PSP: À la hauteur du pays

3 septembre 2007

Les 20 et 21 août derniers se tenait à Montebello le sommet désormais annuel entre les chefs de gouvernement du Canada, des États-Unis et du Mexique, MM. Stephen Harper, George W. Bush et Felipe Calderón, dans le cadre du Partenariat sur la sécurité et la prospérité (PSP). Le sommet était l’occasion de discuter de diverses mesures communes à prendre relativement au commerce, à l’environnement et aux mesures frontalières.

Julien Laflamme

Il a été impossible de recueillir les commentaires d’un officier du gouvernement canadien, mais M. Harper déclare par voie de communiqué que le tout s’est bien déroulé pour les intérêts du Canada. «Nos trois pays entretiennent des relations pacifiques et productives, a déclaré le Premier ministre. Nous sommes tous attachés à la démocratie, aux marchés libres et ouverts grâce à l’Accord pour le libre-échange nord-américain (ALENA) ainsi qu’à l’égalité des chances pour tous nos citoyens.»

Mais tous ne sont pas aussi enthousiastes à l’idée du PSP. Francis Poulin, de la Table ronde des organismes volontaires d’éducation populaires de l’Estrie (TROVEPE), fait savoir son opposition: «Nous sommes contre l’intégration continentale de la façon vue par les élites économiques. Nous y voyons une sécurité et une prospérité pour une certaine part de la population. On va sécuriser les frontières. On ne se préoccupe pas de santé publique, mais de réglementation des propriétés intellectuelles en faveur des pharmaceutiques. On protège donc plutôt les intérêts communs d’une certaine élite. La sécurité sociale est laissée de côté.»

L’autre point qui irrite le militant est le manque de transparence dans le processus de consultation. Il dénonce le fait que les seules recommandations sur lesquelles le gouvernement se base sont celles du Conseil canadien des chefs d’entreprises (CCCE), les syndicats, les groupes écologiques et les parlementaires ayant été oubliés. «Ils ne sont pas a même de calculer l’intérêt social. Ça ne créera pas consensus national», ajoute-t-il.

Joe Hanafin, du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCCEP), ajoute quant à lui que la mise en huis clos de la réunion était inacceptable: «C’est antidémocratique, on ne sait pas ce qui s’est discuté, alors que cela touche l’ensemble de la population.»

Selon M. Poulin, un des grands enjeux à venir du PSP traite des sables bitumineux de l’Alberta: c’est que le comité sur l’énergie va déposer un rapport. Il recommande de quintupler la production, qui passerait alors de 1 à 5 millions de barils. «Produire un baril de pétrole à partir de sables bitumineux requiert de deux à cinq barils d’eau. Celle-ci devient alors polluée et ne peut être réutilisée. En plus de cette pollution de la nappe phréatique, le Canada ne serait plus en mesure de respecter les normes de Kyoto. Tout cela pour les impératifs de la société de consommation nord-américaine.»

Le jeune militant altermondialiste s’oppose aussi au concept de frontière intelligente. «L’idée a émanée du CCCE: élimination des douanes pour plus de libre-échange plus rapidement. Donc moins de fouilles au niveau du fret, mais plus pour les individus.»

Le gouvernement se défend cependant sur la position en avançant que «l’incompatibilité de la réglementation des partenaires commerciaux risque de dresser des obstacles bureaucratiques inutiles au commerce et aux investissements, lesquels peuvent limiter l’innovation, nuire aux exportations et à la gestion efficace de la chaîne d’approvisionnement, augmenter les prix de détail et réduire les choix offerts aux consommateurs.»

Mais qu’est-ce que le PSP au juste?

Le Partenariat, contrairement à l’ALENA, n’est pas un accord officiel entre pays, mais plutôt un cadre dans lequel s’inscrivent les travaux de plusieurs comités interministériels qui viennent complémenter des accords ou agrémenter des politiques déjà mises en place. Montebello était le troisième sommet dans le cadre du PSP, mais des décisions importantes peuvent se prendre entre les sommets, étant donné la nature du partenariat.

Notons que des mesures par rapport à la sécurité énergétique et au contrôle nord américain de l’influenza aviaire et pandémique ont été discutées. La standardisation et le renforcement des propriétés intellectuelles ainsi que les luttes contre le piratage et la contrefaçon ont également été à l’agenda.

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