Le vendredi 17 octobre dernier, une délégation de Sherbrooke, composée en majorité d’étudiants étrangers, se rendait à Québec pour un rassemblement festif. Le sommet de la Francophonie semblait le moment idéal pour présenter aux différents chefs d’États la situation urgente que vivent les étudiants de nationalités différentes au Québec.
Isabelle Morin et David Maurice
En tout, quatre regroupements étudiants ont planifié ce rassemblement, à savoir: la Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL), Association des étudiants et étudiantes de Laval inscrits aux études supérieures Inc. (AELIÉS), le Regroupement des étudiantes et étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l’Université de Sherbrooke (REMDUS) et le Student Society of McGill University (SSMU). Ensemble, ils invitaient les membres de leur association respective à venir lutter pour l’accessibilité aux études dans la francophonie et pour contrer la hausse des frais de scolarité pour les étudiants internationaux.
La déréglementation que propose la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne consiste à octroyer le droit aux universités de facturer les étudiants étrangers à leur guise. Ce à quoi s’opposent ces quatre associations. «Les étudiants étrangers ne demandent pas de payer les mêmes frais, mais l’augmentation est trop grande», déclarait Hubert Mongadji, un étudiant du REMDUS qui subit présentement la hausse.
Le message des manifestants portait essentiellement sur l’importance d’appuyer les étudiants étrangers dans une optique de défense de la langue française. Jérôme Lankoande, le président de l’AELIÉS, a déclaré que: «la Francophonie n’a pas d’avenir si les jeunes francophones n’ont pas d’avenir, donc si les universités francophones n’ont pas d’avenir.» En effet, les membres de la francophonie présents sur les lieux provenaient des quatre coins du globe; du Mali, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la Belgique, d’Haïti et du Sénégal. Ces étudiants représentent un bon pourcentage de ceux qui fréquentent les universités québécoises présentement.
L’importance du message
Le rassemblement était ponctué de plusieurs discours dont celui de Christelle Lison, présidente du REMDUS, qui a déclaré que «si les Québécois sont différents, c’est parce qu’ils connaissent des gens d’ailleurs.» Encore une fois la mission de la Francophonie revenait sur le tapis puisque l’organisation s’impose toujours comme agent pour promouvoir la diversité culturelle. Toutefois, les manifestants se demandaient comment il était possible d’y arriver en imposant des hausses de frais si radicales aux étudiants étrangers.
Quant à lui, David Alfaro du SSMU venait démontrer un appui aux revendications des Universités francophones. Avec le plus grand nombre d’étudiants internationaux inscrits à l’université McGill, atteignant près du quart de la population étudiante, tous cycles confondus, il était donc important pour son organisation d’apporter son appui. Comme l’augmentation des frais touchera beaucoup de gens de chez eux, l’association compte suivre le dossier de près et continuer à talonner le gouvernement afin d’obtenir des frais normaux pour les étudiants étrangers.
Le combat se déroule sur deux fronts, à savoir la scène gouvernementale, où toutes les associations devront travailler ensemble, et sur la scène locale, puisque les administrations des universités devront financer, sur le dos des étudiants internationaux, les coupures du gouvernement en éducation. «Les droits de l’Homme incluent les droits à l’éducation, il faut donc les revendiquer», ajoutait Alfaro.
Encadré
La communauté vietnamienne manifeste
Aux côtés des dizaines d’étudiants qui revendiquaient un changement à la suite de la déréglementation des frais pour les étudiants internationaux se trouvaient une quarantaine de Vietnamiens issus de la Communauté vietnamienne du Canada. Pancartes jaunes à la main, ils se sont servis de la présence médiatique accordée au Sommet de la francophonie pour hurler leur douleur par rapport au recul de leur gouvernement à protéger la liberté de religion dans leur pays. Comme le Vietnam est l’un des 55 membres de l’Organisation de la Francophonie, en tant qu’ancienne colonie française, la communauté vietnamienne de Montréal s’est mobilisée pour dénoncer les pratiques douteuses du quatrième régime communiste encore en place, avec la Chine, Cuba et la Corée du Nord.

