Pour plusieurs, les Jeux olympiques de Pékin allaient permettre à la Chine de s’ouvrir sur le monde. Quelques semaines après la cérémonie de clôture, Le Collectif s’est entretenu avec Serge Granger, professeur associé en histoire à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la Chine, afin de connaître les impacts des Jeux olympiques sur ce pays.
François Parenteau
Pour M. Granger, l’événement sportif en tant que tel n’a pas eu vraiment d’impact sur la Chine: «La Chine ne participe aux Jeux olympiques que depuis 1984. Développer des athlètes, en faire une armée pour gagner des médailles d’or, ce n’était pas impossible pour elle. Il n’y a rien d’étonnant à cela», dit-il.
Les mesures environnementales instaurées avant et pendant les Jeux retiennent davantage son attention. «Les mesures pour améliorer l’environnement vont sonner l’alarme dans la société civile chinoise, qui a pu apprécier un ciel bleu durant les trois semaines des Jeux», explique-t-il. «On a fermé des usines polluantes, instauré des mesures pour contrôler le flux automobile et on a demandé aux Pékinois de ne pas utiliser de sources d’énergie polluantes, comme le charbon. La population a ainsi vu qu’en faisant des efforts, elle pouvait arriver à des résultats concrets et améliorer son environnement», note M. Granger.
«Quant aux politiciens chinois, ils ont remarqué les ravages environnementaux causés par le développement économique du pays lors des trente dernières années. Ça va les faire réfléchir, tout comme le peuple pékinois», ajoute le professeur.
Les mesures prises durant les Jeux ont été abandonnées. «On peut fermer des usines durant trois semaines et donner des vacances aux travailleurs, mais on ne peut pas faire ça de façon permanente», explique M. Granger. D’autres mesures sont toutefois déjà en place. Par exemple, il est maintenant très difficile de se procurer une plaque d’immatriculation pour circuler en Chine. On en octroie beaucoup moins que la demande afin de réguler le parc automobile chinois.
Des efforts sont donc faits, mais la mentalité environnementale chinoise n’est pas encore assez développée. «Les villes ne font pas de récupération des déchets recyclables. Ce sont les pauvres qui, pour faire un peu d’argent, rapportent des matières recyclables dans les centres de tri», signale le professeur.
La loi du secret
Une omerta existait en Chine avant les Jeux et existe encore aujourd’hui: «Les Chinois sont en train de goûter à cette médecine de la non-transparence de l’information en Chine. L’histoire de la jeune chanteuse et des feux d’artifice n’ont pas vraiment heurté la population. Le scandale du lait contaminé, par contre, que le gouvernement taisait tout en en étant conscient depuis décembre 2007 a des effets catastrophiques», explique l’enseignant.
«Les autorités chinoises ne semblent pas encore avoir compris, deux ans après la crise du SRAS, qu’on ne joue pas avec la santé de la population. C’était illusoire de leur part de penser qu’il était possible de garder cela secret. Elles ont une fois de plus perdu la face devant le monde entier.» En ce moment, 50 000 poupons chinois sont malades: «Combiné à l’imposition de la loi de l’enfant unique, cela aura des conséquences dramatiques pour le pays. Les autorités chinoises ont décidé d’augmenter la censure pour minimiser l’événement, quitte à mettre en danger la santé du peuple chinois. Le gouvernement chinois a subi une perte de crédibilité incroyable à l’égard de sa population.»
«Sur le plan sportif, les Jeux olympiques ont été un succès, mais en termes de relation avec sa population, d’ouverture sur le monde et de la recherche d’une plus grande transparence, force est de constater un échec», conclut M. Granger.

