Vampire: l’enquête médicale

27 novembre 2008

Une âme damnée, un porteur de bacille, un mutant, un enragé ou un simple affamé, mais qui est donc ce mystérieux vampire?

Mélissa Lieutenant-Gosselin

 

En 1954, avec sa nouvelle I am legend, Richard Matheson mettait le mythe vampirique au goût du jour: exit la religion, le vampirisme devenait maladie. Ainsi, le héros de l’histoire est l’unique survivant d’une pandémie de bacille (une bactérie) qui transforme les hommes en vampires.

 

La xeroderma dépasse la fiction

L’histoire de Matheson a non seulement transformé la mythologie vampire, elle a aussi trouvé écho dans le monde scientifique, à un détail près: le coupable n’est plus une bactérie, mais une maladie génétique rare, la xeroderma pigmentosum.

Tenez-vous bien: les gens qui souffrent de cette maladie sont très sensibles aux rayons solaires, ne tolèrent pas l’ail, ont des canines proéminentes et, croyez-le ou non, ont besoin de nombreuses transfusions sanguines pour survivre! La cause de ces symptômes «vampiriques» est un dysfonctionnement des mécanismes de réparation de l’ADN qui entraîne une accumulation de mutations (d’où l’extrême sensibilité aux rayons UV).

Malheureusement pour notre soif de réponses faciles, le lien entre la xeroderma et le mythe du vampire est maintenant considéré comme peu réaliste. La raison évoquée: la découverte tardive des effets du soleil et de l’ail sur les gens atteints. Et puis, ceux-ci n’ont pas tendance à mordre leurs voisins…

Vampire ou nosferatu?

Pour y voir plus clair, remontons à la source du mal. Du XIIe au XVIIIe siècle, le bon vieux vampire originel, le nosferatu, pullulait dans les dures contrées européennes. Quelques-uns, comme Dracula, avaient du panache. Mais la plupart n’étaient que des gens simples tombés sous le joug d’une malédiction invisible et contagieuse. Comme par hasard, nosferatu dérive du grec nosophorus ou, je vous le donne en mille: «porteur de maux»!

Contagieux, donc, le vampire du commencement. Côté symptômes, primaient à l’époque la peur de l’eau, la fâcheuse habitude de mordre le premier quidam venu, des capacités cognitives pour le moins altérées et des perceptions sensorielles affinées.

Aversion pour l’eau, comportement irrationnel, tendance à mordre, hypersensibilité, ça ne vous dit rien? Et si j’ajoute: morsure de chauve-souris? Selon plusieurs, c’est bien de rage que souffraient la majorité des vampires anciens. La transgression des interdits, la quête d’immortalité et la symbolique du sang se seraient greffées à un simple virus dévorant non le sang, mais les neurones.

Maïs maudit

Mais certains scientifiques ne se satisfont pas de cette hypothèse. Ils admettent certes que les accusations de vampirisme montaient en flèche en période de forte mortalité, mais ils croient que ces morts n’étaient pas le fait d’un microbe.

Par exemple, Jeffrey et William Hampl soulignent que les grandes épidémies de vampirisme sont survenues après l’introduction du maïs, qui est devenu l’aliment de base des pauvres, en Europe. Or, cette céréale comporte très peu de niacine (vitamine B3) et de tryptophane (acide aminé essentiel) assimilables. En période difficile, les paysans présentaient donc une carence de ces éléments qui se traduisait en une maladie, la pellagre (ou anicotinose).

Qui dit pellagre dit sensibilité au soleil, inflammation buccale — donc une bouche rouge et des marques dentaires sur la langue, insomnie (lire activité nocturne), agressivité et démence. En plus, le malade présente souvent une perversion du comportement alimentaire caractérisée par la recherche et l’ingestion de substances étranges (comme le sang?)…

En somme, si le vampire est un demi-mort, les controverses sur son cas sont encore bien vivantes… et l’être mythique demeure aujourd’hui l’insaisissable expert de l’illusion et de la tromperie.

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