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Categorized | Société

Autre pays, autre école, autre réalité

Posted on 08 décembre 2008 by admin

Environ 80 % de Maghrébins dans les classes, un collège en zone de violence dans un quartier éloigné du centre de la ville et des enfants laissés à eux-mêmes: voilà ma réalité, le temps d’un stage en enseignement de six semaines en France.

Amélie Moreau-Paquin

Mes collègues et moi avons mis les pieds au collège Les Garrigues, à Montpellier, dans le sud de la France, pour la première fois il y a quelques semaines. Accueillies chaleureusement par le personnel enchanté de recevoir trois étudiantes québécoises entre ses murs, nous sommes immédiatement détachées dans une classe, où nous nous assoyons pour observer la dynamique du groupe. Je regarde attentivement autour de moi… Il n’y a qu’une seule blanche dans une classe d’une vingtaine d’élèves. Je comprends vite que ce sera la même chose dans chaque groupe que je visiterai.

À Montpellier, tous les nouveaux arrivants sont installés dans le même quartier de la ville, et l’école de ce quartier est essentiellement fréquentée par des jeunes provenant du Maroc. Pour plusieurs, la langue française est loin d’être maîtrisée. C’est à peine s’ils arrivent à lire et à écrire dans cette langue qui n’est pas la leur. Ainsi, à mon passage, les jeunes adolescentes chuchotent en arabe et les garçons s’insultent entre eux dans cette même langue. Ici, on règle plusieurs conflits avec les poings, et un accrochage entre deux élèves dégénère souvent en bataille générale. De plus, non seulement les jeunes doivent suivre des cours dans une langue qu’ils ont à peine eu le temps d’apprendre, mais aucun soutien d’ordre pédagogique ne leur est offert.

Pour les élèves en difficulté d’apprentissage, les enseignants n’ont aucune formation pour leur venir en aide et doivent se contenter de les endurer en classe. Des élèves passent alors leur journée dans des classes alors qu’ils ne comprennent absolument rien de ce qui s’y passe. Pour moi, leur enseigner est tout un défi, puisque comme je ne suis ni marocaine, ni française, je représente pour eux un phénomène qu’ils ont bien du mal à comprendre. Le Québec, le Canada? Un autre univers.

Pourtant, avec le temps, je découvre des jeunes qui ont une soif d’apprendre et de montrer qu’ils méritent notre attention. Peu à peu, ils me laissent entrer dans leur univers et acceptent ma présence dans leur groupe. Malgré mon accent clairement québécois, ils m’écoutent et apprennent, ils posent des questions et en redemandent. Je leur ai proposé un projet qui les motive et je sens l’enthousiasme de la classe gonfler au fil des jours. Il faut croire que la petite Québécoise avait bien deux ou trois trucs à leur apprendre après tout…

Ce ne sont pas seulement les élèves qui m’ouvrent leur porte, mais aussi les enseignants français. Même si nous sommes dans l’établissement que pour quelques semaines, je suis considérée comme une enseignante au même titre que les autres. Ainsi, un lundi, alors que l’on venait d’apprendre le décès d’un enseignant, j’ai eu, avec mon enseignante-associée, à en informer la classe comme s’il s’agissait de mes propres élèves. Nous avons écouté ce qu’ils avaient à dire, et nous avons fini par faire des dessins, des poèmes et des lettres pour cet enseignant décédé. Une expérience particulière, à la limite un peu troublante …

Ma ville d’accueil demeure un endroit superbe que je me plais à découvrir peu à peu. Ici, nous sommes à une dizaine de kilomètres de la Méditerranée, et les palmiers font partie du paysage. Les cafés et les boulangeries typiquement français sont regroupés au centre de la ville, et plus on s’éloigne, plus on retrouve des marchands marocains vendant leur marchandise à des prix tout à fait raisonnables pour nos portefeuilles d’étudiants. Avec plus du tiers de la population âgé de moins de 25 ans, n’importe quel étudiant se sent à l’aise dans ce milieu dynamique et vivant.

L’ambiance de Noël amène un cachet tout particulier à cette ville typiquement française. Depuis maintenant une semaine, un énorme sapin fait de lumières scintillantes illumine la Place de la Comédie et donne un aspect féerique au centre de la ville. Adieu traditionnel conifère vert, ici, notre sapin se pare d’étincelles bleues et argentées. Pour ceux qui ont vu la Tour Eiffel toute de bleu vêtue le soir, l’effet est étrangement semblable.

J’aurais pu, chers lecteurs du Collectif, vous raconter mes escapades de fins de semaine: mes premières expériences avec la cuisine française à Paris, ma folle soirée dans un bar de Barcelone, la découverte des ruines romaines de Nîmes ou la visite de Marseille sous une pluie torrentielle… Pourtant, ce que je constate, c’est que ce sont les gens rencontrés au fil de mon voyage qui font de celui-ci une expérience unique. Les gens d’ici, avec leurs idées, leurs valeurs et leur culture, m’amènent à réfléchir beaucoup plus que tous les monuments français. Je termine mes journées la tête pleine de questions et de réflexions, de découvertes et de pensées qui m’accompagnent au fil des jours. Ainsi, je découvre diverses cultures qui tentent tant bien que mal de se côtoyer dans un pays fier de ses racines.

Pour ceux qui seraient intéressés à en savoir davantage sur nos réflexions et nos aventures de voyages, vous pouvez visiter mon blogue ou celui de mes collègues sur le site de l’Office franco-québécois de la jeunesse.

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