La commission Bouchard-Taylor reléguée aux oubliettes?

30 septembre 2008

La population se souvient-elle de la crise médiatique sur les accommodements raisonnables qu’a traversée le Québec en 2006 et en 2007? Et se souvient-elle de la réponse du gouvernement? La commission Bouchard-Taylor, abréviatif de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC), réalisée par le gouvernement à l’automne 2007, est-elle aujourd’hui morte et atterrée?

Andréanne Laliberté

Selon le rapport, publié en mai 2008, le Québec n’a pas vécu de crise des accommodements raisonnables. Le tollé médiatique relevait essentiellement d’ententes survenues entre certaines institutions ou entreprises privées et des personnes d’une nationalité autre que québécoise et relevées par les médias entre mars 2006 et juin 2007.

Pour y voir clair, la Commission avait engagé deux chercheurs chargés de reconstituer les faits des évènements concernant des accommodements raisonnables qui avaient troublé la population. Les chercheurs ont conclu que 15 des 21 cas étudiés présentaient «une distorsion entre les faits reconstitués et les perceptions générales de la population à l’égard de ces cas.»

Par exemple, selon eux, il est faux d’affirmer que des hommes aient été exclus des cours prénataux du CLSC de Parc-Extension. Les hommes peuvent y assister, mais certains cours s’adressent surtout aux femmes. La directive de la SAAQ voulant que les évaluateurs cèdent leur place à des évaluatrices lors d’examen de conduite de femmes musulmanes a également été mal rapportée. Si une évaluatrice est disponible au moment de la demande, il peut y avoir un arrangement sans contrevenir au droit de l’égalité des sexes. La demande de musulmans à la cabane à sucre de changer le menu
à la dernière minute et de libérer une salle de danse afin de prier a elle aussi été déformée par les médias. L’association musulmane Astrolabe avait réservé une semaine à l’avance en spécifiant leurs restrictions alimentaires et a dérangé quelques personnes présentes dans une salle de danse durant environ dix minutes afin de prier.

Quelques mois après avoir vécu une remise en question intensive de son identité, la population québécoise a-t-elle oublié toute la saga des accommodements raisonnables? Le gouvernement n’a pas annoncé de nouvelle décision concernant le dossier depuis le printemps dernier. Le 22 mai 2008, date du dépôt du rapport de la Commission, Jean Charest avait annoncé l’adoption de quelques mesures dont la mise en place était déjà débutée. Il avait alors parlé de favoriser la francisation des immigrants et de leur faire signer une déclaration les engageant à respecter les valeurs communes de la société québécoise. Il avait aussi annoncé la création d’une ligne téléphonique 1-800 pour répondre aux questions des fonctionnaires, des commerçants et d’autres dirigeants.

Plus près de nous

L’Université de Sherbrooke accueille, cette année, 1 300 étudiants provenant d’une soixantaine de pays différents. Le climat interculturel est sans doute avantagé par les services d’aide aux étudiants internationaux ainsi que par leur participation à différentes associations étudiantes. Au sein de la société universitaire, le multiculturalisme se vit sans embarras.

Cependant, la façon de vivre l’interculturalisme est tout autre au sein de la société québécoise en général. Les remous qu’ont créés les accommodements raisonnables au sein de la population et certaines interventions de la part de citoyens lors des forums publics de la Commission sur le sujet ont démontré que le Québec n’est pas exempt de discrimination envers les différentes communautés culturelles.

Dans le rapport de la Commission, certaines des recommandations touchent la création de nouvelles politiques ou de nouveaux programmes relatifs à l’interculturalisme et à la laïcité. On propose aussi d’améliorer l’intégration des immigrants en reconnaissant leurs compétences et leurs diplômes. De plus, les commissaires appuient dans leur rapport «la responsabilisation des acteurs ou des intervenants de la sphère citoyenne.» Toutes les recommandations de la CCPARDC sont accessibles au public dans le rapport final de 310 pages au www.accommodements.qc.ca. Un rapport abrégé est aussi disponible à la même adresse.

Même si la Commission a conclu que le Québec n’a pas connu de crise des accommodements raisonnables, on peut affirmer que la société québécoise se questionne sur son identité interculturelle. À cet égard, le gouvernement n’a pas encore annoncé de nouvelles mesures depuis le printemps dernier pour aider les Québécois et les immigrants à mieux vivre ensemble. Toutefois, depuis 2003, la Semaine québécoise des rencontres interculturelles a été instaurée. L’édition 2008 se déroulera entre le 28 septembre et le 5 octobre.

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