Bonjour, la police!

28 novembre 2007

«Ciel, le gendarme!» Cette expression tout droit tirée des pièces grotesques du cabotin Guignol va désormais s’intégrer au vocabulaire familier des écoliers de Magog. L’agent de police rejoint les rangs des intervenants scolaires que les élèves ont à saluer chaque matin.
Marie-Hélène LeBel

La police entre en classe, mais pas pour prendre des leçons d’arithmétique. La Régie de police de Memphrémagog a lancé un nouveau programme de parrainage-école afin d’augmenter concrètement sa visibilité auprès d’une classe plus jeune de la société, soit les écoliers du primaire et du secondaire.

L’opération a débuté par un projet-pilote l’an dernier. À la rentrée de l’automne 2007, l’opération s’est alors systématisée puisque les visites sont intégrées à la routine du corps policier. Ils sont depuis tenus de se rendre deux fois par cycle de travail (de 26 jours) dans l’établissement qui leur a été attribué. Dans les faits, on remarque toutefois que les visites sont beaucoup plus fréquentes. «C’est très valorisant pour les policiers», explique le capitaine Yves Denis, responsable du projet à la Régie de police de Magog.

Socialisation policière
Le policier est donc nommé responsable d’une école où il doit devenir un personnage familier. Il s’agit ici d’une mesure préventive; néanmoins, ce sont de vrais agents qui vont se promener dans les écoles. À ce titre, ils se devront d’agir en fonction de leur mission première, ce qui inclut la répression, le cas advenant. «Les policiers que nous envoyons à l’école gardent le même rôle. Il ne s’agit pas de policiers-bonbons. Seulement, leur but premier n’est pas d’enquêter, mais de socialiser. On veut se rapprocher des gens», précise le capitaine. Les policiers cherchent à créer un lien de confiance avec les élèves : «Nous voulons des confidences de la part des jeunes. Il faut normaliser la présence policière dans les écoles. Après tout, le policier est un intervenant comme un autre», a-t-il soutenu le 5 octobre dans les pages du Journal de Sherbrooke.

Selon ses dires, une grande part de la mission policière se situe hors du cadre de la répression. «La répression, c’est la troisième phase de la prévention», déclare-t-il, assurant que le travail du policier commence longtemps avant l’exercice du pouvoir coercitif. En allant directement dans les institutions scolaires, la Régie de police vise la réduction du problème à la source.

Au-delà de l’action directe, c’est l’image que les enfants se font des policiers que l’on essaie de modeler par l’opération de parrainage. «Au départ, les jeunes enfants voient les policiers comme des défenseurs de la loi. En vieillissant, l’image du policier-héros se détériore. C’est sur ce point que nous voulons intervenir», précise le capitaine. «Souvent, les parents vont leur transmettre une idée assez négative de ce qu’est un agent de police», ajoute celui-ci. Par une présence constante et régulière, la Régie de police de Memphrémagog espère que le jeune va cesser de voir la police comme une figure n’agissant qu’en situation de crise. «Nous voulons que les jeunes trouvent normale la présence d’une voiture de police à la porte de l’école ou une discussion entre le directeur d’école et un policier. Il faut que les jeunes sachent que le policier fait partie des meubles de l’école», affirme à plusieurs reprises le capitaine Denis.

Réactions citadines
Une tentative de rapprochement qui n’apparaît pas innocente à tous. Selon Serge Granger, historien et professeur à l’Université de Sherbrooke, «Il semblerait plutôt que le but du projet est de se servir des enfants pour obtenir des renseignements sur les gangs de rue ou les dealers. Normaliser la présence policière à l’école est une preuve additionnelle de l’échec de la prohibition. C’est s’attaquer aux conséquences du crime et non aux causes. Bref, on court après sa queue!» Auprès de la population, si la première réaction en est souvent une de crainte, l’opération semble actuellement être appréciée.

« Il faut normaliser la présence policière dans les écoles. Après tout, le policier est un interenant comme un autre. »- Capitaine Yves Denis

«Ça amène le calme, ça fait même parfois un suivi sur le contenu vu en classe. Par exemple, ça peut être gênant de poser des questions sur les drogues ou le «taxage» directement devant les autres élèves. Les étudiants peuvent alors profiter de la présence de l’agent pour obtenir une réponse à leurs interrogations de façon plus discrète.» Les professeurs, surtout, seraient enthousiastes.

Mobilier d’école
Pour tout dire, il n’est pas si marginal de voir déambuler des agents du corps policier dans les couloirs d’écoles primaires et secondaires. À Montréal et à Québec, ce genre de présence policière est de plus en plus fréquente. À titre d’exemple, dans le quartier Rosemont à Montréal, la policière Dora Paventi oeuvre chaque jour comme agente sociocommunautaire. Elle occupe un bureau dans le corridor de la direction et les jeunes, habitués à sa présence quotidienne, la saluent par son prénom.

Pour baliser les interventions policières en milieu scolaire, le gouvernement du Québec a pondu un document : Présence policière dans les établissements d’enseignement, Cadre de référence. Celui qui le consulte peut y lire «Il repose sur une vision moderne axée sur la collaboration entre les organismes au sein d’une société démocratique où le corps de police et l’établissement d’enseignement doivent être considérés comme des partenaires ayant le même objectif, soit le bien-être général de leur collectivité […] Dans un établissement d’enseignement, les élèves ne peuvent s’attendre à une protection complète de leur vie privée.»

Vous avez quelques chose à ajouter ou une question à poser...

Vous avez quelque chose à dire?