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Categorized | Culturel

Arriver en ville

Posted on 30 septembre 2008 by admin

Sortie de disque

Gilles Vigneault s’est arrêté à Sherbrooke le 23 septembre afin de faire la promotion de son nouvel album, Arriver chez soi. Avec ce disque, il fait le portrait toujours lucide d’un monde plus urbain, mais pas moins humain. Rencontre avec le poète intemporel.

Valérie Rioux

«J’ai beaucoup plus le goût qu’avant de faire ce métier», affirme d’emblée Gilles Vigneault. «J’aimerais avoir encore 80 ans devant moi!» C’est en effet dans une forme incroyable que l’homme, qui soufflera ses 80 bougies le 27 octobre prochain, se prête au jeu des questions des journalistes venus discuter de son nouvel album. Celui-ci se révèle être le plus actuel depuis longtemps. Il permet de faire connaissance avec de nouveaux personnages évoluant dans un cadre urbain, comme dans Lucas l’écolo et L’internaute, entre autres.

Vigneault parle avec inquiétude d’un projet caché qui ferait de la Basse-Côte-Nord un dépotoir servant à entreposer les déchets nucléaires provenant de l’Ontario. «Il y a déjà des milliards de dollars d’impliqués dans la corruption», affirme-t-il, l’air sérieux. «On écrit naïvement à partir de là. On écrit Lucas l’écolo.» La chanson nous raconte l’histoire d’un paysan au cœur vert qui tient tête au baron de la Déchetterie en protégeant sa terre et son eau comme un trésor précieux, car c’est son avenir qui en dépend.

Avec L’internaute, le poète réfléchit sur le phénomène Internet. «Je ne sais pas comment ouvrir un ordinateur», dit-il. «Un jour, j’ai voulu jouer avec lui: j’ai perdu un poème. Je me suis dit que je ne mettrais plus jamais un poème dans un truc pareil», lance-t-il en riant. «Avec l’ordinateur, j’ai l’impression de n’écrire à personne. Je trouve paradoxal de constater qu’un tel outil communicant fabrique autant de solitude. Je n’ai pas de réponse à ça.» Loin de le blâmer complètement, Gilles Vigneault souligne que les grands malheurs d’Internet, la pornographie, entres autres, sont avant tout des malheurs humains. Les malheurs technologiques n’existent pas; ce sont les humains qui les créent.

Pour produire son nouvel album, Vigneault s’est assuré les services de Paul Dupont-Hébert, à qui l’on doit les récents succès de Pascale Picard et The Lost Fingers, notamment. Il confie avoir été enthousiasmé par les idées que lui proposait Dupont-Hébert. Il va sans dire que l’apport du prolifique producteur a insufflé une brise de jeunesse à la nouvelle œuvre du poète. «J’ai fait ces chansons sur les cinq dernières années, dit-il. Au cours de ma carrière, j’ai pris beaucoup de temps pour décrire les gens de la région. Je trouve qu’elle est plus riche, plus pittoresque, mais j’avoue il était temps que j’arrive en ville!»

L’homme originaire de Natashquan accorde une attention particulière à la portée de ses chansons. On le ressent bien à travers Arriver chez soi. À la manière de ses contemporains, il lui serait facile de dire «tout le monde est malheureux», mais avec une mélodie simple et joyeuse, cela passe mieux. Et c’est ce qui donne tout le caractère intemporel à l’œuvre de ce grand de chez nous que l’on chante de générations en générations, au moins une fois par an, pour souhaiter joyeux anniversaire à un proche ou à la nation québécoise.

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