Critique de film

6 avril 2008

Continental, un film sans fusil, Canada, 2008, 103 minutes

C’est l’histoire d’un gars, d’un couple, d’une femme, de plein de gens. C’est une histoire familière que tout le monde vit de près ou de loin: celle d’un vide, d’un rien. Que l’on pense à la fille qui laisse des messages sur son répondeur pour contrer sa solitude ou au couple qui tente tant bien que mal de mettre un peu de piquant dans son lit, il n’en ressort que le semblant d’une solution qui s’avère paralysée.

Tout au long du film, le réalisateur témoigne, par des transitions de scènes d’une fluidité habile et des images incisives, d’une maladresse généralisée, d’une incapacité à se prendre en charge soi-même. Dans Continental, on veut vous faire sentir ce rien fort et loin d’être vide, lourd d’inertie et d’ennui. On veut vous faire goûter cet état de contrainte que subissent ces personnages, prisonniers d’une attente qui reste latente.

Détrompez-vous, ici, l’espoir est une tare. C’est un peu étrange de vous conseiller d’aller voir ce film après vous avoir dit ô combien l’ennui y règne. Mais il y a plus qu’une réflexion à aller chercher. L’état dans lequel la vie des personnages nous plonge pousse paradoxalement à l’action; on ne veut pas finir comme eux! Alors ne serait-ce que pour cette thérapie par prescription du symptôme ou pour l’efficacité de sa mise en scène, je vous le suggère fortement.

Vous ne pourrez sans doute pas vous empêcher de faire le parallèle entre Continental et l’Âge des Ténèbres de Denys Arcand. Les deux se chevauchent pour décrier un même phénomène: une société agonisant sous son inaptitude écrasante, à la fois cause et conséquence d’un manque d’autodétermination au plan individuel. Le débat appartient dorénavant au grand public: que voulez-vous faire de votre vie et de votre monde, cher lectorat?

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