Franqus, c’est l’histoire un peu folle de la production d’un nouveau dictionnaire du français usuel comptant plus de 60 000 mots ancrés dans la réalité québécoise. Quel est le plus beau de l’histoire? Le tout sera disponible gratuitement en ligne, et ce, dès la mi-novembre.
Philippe Doyon-Poulin
Derrière ce projet titanesque se cachent Hélène Cajolet-Laganière et Pierre Martel, professeurs au département des lettres et communication de l’UdeS. Ils se désolaient qu’à l’heure actuelle, tous les dictionnaires disponibles au Québec soient conçus et élaborés en France, décrivant ainsi la réalité européenne.
Cette situation est cependant appelée à changer grâce au lancement du nouveau dictionnaire Franqus. «Avec plus de 60 000 articles, le Franqus décrit l’ensemble de la langue française», avance Mme Cajolet-Laganière. Là où il se différencie des autres Petit Robert et Larousse, c’est que les définitions sont ancrées dans le contexte culturel du Québec. Les différents sens qu’un même mot peut adopter en fonction de la région francophone où il est prononcé sont tous indiqués dans le dictionnaire.
En plus d’être enrichis de mots et d’acronymes typiques de la Belle Province – pigiste, tuque, HLM, FTQ,etc. –, les exemples d’utilisation accordent une grande place à la culture québécoise. Ainsi, les citations de Victor Hugo sont troquées par des passages des poètes Alfred Desrochers ou Émile Nelligan.
«Un apport culturel fondamental»
Comme l’explique le site Internet du projet, «il n’y a pas de grande nation occidentale qui n’ait son dictionnaire.» Les États-Unis ont senti le besoin de développer un outil de référence distinct du modèle anglais, de même que les Mexicains qui développent un dictionnaire national.
«La langue est soudée à la culture. Apprendre une langue, c’est apprendre une culture. En ce sens, le dictionnaire Franqus est un apport culturel fondamental pour le Québec», explique avec conviction Mme Cajolet-Laganière.
La spécialiste en langue française illustre son propos en citant en exemple le beigne, pâtisserie commune. La définition fait référence au réveillon de Noël, à l’hiver, à la douceur de la sucrerie… «La citation s’inscrit toujours dans un contexte culturel», rajoute la professeure en langue.
Un travail colossal
Avant d’arriver au produit final, c’est plus de 52 millions de mots que l’équipe d’une trentaine de professionnels a filtrés et définis. Du lot, la conjugaison de tous les verbes est proposée – plus de 5000 tableaux – en plus de compter des dizaines d’articles thématiques rédigés par des spécialistes du sujet.
Le dictionnaire sera disponible gratuitement en ligne, et ce, dès son lancement prévu à la mi-novembre. Cet aspect technologique constitue d’ailleurs une des forces du projet, comme l’explique Chantale-Édith Masson, professeure au département des lettres et communications et directrice informatique du Franqus.
«Il s’agit du projet de dictionnaire électronique le plus avancé dans le monde», se félicite la spécialiste des nouveaux médias. «Contrairement aux autres dictionnaires en ligne qui ont ajouté des morceaux électroniques a posteriori, Franqus a été pensé pour l’ordinateur dès le début.» Elle promet une interface intuitive qui ne compromettra pas toute la puissance de la base de données.
[Encadré 1]
Lancement prévu : mi-novembre.
Adresse du site web : http://franqus.usherbrooke.ca
[Encadré 2]
(Le Collectif) Quel est l’état de la langue aujourd’hui?
(Hélène Cajolet-Laganière (HCL)) L’école nous a fourni les outils pour maîtriser la langue française. Toutefois, le problème aujourd’hui est la valorisation de la qualité de langue. Si un étudiant remet un travail truffé de fautes d’orthographe, il est normal que l’enseignant lui demande de reprendre son papier. Il en va de même en entreprise. Il faut se convaincre de l’importance de bien maîtriser la langue. On a tous les outils pour bien écrire.
(Le
Collectif) Le texto et Internet ruinent-ils le français?
(HCL) Les gens qui écrivent dans un groupe de discussion sont dans leur monde, avec leur langage. Or, avec tous les correcteurs d’orthographe disponibles sur l’ordinateur, on s’attend à une qualité minimale dans les courriels. Encore là, il faut que la personne y mette un effort et que son correspondant exige un message de qualité. C’est une question de responsabilité sociale.





septembre 17th, 2008 at 10:53
Enfin, que j’ai hâte de voir ça ce dictionnaire! Depuis le temps qu’on en entend parler!