Critique de livre

6 avril 2008

Ourse bleue, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Pleine lune, 2007, 200 p.

Virginia Pésémapéo Bordeleau, d’origine crie, signe un premier roman avec Ourse bleue. Un roman mystique qui nous plonge dans le monde amérindien en ne cachant rien de ses beautés ni de ses misères. Victoria, une métisse crie, part à la recherche de ses racines amérindiennes. Avec son mari Daniel, elle parcourt les longues routes forestières de la région de la Baie-James, visitant les communautés cries: Waskaganish, Wemindji, Chisasibi, Waswanipi et Mistissini. Elle renoue avec des amis et des membres de sa famille, et réussit, petit à petit, à tisser un arbre généalogique complexe.
Le récit de voyage alterne avec celui des souvenirs d’enfance. On y voit la force de la famille et la richesse spirituelle amérindiennes. Toutefois les racines cries de Victoria s’enfoncent plus souvent dans un terreau sombre, parfois malsain, et fourmillant d’histoires étouffées. On touche alors à la noirceur humaine: alcoolisme, mauvais traitements, viol, inceste. Les souvenirs surgissent, poussant Victoria dans une mission spirituelle pour laquelle elle s’allie avec des chamans.

Ourse bleue propose un regard nouveau, tout en finesse, sur l’identité amérindienne moderne. On ne retrouve pas le «méchant Blanc» ou le «bon Sauvage» dans Ourse bleue; domination et colonialisme
sont relégués en arrière-plan. Les cultures crie et québécoise ne s’opposent ni se repoussent: elles fusionnent.

Plus encore qu’à une recherche identitaire, c’est à une quête spirituelle que nous convie Virginia Pésémapéo Bordeleau dans Ourse bleue. Un thème moins unanime, moins ressassé, surtout en contexte
amérindien.

Et il y a quelque chose de déstabilisant dans ce roman; on tend à rester distant, sceptique, on résiste. Néanmoins, on se réjouit de cette turbulence, de cette invitation à un monde différent, de cette réflexion nouvelle qui rebondit, tout naturellement, sur ses propres croyances.

Vous avez quelques chose à ajouter ou une question à poser...

Vous avez quelque chose à dire?