Un échange d’éditorial. Voilà ce que m’a proposé la semaine passée le chef-pupitre de la section société du Collectif. Enthousiasmée par l’idée, je me suis empressée de l’accepter. Il faut dire que ce type d’expérience est souvent très sympathique et qu’après tout, je ne crois pas qu’il puisse exister un thème aussi vaste que celui de la société.
Camille Martin
Oui, mais à la réflexion, trop vaste peut-être. C’est sans doute ça le problème. Quand il s’agit de ma section, je peux, le plus souvent, me diriger vers un sport ou une ligue en particulier, voire poser des questions à notre instance universitaire, mais en société, par où commencer? Toute à mon interrogation, je décide alors, en plus de décortiquer l’actualité, de faire davantage attention à ce que les gens disent autour de moi, et ce, pendant toute une semaine. Après tout, rien de tel que l’observation et l’écoute d’autrui pour trouver l’inspiration. C’est bien connu.
Oui, mais voilà la réalité: Les «faits sociétaux», comme ont dit dans la «société» bien pensante, sont partout! Il n’y a que ça! Pas de panique, ne pars simplement pas dans une grande thématique floue, limite-toi à l’événementiel, me dis-je. Les grands événements ont été au cœur de l’écriture de l’histoire pendant des siècles: ils peuvent bien l’être une fois de plus pour l’éditorial d’un journal étudiant.
Oui, mais pendant cette semaine-là, j’ai participé à des conversations si vastes et répondu à des interrogations successives portant sur des événements si différents les uns des autres! Et qu’en était-il de la crise économique mondiale dans mon pays natal, et qu’est ce que je pensais de la tournée en Amérique du Sud d’Ingrid Betancourt, et est-ce que j’avais entendu parler de la crise majeure à Ottawa, et est-ce que je savais si finalement les tensions entre Pakistanais et Indiens s’apaisaient, et est-ce que si j’avais le droit de vote je voterais pour Charest…
Oui, mais un constat, tout de même, dans toutes ces questions qui ressortent au premier plan: malgré la diversité des thèmes abordés, pas une seule note positive, pas d’espoir particulier pour la moindre cause dans les discours des gens, comme si, malgré l’ambiance des Fêtes qui se dessine, l’image que la société nous renvoyait d’elle-même était décidemment grise, voire noire et, de toute façon, signe d’une situation irrémédiable. Comme si l’enthousiasme de la société, en ce moment, était calquée sur le cours de la Bourse et le moral des banques: au plus bas.
Oui mais moi, je ne veux pas de toi comme ça, Société. Je ne veux pas de ton pessimisme qui, même en ce moment, jusque dans la crèche de Noël sous le sapin, fait en sorte que le bœuf et l’âne soufflent trop fort sur le petit Jésus endormi. Alors je te le dis, Société, je te le chante même, ce n’est pas cette fois encore que tu m’auras, et comme le dis le chanteur Renaud:
J’ai vu pousser des barricades,
J’ai vu pleurer mes copains,
J’ai entendu les grenades
Tonner au petit matin.
J’ai vu ce que tu faisais
Du peuple qui vit pour toi,
J’ai connu l’absurdité
De ta morale et de tes lois.
J’ai chanté 10 fois, 100 fois,
J’ai hurlé pendant des mois,
J’ai crié sur tous les toits,
Ce que je pensais de toi,
Société, société,
Tu m’auras pas.
Demain, prends garde à ta peau,
À ton fric, à ton boulot,
Car la vérité vaincra,
La Commune refleurira.
Mais en attendant, je chante,
Et je te crache à la gueule
Cette petite chanson méchante
Que t’écoutes dans ton fauteuil.

