Le livre noir de Bambi

27 octobre 2008

Les idéalistes de tout poil soutiennent prendre modèle sur la nature. Mais la nature est-elle fréquentable?

Mélissa Lieutenant-Gosselin

Et si Jean-Jacques Rousseau avait tout faux? Si la nature nous créait mauvais? C’est le point de vue de plusieurs évolutionnistes cherchant à expliquer nos penchants criminels. Il semble en effet que la sélection naturelle favorise les brutes la plupart du temps!

Prenons l’exemple du viol, appelé «copulations forcées» lorsqu’il se produit entre deux animaux non humains. Dans le merveilleux monde de Bambi, le viol ne constitue qu’une tactique évolutive, d’ailleurs observée chez plusieurs espèces comme les chimpanzés, les éléphants, les canards malards, les guppys ou les cerfs. De quoi déboulonner l’image de l’adorable faon!

Rappelons que du point de vue de l’évolution, la Terre est un terrain de bataille pour les gènes. Ceux portés par les organismes se reproduisant le plus se perpétuent, les autres périssent: il n’y a pas de quartier. Et les gènes sont de dignes adeptes de Machiavel: pour eux, tous les coups sont permis et la valeur se mesure au résultat.

Avec cette vision des choses en tête, on peut malheureusement expliquer le viol par des notions d’efficacité. Ainsi, les mâles seraient les principaux violeurs parce qu’ils ne sont pas indispensables au développement de la progéniture (chez l’humain, les hommes perpètrent vingt fois plus d’agressions sexuelles que les femmes, et des chiffres similaires sont observés chez les autres animaux). Pour eux, l’enjeu serait principalement l’accès aux femelles, voire aux ovules. Dans la même perspective, les jeunes mâles useraient plus des copulations forcées parce qu’ils échouent souvent à attirer les femelles ou à vaincre les concurrents plus âgés.

Heureusement, au sein des espèces où le viol existe, les femelles favorisent généralement des mâles plus «civilisés» et plus enclins à contribuer aux soins des jeunes. Cette sélection sexuelle favorisant les mâles plus respectueux contrebalancerait la sélection naturelle pour les violeurs. Une autre bonne raison de remercier nos aïeules!

Croquer le fruit défendu

Il ne faut pas croire pour autant que les femelles sont naturellement vertueuse. Ainsi, le moins que l’on puisse dire des femelles araignées, c’est qu’elles sont prêtes à goûter le fruit de la violence.

Ces charmantes amantes, généralement beaucoup plus grosses que leurs Roméo, n’hésitent pas à s’offrir le bien-aimé comme buffet post-coïtal. Le but de l’opération? La bonne santé de la femelle et de ses œufs. En riposte, les mâles arachnides ont développé plusieurs stratégies, comme proposer le dîner à leurs voraces compagnes ou effectuer une jolie ritournelle question d’endormir leurs instincts criminels, bref, une sorte de baiser de Blanche-Neige inversé…

La morale de l’histoire

Si la sélection naturelle peut également favoriser des comportements de coopération et d’entraide, entre autres par la sélection de parentèle (l’esprit de famille, en quelque sorte), il semble que bien des générations devront encore compter sur des Walt Disney pour apprendre à respecter leur prochain autant que leurs propres gènes…

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