Comment produire pour ne pas trop consommer(ou l’art pour contrer

6 avril 2008

Vous l’aurez remarqué. Les granos, les hippies et les artistes zen à bandeaux sur cheveux gras sont réputés pour ne pas toujours s’habiller à la dernière mode. Fréquenter les friperies. Acheter à rabais. Réutiliser. Recycler. Mais surtout, réduire.

On jasait de ça l’autre nuit. De cette façon d’occuper son esprit et ses mains à rédiger, à griffonner, à jouer d’un instrument, à mimer, pourquoi pas! Et de ces gens qui passent leurs après-midis au centre d’achat.

Des filles qui s’achètent pleins de bébelles superflues. Des gars qui eux aussi se procurent des gadgets futiles. Des gars et des filles comme on en connaît tous. Des gens qui s’achètent une vie.


L’art de créer pour éviter de consommer.

Souvent, les adeptes de réflexion intellectuelle et les artistes dans l’âme consomment moins. Ce ne sont pas des résultats de recherches scientifiques, j’observe. Je vois des colocs partager des repas santé, économiques. Je vois des étudiants se vêtir pour des sommes ridicules tandis que d’autres déboursent des montants exorbitants. Je vois des gens qui utilisent autant que possible des contenants réutilisables, qui se soucient de recycler tout ce qui peut l’être et qui se déplacent à pied ou en autobus. Ce sont des
paumés, quoi!

Je n’appuie pas la consommation à vide. Ni le rejet extrême de consommation, qui fait passer à côté de la track ici ou là: omettre de se laver (faudrait considérer le bien des autres aussi), tenue vraiment élimée (quand c’est usé, c’est usé, à 0$ ou à 120$). Mais voilà, il existe une sorte d’énergumène entre les deux qui m’effraie tout autant. Celui qui réussit à surconsommer la création. Alors là… n’oublions pas que les peintures se vendent et que l’on paie pour aller au théâtre. Et j’ai bien peur qu’à l’inverse, un mordu pourrait surcréer des biens de consommation.

Mission remplissage, mais à quel prix?

La consommation devient parfois une activité en soi, un loisir. Ce qui démontre bien le vide qui nous habite. Et nous avons la manie de combler, peu importe avec quoi. «De vertu, depoésie ou de vin, à votre guise.» L’important, c’est que ça bourre! On est tous boulimiques, on se gave, puis on se trouve trop plein, on se prive un moment, on se sent vide et on recommence. Faut pas que ça bourre, non il faut que ça nourrisse, que ça soit nutritif! Il faut des produits de qualité pour satisfaire notre appétit et notre soif de vivre à long terme.

N’est-ce pas une belle façon d’investir temps et énergie que de mettre de côté la consommation et d’essayer de produire quelque chose? Travailler sur soi, se rapprocher de l’humain plutôt
que des choses. Triturer un minimum de matériel pour en tirer un apprentissage. Apprendre dans quoi se réaliser pleinement. Et souvent, en ces moments-là, nous viennent des questions existentielles pour s’explorer sans fin et non pas consommer en vain.

Rien ne se fait sans douleur, surtout pas l’attaque du vide. Car le vide fait peur. Ils font peur, les sauts en bungee de la vie. On ne veut pas se trouver trop près du bord, trop près de tomber. On vacille tout juste, on chancelle un peu. Un coup de vent et on se redresse, fiers de ne pas être tombés au fond du précipice. Fiers de ne pas s’être laissés entraîner au fond de soi pour confronter ce monstre hideux qui nous grimace et nous nargue: l’humain en nous.

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