L’Université fait-elle un effort artistique dans ses nouvelles constructions ou s’est-elle simplement conformée à la «politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics»? En regardant les nouveaux bâtiments, comme le pavillon des sciences de la vie (D8), la faculté d’administration (K1), les agrandissements de la faculté de génie, ou encore le pavillon des stages et du placement (B6), il est légitime de se demander quels ont été les efforts accomplis par l’Université pour offrir un environnement d’études et de travail «beau»?
Daniel Proulx
Depuis 1981, la «Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics» du gouvernement du Québec a donné naissance à plus de 2500 œuvres du domaine public. À l’Université, la plupart des œuvres d’art que l’on retrouve à l’entrée des facultés sont issues de ce programme. Le gouvernement, par sa législation, pratique une forme de mécénat public qui permet de rendre accessible à la vue de tous l’art contemporain. Cependant, si le programme permet l’installation d’une œuvre, l’architecture du bâtiment n’est pas réglementée.
Peut-être est-ce pour cela que l’on retrouve une telle disparité architecturale sur le campus? Du pavillon Georges-Cabana (B1), entièrement vitré et bleu, à la Faculté des sciences (D1) dont la façade est verte, en passant par la Faculté de droit (A8), brune, on se demande si l’architecture des constructions n’a pas simplement suivi la mode passagère de l’époque. Et si les derniers bâtiments s’agencent plutôt bien, c’est probablement parce qu’ils ont été construits dans la même décennie, époque à laquelle l’aluminium est à la mode.
Pourquoi ne pas faire preuve d’audace dans la construction de nos bâtiments? Audace qui pourrait s’exprimer autant dans la forme du bâtiment que dans ses fonctionnalités. Le développent durable s’exprime aussi par l’architecture. Le pavillon Lassonde, de l’École polytechnique à Montréal, en est un bel exemple: en situant intelligemment le bâtiment dans l’espace, celui-ci profite d’une baie vitrée qui illumine et chauffe le bâtiment, sans parler de la couleur vive de chacun des étages.
Un immeuble ne devrait pas être simplement fonctionnel. Il doit aussi être agréable d’y faire ses études et d’y travailler.Un environnement «beau» augmente, entre autres, la productivité et la concentration. Pourquoi les étudiants de la Faculté de sciences préfèrent-ils travailler dans la cafétéria plutôt que dans la bibliothèque? Deux éléments peuvent être facilement identifiés: la lumière naturelle et le fait que les plafonds soient plus hauts, ce qui permet aux étudiants de se sentir moins écrasés.
Et le nouveau campus de Longueuil? On nous annonce que cet immeuble sera magnifique et qu’il démontrera le leadership de l’Université, et ce, autant en éducation qu’en architecture. Une audace architecturale qui s’exprimera par un atrium, une aire ouverte sur 15 étages donnant l’impression de voir les salles de classes suspendues dans le vide, un espace vert aménagé sur une terrasse, etc. Déjà, l’immeuble a été honoré par un prix d’architecture: cela annonce peut-être un tournant pour la conception des futurs bâtiments.

