Montréal, un incontournable?

18 août 2008

Chaque année, plusieurs musiciens en quête de succès choisissent d’émigrer vers la métropole. Cela se fait au détriment de villes comme Sherbrooke, au sein desquelles la scène musicale est moins développée. En effet, un plus grand bassin de population laisse espérer un meilleur réseau de contacts, et par le fait même, un plus grand auditoire, ce qui, espèrent-ils, suffira à les mener au bout de leurs rêves. Cela fait-il de Montréal un incontournable du chemin vers la renommée d’un musicien au Québec?

Martin David

«Non, Montréal n’est pas un incontournable.» Voila ce qu’ont répondu Mme Jacinthe Harbec, directrice et fondatrice de l’École de musique de l’Université de Sherbrooke, et Louis-Pierre B. Phaneuf, porte-parole de Misteur Valaire, un groupe à saveur électro-jazz qui connaît un succès croissant sur la scène musicale québécoise.

Selon Mme Harbec, à moins d’être un musicien exceptionnel, un étudiant en musique aura tout avantage à étudier dans un milieu plus restreint comme celui de Sherbrooke, ne serait-ce que pour l’ouverture qu’on y retrouve.

En effet, pour avoir enseigné au Conservatoire de musique de Rimouski, Mme Harbec affirme que des étudiants issus d’un plus petit milieu sont mieux disposés à s’entraider, chose qui favorise leur réussite. «À Montréal, personne ne se connaît et les étudiants ont tendance à s’enfermer dans leur chambre», explique-t-elle, d’où l’importance d’une «école de musique de taille humaine.»

De plus, les musiciens ont accès, durant leurs études à Sherbrooke, à davantage d’opportunités. Le milieu culturel sherbrookois étant en plein essor, notamment avec la récente création de l’orchestre symphonique de l’Université de Sherbrooke, presque tous les étudiants auront une place dans un grand ensemble, alors qu’à Montréal, «ce sont les exceptions qui sont valorisées.» La banque de musiciens disponibles pour des contrats est aussi beaucoup plus petite à Sherbrooke, ce qui fait que ceux-ci sont amenés à jouer plus fréquemment.

Malgré les avantages qu’elle voit à persévérer dans le milieu sherbrookois, Jacinthe Harbec ne néglige cependant pas l’importance de s’intéresser au milieu montréalais, ne serait-ce qu’à cause de la grande variété des styles musicaux qu’on y retrouve.

Louis-Pierre B. Phaneuf, quant à lui, affirme que le passage à Montréal n’est pas un incontournable, même si, dans le cas de Misteur Valaire, cela a grandement contribué au développement du groupe.

En effet, le milieu montréalais a permis au groupe de rencontrer plusieurs professionnels du milieu: des musiciens, une équipe de gérance et des projectionnistes vidéo, qui ont formé une équipe autour du groupe. De plus, la grande diversité de la scène montréalaise donne l’occasion aux musiciens du groupe d’assister à des spectacles de tous genres, dont ils peuvent s’inspirer pour développer ensuite leurs projets.

Cependant, Internet est également un outil non négligeable pouvant mener à l’émancipation de formations musicales sans qu’elles aient à passer par les maisons de disques. En ce sens, Misteur Valaire a lancé l’un des premiers webalbums, Friterday Night, distribué gratuitement sur leur site Web. Ils se sont aussi inscrits sur Myspace, un site de réseautage où les groupes peuvent soumettre leur musique en ligne afin que tous puissent y accéder. Cela permet aux musiciens d’entrer en contact avec différents artistes, de se faire connaître et d’annoncer les dates de leurs tournées. «Avec Internet, je suis persuadé qu’un groupe ayant une sonorité et une couleur bien à lui peut réussir dans le milieu de la musique.»

Selon la directrice de l’École de musique, la qualité de l’enseignement est similaire dans toutes les universités québécoises. Ainsi, «ce qui fait qu’un musicien va réussir à percer ne dépend pas du milieu dans lequel il a évolué, mais bien de sa curiosité, de son talent exceptionnel et de sa qualité d’entrepreneur». Des atouts dont bénéficie Misteur Valaire qui, espérons-le, mèneront le groupe vers la scène électro-jazz internationale!

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