Que vous veniez d’une autre université, d’un autre pays ou du marché du travail, la reconnaissance des acquis n’est jamais chose facile dans l’administration universitaire. Souvent, les institutions refusent de reconnaître les acquis venant d’autres institutions. Dans le cas où ils les reconnaissent, et ça vous prend des reins et des preuves solides, des cours ou des apprentissages fondamentaux seront bien souvent remisés à l’arrière-plan comme cours au choix, ou avec un peu de chance, à options.
Emmy Grand-Maison
Pourtant, il est important de reconnaître les acquis d’un être humain, qu’ils aient été acquis en Ontario, en Afrique, sur le marché du travail ou autres. Principalement dans un contexte où la population active est à la baisse. Même si notre province manque de main-d’œuvre et révèle un grave manque dans le renouvellement des ressources humaines, l’administration de l’Université se bute à ignorer les acquis. Elle condamne ainsi les étudiants à reprendre un cheminement complet de trois à quatre ans, même s’ils ont déjà une ou plusieurs années dans leurs bagages scolaires et professionnels. Retardant ainsi la réussite et l’entrée de ces derniers sur le marché du travail. Décourageant complètement certains qui ne peuvent se permettent de passer encore tant d’années sur les bancs d’école.
En terminant mon cégep, je me suis inscrite à l’Université d’Ottawa, car je m’intéressais beaucoup à la politique et je voulais en connaître davantage sur la politique fédérale. J’ai donc complété avec succès une année de bac bi-disciplinaire à l’Université d’Ottawa en sciences politiques et communication ainsi qu’un stage en communication au ministère de l’Industrie. Pour des raisons professionnelles et personnelles, j’ai choisi de revenir dans ma région natale, ici, à Sherbrooke et de m’inscrire au bac en communication, rédaction et multimédia.
Voici que mon stage en communication n’est pas crédité, et seulement six de mes dix cours peuvent être crédités. Par contre, si j’utilise ces crédits, je suis dans l’impossibilité de participer au programme coopératif, car je ne me conforme plus à la politique du programme coopératif qui exige de terminer le bac par une session d’étude à temps plein. J’ai donc le choix entre faire un bac coopératif qui durera cinq ans, sans prendre mes équivalences ou laisser tomber le coopératif, faire approuver mes équivalences et terminer mon bac en deux ans et une session.
En ce moment, j’imagine le médecin qui émigre du Qatar et qui n’a aucun acquis de reconnu par notre province ou au plombier d’Ascot qui souhaite aller travailler en Alberta, mais où sa formation n’est pas reconnue. Ces gens-là sont dans la même situation que moi, ils ont des acquis incontestables sur le plan personnel qui ne sont pas reconnus sur le plan professionnel. Et ça me fend le…
Il est tellement décourageant pour n’importe qui de devoir reprendre à la case zéro. Ne faut-il pas justement encourager notre population à évoluer vers les études postsecondaires? La question de la reconnaissance des acquis a une telle importance que Jean Charest parle de mettre sur pied un programme de reconnaissance des métiers professionnels partout au Canada.
Il s’agit d’un premier pas dans la bonne direction, mais si un gouvernement reconnaît la formation d’un électricien formé en Saskatchewan, pourquoi l’université ne reconnaîtrait pas un cours de politique appliquée ou de communication, enseigné en Ontario ou encore un cours d’anatomie complété au Sénégal? Les tuyaux, les partis politiques canadiens, et le corps humain restent pourtant les mêmes d’une région géographique à une autre…

