
Élections 2008
Le mardi 23 septembre dernier, Le Collectif a invité les candidats de la circonscription de Sherbrooke à débattre dans les locaux du journal. Finalement, deux candidats se sont présentés à cette rencontre animée par Isabelle Lacroix, professeure à l’École de politique appliquée spécialisée en politique canadienne et québécoise: Serge Cardin, candidat du Bloc Québécois, et Nathalie Goguen, candidate du Parti libéral. Quant à eux, Yves Mondoux, du NPD, a plaidé un «contretemps majeur» pour motiver son absence le matin du débat, et André Bachand, du Parti conservateur a refusé notre offre en prétextant un horaire chargé et en disant vouloir se concentrer davantage sur les rencontres directes avec les électeurs. Le Parti vert, de son côté, n’a pas de candidat dans la circonscription.
Cinq thèmes ont été abordés: l’environnement, la culture, l’éducation, les enjeux locaux et l’économie. Voici donc l’essentiel de ce qui s’est dit lors de ce débat.
La rédaction
ENVIRONNEMENT
Isabelle Lacroix (IL): Dans le contexte actuel du Canada en 2008, est-ce toujours possible d’appliquer le Protocole de Kyoto?
Serge Cardin (SC): Il s’est passé énormément de temps depuis l’entérinement du protocole. Les efforts du gouvernement libéral de l’époque n’ont pas été complets, loin de là, pour atteindre les objectifs de Kyoto. Cela n’a pas été désastreux, mais ça a retardé beaucoup de choses […]. Mais si l’on reprend l’année de référence, 1990, et l’objectif de diminuer les émissions de 6 %, au Québec, les efforts ont été faits. […] À l’arrivée des conservateurs au pouvoir, il y a eu des coupures dans différents programmes. Cela est venu affecter considérablement le peu d’acquis qu’on avait. […]
La lutte aux changements climatiques, l’implication dans l’environnement, ce sont des éléments économiques importants au XXIe siècle. Souvenez-vous de l’époque où les gens, pour rétablir l’économie, faisaient la guerre. C’était grave, mais restons dans ce principe-là et faisons la guerre aux gaz à effets de serre et investissons dans ce domaine. Sur le plan de l’économie, il y a des montants à aller chercher. Il y aura la création de la bourse du carbone, et j’espère qu’un jour, on aura un plan d’application qui va faire en sorte que les efforts du Québec soient reconnus.
Nathalie Goguen (NG): M. Cardin parle de l’importance de l’environnement, et je pense que nous, chez les libéraux, on y a tellement attaché d’importance que notre programme environnemental rejoint même la fiscalité. […] Un retard a été pris, c’est vrai. […] On n’a plus le choix, ce n’est même plus un luxe de choisir l’environnement. Le Québec fait bonne figure, c’est vrai, mais il y a encore du travail à faire. […]
Du retard sur ce plan a été causé par le gouvernement libéral, j’en conviens. Je n’étais pas suffisamment présente dans le parti pour dire que l’environnement devait être notre priorité. J’ai travaillé durant un an pour le programme de Kyoto. Dans mon village, à Waterville, j’ai cogné de porte en porte pour que chacun des villageois réduise d’une tonne les gaz à effets de serre. Des citoyens l’ont fait, alors je pense que c’est réalisable. […] L’environnement n’est plus un luxe, toute notre économie y est liée. Une bonne gestion par le Québec de sa population, de son économie et de son environnement est essentielle. Nous possédons un cinquième de la réserve d’eau mondiale. C’est le temps de réaliser qu’on possède une richesse.
SC: Nous ne pouvons que constater l’échec de l’application des politiques environnementales. Je suis convaincu que si des efforts aussi importants que ceux entrepris pour aider les pétrolières avaient été faits en environnement, la donne aurait été différente. Le fédéral a consenti 66 milliards de dollars aux pétrolières en subventions de toute sorte de 1970 à 1999. Durant cette période, les libéraux ont été au pouvoir pour un long moment. Le gouvernement Harper leur donne des crédits d’impôts et des réductions de taxes de 2,77 milliards. […]
Au niveau économique, le prix de l’essence a un effet épouvantable. Mais il faut aussi se dire qu’à l’intérieur du prix du pétrole, il y a des profits de 20 milliards qui vont aux pétrolières. Cet argent ne devrait pas aller aux pétrolières. Il devrait être consacré à la lutte aux gaz à effets de serre et à l’innovation dans le transport et la production du pétrole et des sables bitumineux. Il faudra une meilleure répartition de l’argent.
NG: Le prix du carbone, c’est dire aux pétrolières: «Vous voulez abuser? Il y a un prix à payer.» Pour la première année, le prix sera de 10 $ la tonne d’émissions, et pour les années subséquentes, ce sera 40 $ la tonne. C’est ça le Tournant vert. Il y a environ 700 grandes entreprises qui auraient à payer le prix du carbone. Là où je ne m’entends pas avec M. Cardin, c’est sur la question du profit de ces entreprises : il ne faut pas punir le profit. Il faut que la fiscalité canadienne reconnaisse ceux qui font l’effort de se mettre au vert et qu’elle demande de payer à ceux qui décident de ne pas le faire. […]
On a les sables bitumineux, et ça prend deux barils de pétrole pour en faire un. Trouve-t-on acceptable, dans ces conditions-là, de produire autant de pétrole sans recevoir de redevances? C’est là, la vraie question. Et est-ce toujours aux consommateurs de payer la redevance? Je n’en suis pas certaine. […]
SC: Le plan vert de Stéphane Dion a un problème fondamental: il n’a pas de cibles précises. Pour le moment, ça semble plus être une taxe. Je n’ai rien contre le profit, mais quand on parle de tout ce qui touche à l’environnement, la responsabilité dépasse les générations. […] Si on avait gardé Petro-Canada, les profits auraient été directement au développement d’énergies propres. […]
NG: Il faut se rendre à l’évidence, on pollue tous les jours. On n’est pas pour nationaliser toutes les entreprises et tous les êtres humains. Chaque fois que vous conduisez votre auto, vous polluez. […] L’environnement, c’est un choix quotidien […]. Ce qu’on fait dans notre quotidien, c’est ça, protéger l’environnement. Il ne faut pas seulement regarder ce que les grosses entreprises font, mais aussi ce que les citoyens font. […]
CULTURE

IL: Dans quelle mesure, en 2008, est-il encore pertinent de financer les arts au Canada?
NG: C’est pertinent de financer la culture. L’artiste est là pour parler de sa vie quotidienne, pour dénoncer, pour créer, pour inventer un nouvel imaginaire. À la base, une société se construit avec ses artistes. L’artiste participe à la société en la dénonçant. C’est aussi l’idéaliste, le rêveur. […] L’art, c’est aussi la répercussion de la beauté du monde. Quand on entend une pièce de musique, quand on regarde un danseur, ça nous démontre la capacité de la créativité. Dans la culture moderne, on a donné le choix à l’artiste de pouvoir décrier ce qui se passe dans la société. Doit-on continuer de financer les artistes pour qu’ils puissent nous dire, nous inventer, nous améliorer, changer notre monde? […] Investir dans la culture a pour effet de créer de l’emploi. […] La culture ressemble à une petite entreprise à qui l’on donne du soutien pour le développement et qui prend de l’ampleur pour ensuite offrir de l’emploi. Une nation sans culture, c’est une nation vide.
SC: La culture est l’âme et l’expression d’un peuple. Elle est primordiale. Pour le Québec, il faut être réaliste, la culture représente un petit marché. La philosophie de Stephen Harper est de «laisser faire». Le plus fort gagne. À la limite, il dit aux entreprises culturelles et aux artistes: «Rendez-vous rentables, vous serez en mesure de vous financer vous-mêmes.» Environ 85 % des artistes, au Québec, vivent sous le seuil de la pauvreté. […] On dit qu’un dollar investit dans la culture rapporte onze dollars. Par contre, on sait aussi que dans le reste du Canada, la consommation culturelle est très axée sur les États-Unis. L’artiste, c’est l’expression à l’état pur. L’art est un moyen de s’exprimer. Les artistes doivent donc avoir une certaine liberté d’expression. Pour censurer, museler un artiste, le gouvernement n’a qu’à réduire les subventions qui lui sont accordées.
NG: Il faut investir. On donne 360 millions au Conseil national des arts. On permet de petits programmes de développement des jeunes artistes. Je pense que le financement doit se faire via des organismes reconnus. Il faut donner le pouvoir à l’artiste. Je ne crois pas du tout à la censure. D’ailleurs, lors des révolutions, la première chose qu’on fait, c’est de faire taire les artistes, car ils sont dérangeants. C’est ce qu’on est en train de vivre au Québec. On se fait dire que nous sommes une très belle nation, mais on ne donne plus le droit de parole à nos artistes pour dénoncer ce qui n’est pas acceptable. Les révolutions se sont toujours gagnées avec le chant. La Révolution tranquille aussi. […] Une nation se crée dans sa culture, dans son quotidien. C’est important de le faire avec différents paramètres où le gouvernement n’a pas à intervenir dans le choix des productions. Les artistes devraient être ceux qui choisissent qui a droit aux subventions dans les différents projets.
SC: Dans le cadre financier du Bloc québécois, les montants alloués à la culture sont substantiels et répartis afin de viser le développement du Québec. Le régional est important. D’ailleurs, nous avons un nouveau directeur général de Culture Estrie à Sherbrooke. Il est en train de réfléchir à la manière d’intervenir à l’intérieur de cette région. Il y a beaucoup d’éléments dans la culture. Dans l’esprit des gens, la culture, c’est souvent les chanteurs, mais c’est beaucoup plus que ça. Il faudrait que l’argent pour la culture soit envoyé à Québec afin d’éviter les dédoublements. Il faut faire en sorte que la promotion de la culture se fasse correctement et en fonction de la volonté des gens du milieu. Le fédéral devrait transférer la responsabilité de la culture au provincial. Si cela avait été fait, nous aurions sans doute un média de plus, avec TQS, qui couvrait très bien les actualités régionales.
NG: Le Parti libéral s’est engagé à transférer de l’argent au Québec. […] 160 millions de dollars seraient investis pour les cinéastes. Il y a 15 millions de dollars qui seraient aussi donnés sur trois ans pour le financement des programmes de promotion des arts de la scène et des arts internationaux. Cet investissement a été coupé par les conservateurs. Le Québec doit aussi rayonner à l’extérieur. Et il ne faut pas oublier les musées. La culture, c’est très large. Le Canada anglais nous envie beaucoup parce qu’on a préservé notre culture. Il commence à se réveiller et à se rendre compte qu’il aimerait aussi avoir un milieu culturel propre aux Canadiens, car il ressemble présentement énormément à celui des Américains.
SC: La situation est alarmante, et nous avons besoin de sommes supplémentaires du fédéral pour promouvoir la culture et en nourrir la population.

ÉDUCATION
IL: Ma question est à deux niveaux: comment entrevoyez-vous le soutien du réseau post-secondaire et de ses étudiants sur un plan plus global et un plan plus individuel pour les étudiants eux-mêmes?
SC: Depuis le début des années 1993, le financement fédéral en éducation est passé de 50 % à 18 %. À l’heure où on se parle, le manque à gagner est de 820 milliards de dollars. Dieu sait que cette somme d’argent pourrait aider les universités à remplir leurs mandats. Cet argent-là pourrait et devrait être remis au Québec, car le Québec n’est toujours pas le maître d’œuvre de l’ensemble de son système d’éducation. […]
Il y a un manque à gagner, au Québec, de 50 millions de dollars pour la formation de la main-d’œuvre. Cette formation n’est peut-être pas de niveau universitaire, mais elle est tout aussi importante pour l’économie.
Pour ce qui est des étudiants du Québec, ils sont discriminés par les crédits d’impôt fédéraux parce que le Québec a investi des sommes d’argent importantes qui font que les frais de scolarité sont bas. Si ces sommes étaient données directement aux étudiants et que ceux-ci payaient le plein coût de leurs études, ils auraient des crédits d’impôts au fédéral. Celui-ci devrait donc transférer 120 millions de dollars par année au Québec dans l’éducation pour aider plus spécifiquement les étudiants et faire des programmes pour les aider. […]
NG: Le Québec a depuis longtemps un système particulier de prêts et bourses très progressif, très généreux et unique à travers la Canada. C’est donc important que le gouvernement fédéral reconnaisse le système québécois lorsqu’il décide d’octroyer des bourses ou de l’aide à l’éducation supérieure. […] Il faut soutenir ce programme-là, le rendre encore meilleur.
De notre coté, nous avons travaillé beaucoup pour pouvoir donner des crédits d’impôts qui sont, comme M. Cardin le disait, reconnus au niveau fédéral même si l’étudiant travaille. […] C’est normal que tout ce qui est versé dans chacune des provinces soit aussi versé au Québec. Dans ce sens là, l’aide me semble importante lorsqu’un étudiant décide de travailler ou d’être un apprenti. […] Nous augmenterons également les subventions à la recherche universitaire de 25 %. Pourquoi? Parce que le domaine technologique et le savoir, c’est l’avenir du Québec et du Canada. C’est aussi l’avenir de Sherbrooke, une de ses plateformes économiques. […] Si on parle des médecins et des infirmières, nous avons un programme qui va permettre aux étudiants en médecine de voir leurs prêts et bourses être remboursés s’ils s’engagent à travailler dans les régions. […] Si vous choisissez de travailler dans une région, vous serez récompensé. On vous remboursera une partie de votre prêt étudiant, ça peut aller jusqu’à 10 000 $ de remboursement.
SC: On ne renversera pas un gouvernement là-dessus! On va voter pour, car le Bloc avait déjà présenté un projet de lois sur les crédits d’impôts étudiants. […] Ça constitue cependant une intrusion dans les responsabilités du Québec, car ça touche directement l’éducation. Ça devrait aussi être laissé au Québec pour qu’on puisse éviter les dédoublements. […] Qu’on transfère l’argent, et, comme Mme Goguen le disait, qu’on augmente les sommes.
NG: Le fédéral aussi joue un rôle dans les études supérieures. On sait qu’on peut établir des crédits d’impôts. Par exemple, présentement, si vous êtes étudiants, vous avez droit à un crédit d’impôts de 10 $ par mois pour vos manuels scolaires. Mais pour avoir droit à ce crédit-là, vous devez gagner 20 000 $ par année. […] Pour nous, ce serait 5000 $. […]
La recherche, est de compétence fédérale, pas provinciale. La santé, c’est provincial. Mais quand on parle de médecins, quand on parle d’aide aux médecins, c’est fédéral. Dans le Tournant vert, c’est écrit : les compétences du Québec seront respectées! […] Les provinces qui n’ont pas été proactives, qui n’ont pas été progressistes, ont besoin peut-être d’un coup de main différent. Mais le Québec s’est doté du plus beau programme de prêts et bourses au Canada. Nous n’avons pas à réinventer la roue. Là où on peut aider à l’intérieur de nos compétences, on le fera, et pour le reste, on transférera l’argent au Québec. Et ça, Monsieur Dion y tient énormément.
SC: Du côté des crédits directs dans le domaine de l’éducation, on parle d’une somme d’environ un milliard. Cette somme permettrait un avancement substantiel du système d’éducation. Ce serait également une bonne idée d’éliminer la TPS sur les manuels scolaires. Je n’ai aucune idée de la somme que ça représente, mais ça rejoindrait également la culture. […]
NG: C’est prévu dans notre plan. Un étudiant qui est au collège pourrait récupérer jusqu’à 1 000 $ sur ses achats de livres. Ça peut équivaloir à un crédit d’impôt de 250 $ par année. […] C’est un gros coup de pouce à l’étudiant qui travaille en se disant: «Moi, je vais payer mes études, je vais essayer de m’endetter le moins possible. […] Je ne suis pas obligé d’atteindre des niveaux de performances de travail à 20 000 $ par année pour être reconnu comme étudiant.»
ENJEUX LOCAUX
IL: Du côté des enjeux locaux, quelle devrait être la priorité de la ou du député de Sherbrooke?
NG: La question est très bonne, mais, en même temps, c’est très difficile d’y répondre parce que la façon dont l’économie et la structure de société est faite à Sherbrooke est particulière. Nous ne sommes pas une grande ville comme Montréal ou Québec, mais nous avons des infrastructures et des actifs équivalents. Nous avons également des problématiques très similaires, comme l’itinérance et la pauvreté. Cependant, nous n’avons pas leurs ressources. Alors, est-ce qu’il y a une problématique ou un enjeu en particulier? Je dirais qu’il faut considérer l’ensemble.
À Sherbrooke, il y a deux pôles, celui du savoir et celui de la santé, qui sont les bases de notre avenir. Toutefois, on vient d’un secteur manufacturier très développé et on s’en va vers des emplois dans le domaine du savoir et de la recherche. Il y a donc une transition à faire, et nous sommes présentement en plein cœur de celle-ci. […] Il faut continuer à soutenir ce processus. Les coupures des conservateurs ne nous aideront certainement pas sur ces plans.
Est-ce qu’on doit restructurer les emplois du secteur manufacturier? Je crois qu’il est important de mettre certains sous-traitants en place, […] Si on se créait un peu de prospérité, est-ce qu’on pourrait aider le logement social? Et si on offrait de l’emploi à ceux qui n’en ont pas? On ne peut pas aider les plus pauvres si on n’a pas d’argent. […]
SC: Du côté des enjeux locaux, il y a des enjeux sociaux. Sherbrooke est une ville centre. Elle a tous les problèmes que Montréal et Québec peuvent avoir. On a de l’itinérance, de la pauvreté. […] Le logement social, l’assurance-emploi, ce sont aussi des enjeux sociaux. Il y a des coupures drastiques qui ont été faites au début des années 90 et on tend maintenant à vouloir les corriger, mais ça ne se fait pas rapidement. […]
Le secteur manufacturier a souffert terriblement depuis des années. Cependant, autant les conservateurs que les libéraux ont répété ne pas vouloir lui venir en aide. Or, il est très important. C’est par la formation de la main-d’œuvre que les plus pauvres retrouveraient une place, un travail et une dignité.
On a été confronté à la hausse du dollar. Nos exportations en ont souffert. Mais en même temps, elle permettait d’acheter ailleurs de la machinerie de haute technologie pour améliorer notre productivité. Mais le gouvernement n’a pas voulu investir […].
Sherbrooke, même si elle est la sixième plus grosse ville de la province, est la troisième sur le plan des capacités en haute technologie. Ici, il y a un triangle composé du pôle universitaire, de la ville et de l’entreprenariat. […] Il faut que l’aide soit là, et que les politiciens s’y mettent le nez le moins souvent possible, car souvent il y a des conflits d’intérêt […]. Il faut travailler ensemble, mais sans interférence partisane.
NG: Je suis bien d’accord avec ça. Sherbrooke a pris beaucoup de retard à cause de certaines personnes qui voulaient garder une mainmise sur certains projets. […] Je suis d’accord avec M. Cardin lorsqu’il dit qu’il faut développer une demande de main-d’œuvre s’adressant aux gens n’ayant pas d’éducation de haut niveau. […]
Une autre problématique particulière à notre milieu de vie, si l’on se compare aux autres, est le décrochage scolaire. L’éducation est une compétence provinciale, mais, avoir trois enfants sur cinq qui décrochent avant la fin de leur secondaire dans une ville du savoir, ça me crée une gêne. […] Est-ce qu’on ne devrait pas investir dans des programmes sociaux pour permettre à tous les jeunes d’avoir ce qu’il faut pour finir leur secondaire? […]
La pauvreté, ça ne se gère pas. Ce sont les organismes de proximité qui peuvent donner à ces jeunes ce qu’il leur faut pour grandir. Il faut les aider, injecter de l’argent. […]
SC: Il y a quand même des choses importantes qui se font et qui sont dignes de mention chez les organismes non-partisans. Du côté de la Chambre de commerce, par exemple, il y a le programme Pérennité Estrie contre le décrochage scolaire. […] De tels programmes sont capitaux, car pour les gens qui veulent raccrocher, c’est une motivation. Passion et motivation vont souvent de pair, c’est le moteur pour se déplacer vers un avenir plus prometteur.
Il y a une volonté d’agir à Sherbrooke, de mettre l’épaule à la roue, et pas uniquement pour créer de la richesse. […] Je sens qu’il y a un problème à Sherbrooke causé par certains groupes de personnes qui s’immiscent de façon partisane pour des fins privées et non collectives. C’est une tendance qu’il faut changer […].
NG: C’est à ça que sert une nouvelle candidate, qui arrive vierge de la politique, avec son idéalisme et son goût du changement, avec le désir de motiver suffisamment les intervenants à se lier ensemble.
SC: Mais on ne peut pas s’immiscer. Le député n’est pas un commissaire industriel. Ça n’empêche toutefois pas qu’il puisse y avoir une implication à des moments jugés opportuns, et ça fait toute une différence à certains niveaux.
ÉCONOMIE
IL: Quelles mesures peut-on mettre en place au Canada pour essayer de contrer ce que certains annoncent comme des menaces plus que sérieuses au niveau du ralentissement économique?
SC: La mondialisation a des effets négatifs partout sur la planète. Les seuls qui en profitent sont les multinationales. Dès le début, elles se sont lancées dans une course effrénée au profit. L’entreprise étendra ses activités à l’étranger s’il y a des avantages pour elle. Force est de constater que ces avantages sont souvent l’exploitation des conditions de travail, sociales ou environnementales. Mentionnons qu’à l’OMC, lorsque s’est produite la crise manufacturière, le Conseil canadien pour le commerce international a démontré que, dans certains cas, il aurait été possible de créer des mesures de sauvegarde, ce que le gouvernement libéral de l’époque a refusé, tout comme le gouvernement Harper. Tout cela pour leur permettre, durant cette période-là, de raffiner leur production et leur efficacité. Cela a résulté en de nombreuses pertes d’emplois, et les efforts gouvernementaux pour les combattre n’ont pas été significatifs. Il faut innover, travailler sur les créneaux de la région. L’innovation est nécessaire pour créer de la richesse et ensuite pouvoir la répartir.
NG: Une grosse partie de l’économie canadienne est basée sur le commerce. Nécessairement, nous sommes de grands exportateurs et les États-Unis sont notre principal partenaire commercial. Comme l’économie américaine va moins bien, nous nous sentons menacés. Mais n’est-ce pas là une belle opportunité de nous trouver d’autres partenaires économiques? Avec la mondialisation, l’Europe pourrait être une avenue intéressante à étudier. La Chine a beaucoup envahi notre domaine manufacturier. Ce pays est venu nous prendre plusieurs emplois, très peu rémunérateurs, bien sûr, mais qui faisaient en sorte que plusieurs familles subvenaient à leurs besoins.
L’avenir de Sherbrooke se trouve dans le savoir. Dans ce contexte, l’Inde me dérange particulièrement. Ce pays est en train de produire une main-d’œuvre compétente dans le domaine du savoir et des connaissances. Alors que la Chine offre une main-d’œuvre industrielle, l’Inde offre une main-d’œuvre intellectuelle. J’ai passé un mois en Inde, et tous les lieux publics offrent un accès à un ordinateur. Les jeunes Indiens ont accès beaucoup plus facilement à la technologie que les jeunes Québécois. Sur le plan scientifique et technologique, ils sont vraiment en avance sur nous. Doit-on se positionner face à l’Inde? Je n’ai rien contre ce pays, mais une compagnie technologique va-t-elle choisir de s’établir au Canada quand elle sait que les salaires en Inde, à compétence égale, sont cinq fois moindres? C’est un enjeu qui me semble important, qu’on doit étudier.
Ces derniers temps, on remarque que des compagnies rapatrient leur production au Canada. Elles sont fières d’offrir des produits canadiens à leurs clients. Comment peut-on gérer ces rapatriements manufacturiers et faire en sorte que les employés aient des salaires nobles? Réduisons les taux d’impôts des entreprises pour permettre un meilleur taux d’emploi, mais réduisons aussi les impôts des particuliers. Faisons en sorte de récompenser ceux qui ont le courage d’aller travailler même si leur salaire est inférieur à ce qu’offrent les programmes d’aide.
SC: Sur le plan de l’environnement, le sujet de l’Europe est important, car nous recevons des menaces à l’effet que des coûts supplémentaires seront appliqués sur les produits importés. Face à la compétition étrangère, nous sommes condamnés à combattre perpétuellement pour l’innovation et le savoir. Identifions correctement les créneaux à développer et exploitons-les convenablement. La clef se trouve dans la spécialisation. Il ne faut pas avoir peur de financer ces domaines afin de bien développer notre main-d’œuvre, tant manufacturière qu’intellectuelle.
NG: On doit se demander personnellement, en tant que citoyen, ce qu’on peut faire. Il ne faut pas obliger à consommer des produits locaux, car à trop se replier sur notre économie, nos partenaires nous laisseraient tomber. Il faut prouver qu’on peut innover, devenir vert, travailler fort avant d’obtenir des subventions. Pas le contraire. Nos produits ne sont pas compétitifs sur le marché mondial. On doit choisir la voie verte, le Tournant vert. Ce dernier favorise la capacité de produire. Nous sommes avantagés au Québec puisqu’on a pris l’avance sur les autres provinces canadiennes. Nous sommes verts en raison de l’hydroélectricité, nous développons l’énergie éolienne. On doit aller plus loin encore en faisant en sorte que notre prospérité soit liée à l’environnement. Notre économie doit être centrée sur l’environnement. Il ne faut pas avoir peur de le faire, car d’autres pays ont déjà emboîté le pas.
SC: Pour améliorer l’économie, quand on parle de l’achat local, il ne faut pas oublier qu’acheter, c’est voter.

