Une promotion étudiante désirant marquer son passage sur le campus, un groupe sportif commérant une victoire à Sherbrooke, une création artistique inspirée… Les sujets des murales des souterrains de l’Université sont aussi variés que leurs auteurs. Le Collectif s’est penché sur le monde peu connu et à la fois omniprésent des murales du campus.
Philippe Doyon-Poulin
Le grand manitou des murales sur le campus sherbrookois est Jacques Girard, chef de division aux services de sécurité. C’est lui qui reçoit les demandes, s’assoit avec les groupes étudiants pour discuter du motif de la création – promotion, club sportif… – et autorise la réalisation de la murale sur les murs cimentés des souterrains.
Les conditions à respecter pour voir sa demande acceptée sont plutôt simples. D’abord, le dessin se doit d’être de bon goût, c’est-à-dire qu’il «ne porte pas atteinte aux bonnes mœurs» de l’institution. Ensuite, les artistes en herbe doivent être en mesure de fournir leur propre équipement – peinture, pinceaux…– en plus d’assurer la surveillance des lieux afin d’éviter qu’un quidam ne profite d’un moment d’inattention pour bafouer le travail réalisé. Le responsable de l’équipe de peintres doit aussi avoir en main l’autorisation signée de M. Girard lors du passage d’un agent de sécurité pour justifier la confection de l’œuvre.
Vandalisme et graffiti
Malgré les précautions mises en place, les exemples de vandalisme sur les murs sont nombreux. Prenons l’exemple de la gigantesque murale mettant en vedette la partition d’une chanson de Gilles Vigneault, passée sous le coup de la canette de peinture l’an dernier.
«C’est rare, mais il est déjà arrivé que l’on attrape un individu commettant un graffiti», indique Marc Laprade, officier responsable aux services de sécurité. En tel cas, l’emplacement est restauré et le vandale s’en voit imputer les frais, et selon l’ampleur du délit, risque la comparution devant le comité de discipline.
«Or, comme pour toute infraction, il faut attraper la personne sur le fait pour sévir», ajoute M. Laprade. L’agent précise que tout le monde peut rapporter aux services de sécurité un acte de vandalisme, ou encore simplement indiquer l’emplacement aux services de sécurité d’un message de mauvais goût qu’il souhaiterait voir disparaître.
Osée… ou politique?
Deux types de discours se démarquent en matière de graffitis sur le campus: la revendication politique et le message obscène.
«C’est malheureux, mais les messages de mauvais goût sont les plus communs», déplore M. Laprade.
Alors que certaines missives vulgaires trouvent leur niche dans les cabinets, les autocollants revendiquant le gel des frais de scolarité ou l’abolition de la publicité guerrière semblent se multiplier rapidement le long des portes vitrées.
Le coût associé à la restauration des lieux marqués n’est cependant pas disponible. «Les cas de vandalisme ne constituent pas un problème majeur sur le campus», tient à nuancer l’officier qui compte plusieurs années de service à l’Université.
Tradition respectée en génie
Les finissants de la 50e promotion de génie, qui obtiendront leur diplôme en décembre prochain, ont poursuivi la tradition en laissant une trace de leur passage entre les murs de leur faculté. De l’avis de Catherine Lemieux-Gagnon, responsable du comité murale pour son groupe étudiant, les démarches pour la création artistique se sont déroulées rondement avec tous les acteurs de l’administration. Son groupe a opté pour dessiner le logo de leur promotion comme dernière inscription de leurs 5 années au baccalauréat. (À mettre avec la photo que la fille de génie devrait m’envoyer…)
Refus en sciences
C’est une autre réponse que l’association des étudiants de sciences (AGES) a obtenu à sa demande d’une murale artistique sur les murs du nouveau pavillon D-8, le service des immeubles justifiant son refus en invoquant que l’initiative cacherait les efforts investis dans l’architecture extérieure du bâtiment. «Suite au refus, l’idée a évolué et pourrait se concrétiser par une toile dans la cafétéria», indique Oliver Lafleur, vice-président aux affaires internes de l’AGES. Il ajoute que l’espace extérieur du nouveau pavillon profitera bientôt du plan d’aménagent qui prévoit la plantation d’arbres. (À mettre avec la photo d’Olivier)
Mais qui est SHAD?
SHAD est un camp d’été canadien d’enrichissement en sciences. Crée en 1981 au Saint-Andrews collège, d’Aurora en Ontario. Il s’adresse à des étudiants de secondaire 4 et 5 et aux étudiants de première année du cégep (10,11 et 12e année pour le reste du Canada ou un équivalent pour les étudiants internationaux). L’Université de Sherbrooke a été membre de ce programme de 1988 à 2000, ce qui explique le nombre élevé de murales signé SHAD ou SHAD Valley, le nom complet du programme.
Jeunes artistes: apportez vos gallons!
Laisser votre marque par une murale souterraine vous intéresse? Sachez que vous devrez trimballer votre propre matériel, le service des immeubles ne fournissant… que la feuille d’autorisation qu’il faut avoir en main afin d’éviter les pépins lors de la visite d’un agent de sécurité. La peinture employée doit être non toxique et ne dégager aucune odeur, afin de ne pas incommoder les usagers du tunnel. Une grande bâche déposée au sol est de rigueur pour éviter les éclaboussures et autres petits dégâts. Une fois le chef-d’œuvre complété, il est demandé d’apposer une couche d’apprêt blanc afin de conserver la vitalité du travail pour les années à venir.
Une place pour le privé?
Comme l’affichage est une technique publicitaire de plus en plus répandue, une entreprise privée pourrait-elle se payer une portion de mur pour y inscrire sa dernière réclame commerciale? «La vocation des murales n’est pas d’offrir une visibilité publicitaire», explique M. Laprade. Il ajoute que tout affichage commercial sur le campus se négocie par le service des communications. «La vente d’espace publicitaire sur le campus est très réglementée», ajoute l’officier. Il n’est pas dans les politiques de l’UdeS de laisser des organismes autres qu’universitaires utiliser les murs souterrains pour de la publicité privée ou commerciale.
Un Sens Unique vers un Kudsac…
Malgré le fait que le Kudsak et le Sens unique, respectivement dernier bar et cantine sur le campus gérés par des étudiants, ont fermé leurs portes en mai 2005, les nostalgiques de cette époque peuvent encore trouver des traces de leur passage un peu partout dans les tunnels. Comme l’explique Marc Laprade, le temps de vie d’une murale dépend essentiellement du flux de demandes pour la remplacer. L’esthétisme du dessin, la date de production et la nature des graffitis présents sont les principaux critères étudiés pour justifier la remise à nue d’un pan de mur, après quoi un nouveau croquis prend la relève. En souhaitant longue vie au Kudsak et au Sens unique…(à mettre avec une photo d’une murale du Kudsak et du sens unique).

