jeunes adolescentes, elles nous demandaient s’il était important d’embrasser un garçon. Aujourd’hui, elles nous demandent plutôt s’il est important de faire une fellation. Les jeunes sont beaucoup plus précoces dans leur sexualité qu’ils ne l’étaient auparavant et sont bien souvent mal informés en ce qui concerne les ITSS.»

Les statistiques semblent lui donner raison. Selon un récent sondage mené par Léger Marketing pour le compte de différentes compagnies de condoms, 42 % des jeunes Québécois de 18 à 34 ans croient qu’il n’est pas nécessaire de bien connaître une personne avant d’avoir des relations sexuelles. Seulement 61 % des répondants disent utiliser régulièrement le condom. De cette proportion, seulement 26 % l’utilisent pour éviter les ITSS; les autres s’en servent d’abord comme moyen contraceptif. «Il n’y a malheureusement plus de cours d’éducation sexuelle dans les écoles, déplore Chantal Morin. L’école croit maintenant que c’est aux parents de faire l’éducation sexuelle de leurs enfants. Les parents ne le font pas parce qu’ils croient que c’est à l’école de le faire. Résultat: tout le monde se relance la balle et, pendant ce temps, nos jeunes s’éduquent par eux-mêmes.»

Avoir une ITSS, est-ce banal?

Plusieurs experts sont également d’avis qu’un autre facteur peut expliquer la rapide propagation des ITSS: la banalisation de ces maladies. En effet, plusieurs infections se traitent maintenant à l’aide de médicaments. «N’oublions pas que toutes les ITSS, même celles qui se traitent, peuvent avoir des conséquences à long terme comme l’infertilité. De plus, il est reconnu que le fait d’avoir une infection comme la syphilis, augmente grandement les risques d’avoir une infection plus grave encore comme le VIH, qui est toujours, malgré ce que certains pensent, une maladie grave, incurable et mortelle», rappelle Chantal Morin.

Une solution simple

Pour prévenir les ITSS, l’intervenante suggère une solution toute simple: «Protégez-vous! Et n’hésitez pas à passer des tests de dépistage si vous avez un doute quelconque.» Elle rappelle également qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des symptômes pour passer un test, puisque plusieurs infections ne se manifestent que des semaines, voire des mois après avoir été contractées.

Si vous voulez plus de détails à ce sujet, vous pouvez vous informer auprès de l’organisme d’IRIS Estrie ou auprès de votre CLSC. La clinique médicale de l’Université de Sherbrooke offre également à tous les étudiants la possibilité de passer des tests de dépistage après avoir rencontré un médecin.

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