Le 7 octobre dernier, le premier ministre de l’Islande, Geir Haarde, a émis la possibilité que le pays tombe en faillite nationale à la suite de la crise financière actuelle et a fait appel aux autres pays industrialisés et au Fonds monétaire international (FMI) pour l’aider à affronter la crise. Ces turbulences économiques qui frappent aujourd’hui l’Islande sont-elles le reflet d’une situation unique à ce pays insulaire de moins de 305 000 habitants ou sont-elles plutôt les premiers soubresauts d’une crise qui frappera à plus grande échelle?
Isabelle Fortin
L’Islande, petit pays situé au beau milieu de l’Atlantique Nord, fait beaucoup parler d’elle présentement, et ce, contre son gré. Sa monnaie nationale, la couronne islandaise, a perdu plus de 40 % de sa valeur depuis juillet 2007, et les banques du pays, dont la valeur représente huit à neuf fois la valeur du produit intérieur brut de l’Islande, menacent de faire faillite. La crise financière actuelle frappe les fondements mêmes de l’économie islandaise, poussant ainsi le gouvernement à adopter des mesures draconiennes pour éviter la banqueroute.
Pour sauver son système bancaire, le gouvernement islandais a donc dû nationaliser, en septembre et en octobre, deux des trois plus grandes banques du pays, tout en offrant un crédit d’urgence à la première banque islandaise pour affronter la crise. Pour rassurer les épargnants et les investisseurs, l’État a également offert une garantie sur tous les dépôts effectués dans une banque islandaise.
Mais à la fin du mois d’octobre 2008, le gouvernement islandais a été forcé d’admettre qu’il n’avait tout simplement plus les fonds nécessaires pour rembourser toutes les dettes accumulées par ses principales banques. En désespoir de cause, l’Islande a demandé le soutien financier du FMI, une première depuis 1976 pour un pays développé. Le 24 octobre, le FMI a donc accepté de prêter 2,1 milliards de dollars américains sur deux ans au gouvernement islandais pour «rétablir la confiance dans le système bancaire et stabiliser la monnaie. Le but primordial est d’accompagner l’Islande dans les efforts qu’elle déploie pour s’adapter à la crise économique d’une manière plus ordonnée et moins douloureuse», selon le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
En plus du prêt du FMI qui a été entériné par son conseil d’administration le 19 novembre, les pays d’Europe du nord, soit le Danemark, la Finlande, la Suède et la Norvège, ont aussi accepté de venir au secours de l’Islande en lui octroyant un prêt de 2,5 milliards de dollars américains. Actuellement, la Russie étudie toujours la possibilité de lui prêter plus de cinq milliards de dollars américains pour endiguer la crise. Toutefois, les causes de la déroute islandaise sont beaucoup plus profondes et affectent les fondements mêmes du système économique du pays.
Les causes de la déroute islandaise
La cause principale des problèmes financiers de l’Islande repose sur sa décision prise le 29 septembre dernier d’acquérir des parts dans les deuxième et troisième banques du pays, alors qu’il n’avait pas les réserves nécessaires pour l’assumer, transformant une crise essentiellement bancaire en une crise économique nationale.
Une grande part de l’économie islandaise est détenue par son système bancaire, qui a bénéficié pendant plusieurs années d’investissements et de placements étrangers réalisés en monnaie extérieure, surtout en euros et en dollars américains. Présentement, les banques islandaises font face à un problème de liquidités puisqu’elles voient les investisseurs réclamer leurs avoirs alors qu’elles n’ont plus cet argent en banque, l’ayant utilisé pour faire d’autres placements. Face à la dépréciation de sa monnaie sur les marchés internationaux, la Banque centrale islandaise ne peut plus assurer son rôle de prêteur de dernier recours aux banques qui manquent de liquidités pour répondre à la demande de leurs investisseurs. Comme l’Islande a refusé d’adhérer à la Communauté européenne, et donc à la zone euro, la Banque centrale ne peut compter sur le soutien d’une monnaie forte alors que sa monnaie nationale, la couronne islandaise, ne fait tout simplement plus le poids, ayant perdu 40 % de sa valeur en un peu plus d’un an.
Comme l’Islande est un petit pays, le gouvernement a très peu d’options budgétaires pour redresser la situation. Il peut diminuer les dépenses gouvernementales, par exemple, en privatisant une partie du système de santé qui est actuellement financé entièrement par l’État. Il peut aussi augmenter le fardeau fiscal des contribuables, mais avec moins de 305 000 habitants au total, incluant les enfants, les personnes âgées et les assistés sociaux, qui normalement ne payent pas d’impôts, l’État islandais n’a pas beaucoup de marges de manœuvre. Bref, la glace sur laquelle se trouve présentement l’Islande est extrêmement mince et peut se rompre à tout moment.
Une origine britannique à la crise islandaise?
Toutefois, ce qui a véritablement poussé l’Islande vers l’abîme financier, c’est plutôt une décision prise par le gouvernement britannique le 8 octobre dernier. En effet, Gordon Brown, premier ministre de la Grande-Bretagne, a décidé à ce moment de placer deux des principales banques d’Islande sur la liste des organisations terroristes en vigueur sur le territoire britannique, les faisant côtoyer les al-Qaeda, ETA et talibans de ce monde. Cette décision a paralysé toutes les opérations interbancaires entre l’Islande et la Grande-Bretagne, puisque les banques de cette dernière ne veulent et ne peuvent faire affaire avec des terroristes.
Gordon Brown justifie cette décision par l’incapacité du gouvernement islandais d’assurer les dépôts des investisseurs britanniques dans les banques islandaises, en arguant qu’elles gardent en otage l’argent qui doit revenir à des citoyens britanniques. Par contre, certaines sources citées par le Wall Street Journal indiquent que Brown voulait surtout éviter que des fonds privés britanniques soient envoyés en Islande pour permettre la sauvegarde de son système bancaire, qui avait fait une sérieuse concurrence aux banques de la Grande-Bretagne depuis que les Islandais sont entrés dans la zone économique européenne en 1994. En cette période de turbulences économiques, les pays ne se font plus de cadeaux, surtout s’ils craignent eux aussi des conséquences importantes sur leur propre territoire.

