Réplique à «Cap sur le lobby »
28 novembre 2007
Après avoir assisté à ma conférence au dernier congrès de la FEUQ, vous avez publié en grande pompe deux citations juteuses: «On ne changera rien avec des manifestations» et «J’ai choisi la FEUQ pour l’argent». Quel scoop! Malheureusement pour votre agenda, l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire vous commandait de mettre ces citations
en contexte.
J’ai choisi l’argent…
Laissez entendre que j’aie pu choisir la FEUQ pour l’argent fait de moi un bien mauvais homme d’affaire ou de vous un bien mauvais journaliste.
Avec cinq ans d’expérience sur deux continents et la maîtrise de trois langues, croyez-vous réellement que j’aie choisi la FEUQ pour l’argent? L’allocation d’officier de la FEUQ était alors de 1291,66 $ / mois. Nul besoin de dévoiler mon ancien salaire, 1291,66 $ / mois représentait une baisse de revenu. Davantage, n’importe quel autre emploi aurait payé plus.
Dans ce contexte, il est évident que ma déclaration, «j’ai choisi l’argent», relevait d’une blague par l’absurde. Si jamais la nuance était trop subtile pour vous, l’éclat de rire de tous ceux présent aurait pu vous éclairer. Mais ceci, vos lecteurs n’en savaient rien jusqu’ici. Vous avez, pour forcer votre critique, sciemment choisi de l’omettre. Franchement Monsieur, j’ai déjà été insulté bien plus méchamment par des gens de bien plus d’intégrité. Pourquoi ai-je donc rejoint la FEUQ alors? Très clairement: le mandat des affaires fédérales canadiennes. J’avais le sentiment que je pouvais obtenir des gains pour les étudiants. Trop idéaliste pour vous? Peut-être est-ce vous qui êtes à l’argent? Peu importe, le résultat est d’intérêt pour vos lecteurs:
1- l’exonération fiscale complète des bourses au fédéral et,
2- l’acquisition du droit de travail hors-campus pour les étudiants étrangers.
Tout ceci, gagné à travers deux campagnes électorales fédérales et une bataille à Québec pour les 103 $M. Certainement, vos lecteurs auraient apprécié lire sur le sujet.
«On ne changera rien avec des manifestations… sans stratégie». Laissez entendre que je puisse simplement dire que les manifestations ne changent rien est un mensonge éhonté. Comme officier de la FEUQ, je ne compte plus le nombre de manifestations auxquelles j’ai participé ou contribué à organiser. Si je croyais qu’elles ne changent rien, soyez sûr que je n’y aurais jamais investi autant d’efforts.
malhonnête pour le mentionner. Ce qui est irresponsable, c’est de faire une manifestation sans stratégie en vue d’un gain. Modifier une loi, obtenir l’exonération fiscale des bourses ou 103 millions $ sont des gains. Les manifestations sont un moyen. Sans stratégie, elles ne changent effectivement rien. Pour être utiles, elles doivent s’accompagner d’autres éléments, dont les relations gouvernementales. Un élément encore plus important si l’enjeu dépend du fédéral. C’était là le point central de ma conférence. Considérant la façon dont vous avez choisi de rapporter ma citation, soit vous avez été trop stupide pour saisir le contexte ou trop. Ne vous connaissant pas, je laisse vos lecteurs choisir.
Guillaume Lavoie
Ancien vice-président,
Affaires internationales et fédérales
canadiennes, FEUQ (2004-2006)
Réponse
La FEUQ, école de la classe politique
Cette couverture était effectivement déficiente, j’en conviens. Pris de court par un dossier plus urgent, j’ai laissé filer ma première mouture dans la rédaction. Mauvais tir, sûrement. Mais ne vous en faites pas, nous aurons encore maintes occasions de nous rencontrer à nouveau.
Cela dit, 1291,66 $/ mois est un salaire que bien peu d’étudiants peuvent obtenir. Avancer que «n’importe quel emploi aurait payé plus» dénote une certaine déconnexion avec la réalité étudiante. Pourquoi avoir accepté un salaire inférieur à votre valeur?
Ceci nous ramène au sens de la question dont votre réponse fait ici litige. Un représentant vous a demandé ce que vous retiriez personnellement de l’approche lobbyiste, qui était le noyau de votre allocution. Je me souviens des chuchotements dans la salle, les gens admiraient votre boutade et votre talent à esquiver la question, d’où le rire. Et, effectivement, force m’est d’admettre que vous êtes très habile.
Alexis Beaudet
Rédacteur en chef
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