Broyer du gris

29 juillet 2008

L’université, ça sert à quoi? Y a de ces jours où les grandes questions de la vie dardent notre front avec insistance…

Andrée-Anne Boudreau

Sérieusement, est-ce qu’on peut espérer trouver un emploi avec un baccalauréat en arts ou en sciences humaines? Ceux qui surnomment «pelleteux de nuages» les artistes, philosophes, historiens et littéraires de ce monde n’ont peut-être pas tort. Tout ça pour dire que je me questionne sur l’avenir des arts dans le système scolaire. Que voulez-vous, il en faut bien des gens qui perdent leur temps, la tête dans les nuages, à penser, à réfléchir.

Je me rappelle avoir lu en avril dernier dans La Presse un dossier sur «la médiocrité des universités qui seraient devenues des machines à diplômer». De l’argent vite fait, bien fait. Des cours universitaires bidons, vides, creux, des trous à argent qui ne servent qu’à gorger les coffres. On admettrait plus d’étudiants que ce que le marché du travail a besoin. Normal donc que plusieurs ne puissent se trouver d’emploi à la sortie des études.

Mais au-delà de la problématique d’obtenir son diplôme à rabais et peu d’opportunités d’emploi ensuite, le plus déplorable demeure l’ennui des étudiants. Prenons pour exemple un étudiant en arts. Certes, ce n’est pas le pognon qui l’attire vers cette discipline. Alors, quoi d’autre? La passion: le fait d’aimer créer, d’aimer admirer l’art, d’aimer connaître les moyens d’expression des civilisations antérieures. Et alors? Eh bien, qu’il aille dans une autre université, car de plus en plus on élimine ces cours des horaires. Ça ne paie pas assez. Mais… Attendez une minute! Si on pouvait engager une personne expérimentée dens ce domaine, mais pas nécessairement qualifiée en enseignement pour donner un cours à 266,67 $ par élève, alors là… Avec des plages horaires incroyablement mal placées, pour combler les locaux vides, et bien on réussit à obtenir un peu de profit. Et c’est tout ce qui compte.

L’étudiant ne retirera pas grand-chose de l’aventure, sinon le désir de ne plus reprendre ce genre de cours mal organisé, peu concis, qui ne lui apporte plus ni plaisir, ni avenir… Ce n’est pas vrai que les étudiants veulent tout cuit dans le bec. Pas même les artistes. Au contraire, plusieurs désirent réfléchir, se dépasser pour en savoir plus, pour qu’on les encourage et les aide à viser haut.

J’ai été surprise lorsqu’une amie m’a lancé, carrément: «Faire de l’art à l’université?» À part Montréal parce qu’ils ont ben du monde et qu’ils sont presque obligés… c’est médecine, sciences, génie, admin, partout. Je trouvais qu’elle exagérait: «Voyons, on offre des cours ici aussi: histoire de l’art, dessin, peinture…» Mais quel contenu nous attend la plupart du temps? Quel type de ressources aussi? Presque rien, sauf en bout de ligne, un beau A pour ceux qui ont payé 266,67 $. Schling schling, merci le bohème!

Les beaux-arts? Dans quelques années on en parlera dans les cours d’arts comme d’une antiquité, d’une légende peut-être. Les cours d’art perdent un peu plus chaque année leurs lettres de noblesse au profit d’une marchandisation de cours «gomme balloune».

Mais enseigner est un art, sans doute. Peut-être le seul qui restera à l’université, dans quelques années…

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