Les parapluies de Sherbrooke

18 août 2008

Assis devant mon ordinateur, au beau milieu de la production du journal, je me demande avec angoisse de quel sujet je pourrais bien parler. Il me faut parler d’un sujet d’actualité, qui intéresse les gens… Une collègue m’envoie soudainement l’éclair dont j’ai besoin: «Pourquoi tu parles pas de la météo?»

Joël Lagrandeur

C’est vrai que la météo est clairement un sujet d’actualité ces temps-ci. Depuis un bon bout, en fait. Au-delà du fait que c’est le sujet de conversation incontournable de deux personnes qui cherchent à entretenir une conversation sans trop savoir quoi se dire, la météo a été sur toutes les lèvres pendant la dernière année. Et au Québec encore plus qu’ailleurs. Un article publié dans La Presse du 6 août dernier mentionnait en effet que 5,44 % de toutes les nouvelles parues au Québec pendant les six premiers mois de l’année concernaient la météo. «Et c’était avant que la pluie ne vienne jouer les trouble-fête et ne prolonge sans doute cette tendance», précise l’article. À titre de comparaison, il est également précisé qu’«une grosse nouvelle occupe en général 1 % de l’espace médiatique pendant une semaine.»

Mais pourquoi parle-t-on autant de la météo, cette année? Sans aucun doute à cause de la quantité inhabituellement élevée de précipitations qui nous est tombée sur la tête. Bien sûr, on peut pratiquement compter sur les doigts d’une main le nombre de journées sans pluie que nous avons eues depuis le début officiel de l’été, mais il ne faut pas perdre de vue non plus que la quantité de précipitations tombées pendant l’hiver fut pratiquement aussi importante. Dans la dernière année, Sherbrooke a reçu un 300 millimètres d’eau de plus comparativement à la moyenne de précipitation des trente dernières années. Un pied d’eau de plus… ou trois mètres de neige, comme vous préférez.

Et toute cette flotte n’a pas eu comme seul effet de ruiner pratiquement toutes les activités extérieures que vous avec pu penser planifier cet été. Elle a également fait sacrer un bon nombre de personnes qui, un peu partout dans la province, ont vu leur sous-sol être inondés. Et croyez-moi, ils sont légion, même dans la région: plusieurs citoyens du secteur Mi-Vallon de l’arrondissement Rock Forest ont été se plaindre, au dernier conseil municipal, du manque d’efficacité du système de drainage de leur voisinage. Certains ont même été inondés trois ou quatre fois cet été, et paraîtrait qu’un trou, dans ce coin-là, se transforme, pendant une forte pluie, en un vortex d’eau susceptible d’avaler un enfant.

D’autres, moins chanceux, comme un certain nombre d’habitants du petit village de La Bostonnais, tout juste au nord de La Tuque, ont vu leur demeure être anéantie par une crue soudaine des eaux. Et même ici, à Sherbrooke, les rivières nous ont donné des sueurs froides, cet été. Il y a quelques jours à peine, le niveau de la rivière Saint-François a surpassé le niveau maximal qu’il avait atteint pendant les crues printanières, passant à quelques mètres de sortir de son lit en plein centre-ville. La Magog, elle s’est payé le luxe d’occuper d’un mur à l’autre le canal de ciment qu’elle traverse au centre-ville. Dire qu’à la même date, l’an passé, on aurait pu la traverser à pied sans se mouiller les pieds…

Mais les Québécois n’ont pas été les seules victimes directes de la météo de la dernière année. La crédibilité de Météomédia aussi en a pris pour son rhume. Pour les météorologues de la station, cet été est un cauchemar sans fin. Au début de l’été, ils ont vu leurs prédictions de temps ensoleillé être ridiculisées par des orages aux dimensions épiques. Par la suite, lorsqu’ils ont finalement compris et qu’ils se sont mis à prédire des précipitations pour l’avant-midi, la pluie ne tombait que le soir… et la pluie annoncée pour le soir tombait le lendemain matin. Ces temps-ci, ils ne prennent plus de risques: ils annoncent chaque soir une veille d’orages violents. C’était sans doute là le truc pour avoir du beau temps: depuis qu’ils font cela, il ne pleut plus. Conseil d’ami: si Météomédia annonce quelque chose, prévoyez l’inverse!

Toutefois, toute cette pluie n’a pas que des mauvais côtés: certains agriculteurs ont reçu davantage de pluie que d’habitude, ce qui leur a permis d’avoir des récoltes plus abondantes… Mais évidemment, cela s’est produit au détriment d’autres qui, eux, recevaient normalement juste assez de pluie et qui ont vu leur récoltes pourrir sur pied. Le bonheur des uns fait le malheur des autres, je suppose.

Finalement, à bien y penser, il est plutôt difficile de trouver des côtés positifs à un été aussi merdique. Nous n’aurons pas eu le temps de faire nos réserves de soleil pour le long hiver à venir, ce qui signifie que les cas de dépression de fin de session vont probablement monter en flèche chez les étudiants. Mais au moins, au moins! la pluie fait jusqu’ici que mon rhume des foins ne s’est pas encore déclenché. Je touche du bois… Mais avec toute l’eau que les plants ont dû recevoir, je sens que les monstres titanesques que ces végétaux ont dû devenir vont chèrement me faire payer ce petit répit dès que le beau temps va décider de se réinstaller pour quelques jours… Maudit temps de cul!

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