CRITIQUES

27 octobre 2008

Critique de film

Paris, France, 2008, 130 minutes.

Andrée-Anne Boudreau

Quiconque a goûté à L’auberge espagnole et savouré Les poupées russes aura envie d’engloutir ce Paris offert par Cédric Klapisch. Son acteur fétiche depuis plus de 10 ans, Romain Duris, a mûri depuis les maladresses de Xavier dans L’auberge espagnole et incarne avec brio le personnage de Pierre, jeune danseur aux prises avec des problèmes cardiaques irréversibles qui le confinent au rôle de spectateur de la vie, jusqu’à ce qu’il risque une transplantation incertaine.

Tandis que la vie de Pierre s’écroule, autour de lui, des gens s’agitent dans un chassé-croisé fou pour trouver le bonheur dans la Ville lumière. Sa sœur, mère monoparentale qui s’oublie au profit des siens, viendra lui prêter main-forte et, grâce aux encouragements de son frère qui l’enjoint de vivre pour deux, apprendra aussi à se garder du temps pour elle. Un autre Pierre, professeur d’histoire, tombe amoureux fou de l’une de ses étudiantes, voisine d’en face du Pierre cardiaque, qui désire aussi la jeune fille. Au marché, deux hommes se disputent une même femme.

Je ne suis pas Parisienne, je n’ai même jamais mis les pieds dans la ville lumière. Alors qu’est-ce que j’y pige, à ce film? Ce qu’on pige dans les films précédents de Klapisch: une maquette de la vie. Certains le critiquent de tenter de tout mettre, de vouloir montrer le monde, l’univers. Évidemment ce n’est pas possible, mais il réussit toujours à nous toucher, chacun pour ce que nous sommes.

Paris est un film casse-tête: on voit plein de morceaux de couleurs, des petits bouts de gens, des miettes de sentiments; des morceaux de peine, de bien, de mal, qui sont censé donner quelque chose au final. Si on aime les grandes aventures héroïques, ce n’est pas trop notre genre. Mais si on est fasciné par la grande aventure de la vie, alors là, oui. Paris, si si si!

 

Critique de livre

Je suis un assassin, Laurent de Graeve, Éditions Du Rocher, 2002, 168 pages

Christelle Lison

«Ne cherchez pas de remords. Il n’y a pas de remords. Le remords n’existe pas. […] Les aveux sont inutiles, les confessions ne servent à rien. Le ciel est clair, la nuit est douce, le cendrier est plein. Je suis un assassin.» C’est ainsi que débute l’ouvrage posthume de Laurent de Graeve, Je suis un assassin:
un titre clair, net, sans bavure.

Sans bavures, voilà comment l’inspecteur William de Leeuw voudrait vivre sa carrière. Pourtant, l’erreur est humaine… Mais le tueur en série qui sévit dans le milieu gay de Bruxelles est-il encore humain? Au fil de ses pérégrinations, William se rend compte que chaque victime lui ressemble et qu’il se sent irrémédiablement attiré par ce criminel qu’il traque inlassablement. Une remise en question s’ensuit, l’entraîne dans une réflexion sur sa vie, sur ses amants… Ne dit-il pas que «les meilleurs de nos amants feraient d’excellents assassins»? L’enquête se transforme en descente vers ses plus profondes angoisses, donc irrémédiablement les nôtres.

Hantés par le vide, pressés de saisir une miette de bonheur qui leur échappe depuis (trop?) longtemps, les personnages de Laurent de Graeve atteignent des dimensions presque métaphysiques. Qui est qui? Qui est quoi? Difficile à dire. Pourquoi a-t-il accepté cette enquête, William l’ignore… ou peut-être ne le sait-il que trop bien? Le cœur a ses raisons que la raison ignore… Cela fait-il de lui un assassin? La jouissance de donner la mort ne fait, a priori, pas partie du travail de l’inspecteur de Leeuw; il est plutôt là pour supporter la froideur du cadavre.

«Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit» disait de La Rochefoucauld. Si vous sentez parfois, au plus profond de votre être, cette envie d’hurler: «je suis un assassin», ce livre est à découvrir. Laurent de Graeve parvient, paradoxalement, à écrire d’une manière agréable et limpide l’atrocité de crimes sans nom.

 

Critique de CD

Slamérica, Ivy, Indica Records, 2008

Julie Dumont

Ivy, alias Ivan Bielinski, slammeur québécois et précurseur du mouvement slam dans notre belle province, a fait beaucoup jaser après la sortie de son disque, Slamérica. Le titre même de l’album a semé la controverse auprès de la communauté des artistes slammeurs vivant dans l’ombre du chaman.

Premièrement, si l’on se documente un peu au sujet du slam, de ses règles, de sa philosophie et de ses origines, on découvre que cette discipline possède des règles bien précises, dont les plus importantes sont: une voix, un micro, un public, rien d’autre.

Si j’oublie, quelques secondes, le titre de l’album, je dirais ceci: Ivy partage avec nous treize textes. Des mots engagés, des mots rythmés, des mots chantés, des mots rimés, des mots frappants, des mots sautillants, le tout sur fond musical. Hum! La musique supporte très bien ses DIREs, premier slam de son album: «DIRE, le petit enfant combien il va gran…DIRE / La belle balle apprendre à rebon…DIRE».

«Ça vaut un steak» est
un des vers surprenants et étonnants qu’on retrouve dans son premier texte DIRE. Je ne dirais pas que son œuvre vaut un steak, mais peut-être un beefsteak. J’ai même trouvé, dans le second texte de son album, le nom de mon village natal «Squatec, plus le techno».
Qu’est ce que LA techno a à voir avec mon village perdu dans les terres du Bas-du-Fleuve? «C’est une rime de plus parmi tous les mots»,
répondrait Yvy. Je ne sais pas, mais il va falloir qu’il m’explique ça.

«Ce n’est pas du quatre fourchettes, mais bien du une fourchette», dit-il. Pour ma part, je lui donne une fourchette pour la vitalité de ses textes engagés et une autre pour le rythme et le ton de son album. Ce disque demeure néanmoins un pauvre menu.

Vous avez quelques chose à ajouter ou une question à poser...

Vous avez quelque chose à dire?