Au rythme auquel on vit aujourd’hui, le haïku semble insignifiant, facile, voire bête. C’est qu’il relate avec grande simplicité ce que nous savons déjà, ce qui semble aller de soi. Pourtant, si l’on regarde de plus près, on réalise que le haïku porte en lui une magie toute particulière, très proche de l’enfance. Petite incursion dans l’univers du poème japonais.
Julie Tremblay
Le haïku connaît son épanouissement au XVIIe siècle, au Japon. Parmi les grands maîtres de cette forme, Bashô, Buson, Issa et Shiki sont les haïkistes les plus souvent cités. Le dessein du haïku? Dire une chose qui arrive à tel moment et en tel lieu, sans figure de style, de façon concrète et précise. Le haïku témoigne souvent de la nature ou d’un fait banal du quotidien: «Sur un fil électrique / Un écureuil traverse la rue / Sans applaudissements» (André Duhaime). En réalité, cette forme poétique vise à dire beaucoup en économisant les mots. Généralement, le haïku contient 3 vers de 5, 7 et 5 pieds. Évidemment, plusieurs poètes contemporains dérogent à ces règles.
Le haïku francophone en est encore à ses balbutiements. Toutefois, les Éditions David, à Ottawa, ont créé, en 1996, une collection spécialisée en haïkus. Cette maison d’édition publie des haïkus de poètes contemporains qui sont plus près des lecteurs d’aujourd’hui qui en sont à leur première incursion dans le monde du haïku: «Balcon enneigé / Pour activer le printemps / Quelques coups de pelle» (Hélène Bouchard).
L’apparente facilité du haïku est un leurre: cette forme poétique est si dense que la moindre erreur gâche l’effet souhaité. Un haïku réussi doit, par définition, être sobre dans sa formulation, utiliser les mots justes, faire référence à un ici et un maintenant très précis qui, bien souvent, trouvent leurs assises sur le temps, le quotidien ou les saisons. De sa forme brève, le haïku tire un pouvoir d’évocation qui, en laissant le lecteur deviner les éléments manquants, demande une lecture lente et surtout attentive. La force du haïku réside véritablement dans son pouvoir d’évocation.
Bref, le haïku est tel un clin d’œil. Furtif et magique, il nous fait souvent sourire et nous amène dans un temps et un lieu précis qui tendent vers l’universel, puisqu’ils font partie de la vie de la majorité de gens: «Petit déjeuner / J’ai la tête à l’envers / Dans une cuillère» (Francine Chicoine). Bashô, l’un des haïkistes japonais les plus reconnus, disait: «Un poème doit révéler […] l’immuable, l’éternité qui nous déborde et le fugitif, l’éphémère qui nous traverse.» Comme quoi, à travers un moment très précis, le haïku nous porte vers quelque chose d’infiniment plus grand: «Seul à l’étranger / Je vois ton écriture / Sur une enveloppe» (André Duhaime). Dans le haïku précédent, force est de constater que l’on ne nomme que des faits, mais que l’on devine l’état d’esprit du poète.
Le haïku est un poème de circonstances, à déguster tranquillement, comme un bon vin, pour en laisser s’épanouir toutes les saveurs. Pour ceux qui aiment les petits bonheurs et les choses toutes simples, c’est à découvrir.
Quelques suggestions:
Jessica Tremblay, Le sourire de l’épouvantail, Éditions David, Ottawa, 2003.
Anthologie du poème cours japonais, Gallimard, 2002.
France Cayouette, La lenteur au bout de l’aile, Éditions David, Ottawa, 2007.
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