88 économistes unissent leur voix
27 octobre 2008
L’actuelle crise financière fait couler beaucoup d’encre: 88 économistes canadiens ont regroupé leur voix pour faire le point sur la situation économique du pays et réclamer de nouvelles politiques économiques.
Julien Laflamme
Les signataires, membres du Progressive Economics Forum (PEF), lancent un cri d’alarme face à la situation économique actuelle. Selon eux, les bases de l’économie canadienne sont tout sauf solides. Les ménages sont endettés, alors qu’ils possèdent 1,25 $ de dettes pour chaque dollar de revenu disponible. Et même si les institutions financières canadiennes ont pris moins de risques que leurs homologues états-uniennes, le crédit devient incertain et la Banque centrale du Canada se voit obligée de fournir des milliards de dollars en liquidité, alors même que l’éclatement de la bulle immobilière n’est pas encore terminé.
Mais cette crise ne serait pas que financière. Elle aurait aussi prise dans l’économie réelle. En effet, selon le groupe, la productivité économique est en baisse, la croissance est presque arrêtée, et les exportations décroissent, sauf pour le pétrole et les minéraux. Les économistes membres du PEF accusent d’ailleurs le gouvernement Harper de ne pas avoir utilisé les leviers gouvernementaux pour que les recettes grandissantes provenant des matières premières améliorent la productivité, la prospérité et la stabilité à long terme.
Si ces dernières années ont été marquées par une croissance économique continue, le groupe d’économistes s’inquiète pour l’avenir: «De nombreux Canadiens ont peu profité des périodes de prospérité: le taux de pauvreté au Canada n’a pas accusé une baisse significative et les salaires réels ont à peine augmenté, et ce, bien que les bénéfices des sociétés aient atteint des sommets records. Mais la possibilité d’une récession est maintenant une menace qui pourrait toucher tout le monde – que nous ayons ou non profité des périodes prospères.»
Le retour des politiques keynésiennes
Pour Joëlle Leclaire, signataire et économiste à l’Université de l’État de New York (SUNY), le plus grave serait que la baisse de l’investissement entraîne une chute de l’emploi au Canada, d’autant plus que c’est moins de 40 % des chômeurs qui ont droit aux prestations d’assurance-emploi. C’est dans cette optique qu’elle préconise notamment un renforcement de l’assurance-emploi comme outil de relance économique.
Les membres du PEF dénoncent la tangente que prennent les politiques économiques actuelles (déréglementation et privatisation) et considèrent la crise financière actuelle comme la preuve de leur échec. «Le gouvernement n’est pas en train de promouvoir le bien-être de la population», plaide Joëlle Leclaire. C’est en ce sens que le PEF demande un État plus actif. Mme Leclaire suggère des politiques pour promouvoir l’investissement vert via certaines subventions à l’investissement ou diverses dépenses dans des infrastructures publiques écologiques. Elle se dit même prête à envisager un déficit temporaire pour dénouer la conjoncture, et dénonce l’option contraire: «Faire des surplus en des temps économiques difficiles, ce n’est pas la bonne politique.»
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