La rencontre du mot

28 novembre 2007

«Des mots, des mots, des mots, des mots des mots démocratie» - Richard Desjardins
Alexis Beaudet

Dossier spécial: démocratie. En faisant ce dossier, Le Collectif a voulu se pencher sur divers aspects de la démocratie, ici et ailleurs. Faut dire que le momentum était là. Alors que le Canada fait la guerre au nom de la démocratie, on observe que plusieurs leviers de cette
même démocratie sont plus fragiles que jamais.

Pensons aux lois C-36 et C-42, votées dans la foulée de la guerre au terrorisme, qui permettent la suspension des droits et libertés d’une personne sur la base de simples soupçons. Les mesures d’urgence sont de plus en plus fréquentes. En témoigne l’usage à répétition du bâillon, qui a entre autres permis au gouvernement Charest de voter la loi 142 sur les services essentiels, rendant la grève illégale dans un spectre de domaines plus large que jamais.

Récemment, les cégeps ont menacé leurs étudiants grévistes du risque qu’ils encouraient en
vertu de la loi 142. Syndicat des professeurs et gouvernement ont vite démenti cette allégation tendancieuse, qui néanmoins nous a montré le risque d’une telle loi pour le droit à la grève.

Rappelons-nous l’époque duplessiste et la grève de l’amiante en 1949. La grève était illégale et, pour une première fois, la GRC utilisait les gaz lacrymogènes contre des citoyens canadiens. Des affrontements brutaux ont éclaté entre la police, les grévistes et les briseurs de grève. C’est dire que le droit à la grève a été gagné de haute lutte et, à l’heure qu’il est, rien n’indique que ce droit sera préservé sans rixe.

Je vois la vie en rose
Depuis que j’ai pris l’engagement de m’habiller en rose, c’est comme si tout était devenu plus beau. Je pense sincèrement que cette couleur a eu un effet sur moi. À preuve, je me suis surpris à télécharger des chansons de Michel Rivard.

Le 14 novembre dernier, les étudiants de la Faculté des lettres et sciences humaines et de la Faculté des sciences ont voté deux jours de grève, les 15 et 22 novembre, journées de manifestations nationales. Le 15, 58 300 étudiants étaient en grève.

Le soir du 14 novembre, les étudiants de l’AGES avaient obtenu une entente pour faire un bed-in dans leur faculté. Les étudiants de l’AGEFLESH ont voulu les rejoindre, mais à 20 h, le doyen de la Faculté des sciences a informé ses étudiants du fait que ceux de la Faculté des lettres et sciences humaines allaient être interdits d’entrée.

Vers 22 h 30, les étudiants de sciences ont rejoint leurs amis au sous-sol de la FLSH où aucune entente préalable n’avait été prise avec l’administration pour tenir un bed-in. En regard des 102 arrestations brutales qui avaient eu lieu lors d’une occupation au cégep
du Vieux Montréal, la veille, ainsi que l’intervention des policiers lors d’une autre occupation à l’UQÀM, tout le monde était sur les dents.

Le calme d’Anne Lagacé, responsable aux affaires internes de l’AGEFLESH, ainsi que la participation bienveillante du service de sécurité de l’UdeS auront permis d’éviter la crise. En effet, une dizaine de policiers étaient postés à l’entrée de la FLSH. Ils n’attendaient plus qu’un mot du service de sécurité pour arrêter tout le monde.

Avec l’appui du service de sécurité, les étudiants ont tenu un «conseil de grève» pour décider de l’attitude à adopter. «La culture décisionnelle militante de l’AGEFLESH a été respectée par la sécurité de l’UdeS, et ça, vraiment, j’ai apprécié», commente Lagacé.

Il y avait là un joli mélange politique: sur 30 personnes, il y avait notamment Geoffroy Bruneau, ancien exécutant de l’AGEFLESH; son opposant Simon-Pierre Lussier, du DÉPAR; Dominique Boisvert, président de l’AGES; Nastassia Williams, de PQUS; Carlos Guerreiro, de l’AETEP et Kim Lachance, de la FEUS. Autant dire que tous les groupes politiquement actifs sur le campus s’y trouvaient en compagnie de leur antagoniste respectif.

L’esprit de collaboration qui avait commencé plus tôt était palpable dans le groupe. Plusieurs positions ont été exprimées, des plus radicales aux plus conciliantes. Finalement, on a voté pour l’unité du mouvement. Bien que les étudiants de l’AGES eussent eu une entente pour un bed-in dans leur faculté, ils ont choisi d’aller là où l’AGEFLESH serait la bienvenue, c’est-à-dire dans la maison de Jean-Martin Veilleux, un étudiant en écologie.

C’était beau à voir (excusez-moi, le fait de porter du rose exacerbe ma sensibilité)!

Il est de ces mots galvaudés dont le sens nous explose au visage lorsque le concept qu’il définissait à la base se présente finalement sous son vrai jour. Bonjour! Comme les mots liberté amour et démocratie sont trop souvent utilisés à tort, même pour justifier une situation qui en rien ne s’apparente à la démocratie.

Ce que nous avons vécu en cette nuit du 14 novembre était bel et bien de la démocratie, dans toute sa splendeur.

Je t’aime, Anne.

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