Le 23 septembre dernier, le professeur de sciences politiques Francis Dupuis-Déri a donné une conférence à Sherbrooke sur la guerre en Afghanistan. Auteur du livre L’éthique du vampire, où il se fait critique du discours militariste, le conférencier souhaitait éclaircir les justifications données par les gouvernements pour légitimer le «terrible gaspillage de biens matériels et de vies humaines qu’est la guerre.»
Geneviève Dansereau
M. Dupuis-Déry a débuté sa conférence en rappelant qu’à la suite des attentats du 11 septembre 2001, les dirigeants américains ont déclaré la guerre au terrorisme et créé une coalition avec d’autres pays pour attaquer l’Afghanistan. Il a ensuite ajouté qu’avant cette date, les talibans avaient plutôt la cote auprès du gouvernement américain, qui les invitait régulièrement afin de favoriser le commerce pétrolier, et qu’ils étaient traités avec tous les égards.
Le conférencier a également soutenu qu’à l’origine, les élites occidentales ne se préoccupaient pas du sort des femmes, des enfants ou du système politique afghan. Le but, selon M. Dupuis-Déry, c’était de «tuer du terroriste»: la seule association faite par les pays occidentaux, à cette époque, était celle liant les talibans et les attentats dirigés par les forces islamistes à travers le monde.
Le professeur a d’ailleurs précisé que la vision des choses avait évolué, et qu’on a par la suite justifié la guerre en affirmant qu’on voulait protéger la démocratie afghane, défendre les droits des femmes et vaincre le terrorisme. Toutefois, il déplore qu’après six ans d’occupation, la situation soit presque aussi difficile qu’avant l’invasion, que la population afghane ne se sente pas en sécurité dans son propre pays, que les emplois soient rares, les soins de santé insuffisants et que le manque d’écoles ne soit considéré que comme un problème secondaire. Cependant, il a reconnu le fait que les femmes puissent maintenant voter et qu’elles ne soient plus obligées de porter la burka. Il s’est cependant interrogé sur la pertinence de bombarder des villages pour obtenir ces quelques gains.
Enfin, il a rapporté le discours d’une féministe afghane, selon laquelle la démocratie nouvellement protégée en Afghanistan se constitue d’un gouvernement «contrôlé par des réactionnaires, des misogynes et des distingués trafiquants de drogue.» Ajoutant que le discours militariste affirme qu’«il ne faut pas partir parce que ça va être pire», M. Dupuis-Déry a constaté que le seul fait que des puissances occidentales occupent l’Afghanistan créait des rebelles et alimentait l’hostilité envers celles-ci. Il a de plus rappelé que la guerre en Afghanistan, depuis ses débuts, avait fait de 30 000 à 50 000 morts et provoqué d’immenses mouvements de réfugiés fuyant les zones de combat. M. Dupuis-Déri s’est aussi demandé pourquoi on s’acharnait sur les talibans alors qu’on retrouve des intégristes religieux tout aussi dangereux ailleurs sur la planète.
Dans son essai L’éthique du vampire, Francis Dupuis-Déri explique qu’«il existe en politique des empires que l’on pourrait nommer vampires, tant il est vrai qu’ils puisent leur puissance du sang des peuples, le plus souvent en prétendant vouloir leur bien.» Le conférencier a conclu en précisant que le discours pro-guerre qu’on entend actuellement dans les médias se rattache d’ailleurs à cette éthique du vampire. Dans son livre, il affirme clairement que la guerre n’est pas une solution, mais bien un problème par-dessus d’autres problèmes: «La guerre est la négation du droit et de la justice. […] La guerre sert les intérêts des élites au détriment des peuples. La guerre est raciste, car elle condamne des étrangers à mourir au nom des intérêts nationaux. La guerre renforce le patriarcat, car elle est principalement menée par et pour des hommes et relègue les femmes aux rôles de protégées, de veuves ou de victimes.»

