La communauté universitaire peut dire adieu aux contenants en styromousse et souhaiter la bienvenue à la vaisselle compostable. Désormais, tous les emballages alimentaires servis sur le campus – de la tasse à café à l’emballage de sandwich – finiront leur vie comme engrais à tomate. L’initiative redirigera vers le bac à compost les 600 000 contenants utilisés annuellement à la cafétéria.
Philippe Doyon-Poulin
L’apparition d’assiettes et d’ustensiles compostables n’est qu’un des aspects du plan d’action de développement durable visant à éliminer la vaisselle jetable du campus, précise Patrice Cordeau, conseiller en environnement et développement durable au service des immeubles.
Dans un premier temps, l’utilisation de la vaisselle réutilisable sera encouragée, autant pour les assiettes en porcelaine que pour la tasse à café. Dans un second temps, l’étudiant qui achète son lunch à la cafétéria et souhaite le déguster à l’extérieur sera invité à transporter son met dans un contenant en plastique qu’il aurait apporté de chez lui. Des plats de plastiques réutilisables seront en vente au coût de 0,99 $ au cas où un étudiant pressé oublierait le sien à la maison.
Si ces deux solutions ne sont pas envisageables, la vaisselle compostable constitue la prochaine alternative. «Il n’existe pas d’installations pour recycler les contenants en styromousse au Québec, et les plats de plastique doivent être parfaitement nettoyés pour ne pas être refusés au centre de tri», explique M. Cordeau. «D’où la beauté du plat compostable: l’assiette et le reste de table peuvent se retrouver au compost», poursuit celui qui fut l’un des principaux metteurs en scène de cette initiative.
Il ajoute qu’il faut demeurer vigilant et faire attention à ne pas déposer dans un bac à recyclage un produit destiné au compost. Effectivement, celui-ci contaminerait le lot, le rendant inutilisable à l’usine de recyclage.
La cafétéria centrale, en plus des cinq cafétérias facultaires, sont pourvues de bacs à compost. Il en sera de même pour les cuisinettes d’employés et d’associations étudiantes d’ici peu. «Bref, il y aura des bacs à compost partout où l’on peut manger», ajoute M. Cordeau.
Campagne de sensibilisation
Maintenant qu’une des phases du changement est réalisée, l’Université a demandé l’aide des groupes verts du campus pour la tenue d’une importante campagne de sensibilisation. Eva Rancourt, membre du groupe Campus durable, a été du nombre. Elle sensibilise les étudiants à déposer ustensiles et bols à soupe dans le nouveau bac à compost de la Faculté des sciences. «Les gens sont très réceptifs et posent plusieurs questions. On voit qu’il y a un réel désir de changement» indique l’étudiante à la maîtrise en environnement.
Toutefois, certains étudiants ont émis des réserves quant à l’utilisation du maïs comme matériau de base dans certains plats compostables. En effet, plusieurs spécialistes de la cause alimentaire pointent du doigt l’usage du maïs à des fins autres que l’alimentation humaine comme une des causes de la crise alimentaire mondiale de l’hiver dernier.
Autant Eva Rancourt que Patrice Cordeau se veulent rassurants à ce sujet, en précisant que seulement certains produits sont fabriqués à base de maïs. «Le maïs qui se retrouve dans ces produits provient de champs en régénération et non pas de champs agricoles. Cela ne prive donc pas l’alimentation humaine», explique M. Cordeau. Il ajoute que le projet en est encore à ses débuts et que d’autres solutions sans constituant à base de maïs sont envisagées.
Chartwells embarque
Le projet de retirer la vaisselle jetable est issu d’une entente entre Chartwells, actuel fournisseur des cafétérias du campus, et l’Université. «Nous avons eu une bonne collaboration avec Chartwells et les autres acteurs du dossier», déclare Joëlle Pomerleau, étudiante à la maîtrise en environnement qui a été à la table de discussion dans le cadre d’un stage au service des immeubles.
Le Fonds en développement durable de l’UdeS a aussi été appelé à contribuer en déboursant pour la différence entre l’achat de produits compostables plutôt que ceux jetables. Une différence qui serait minime, aux dires du représentant du service des immeubles.
«Laboratoire d’essais»
Offrir à grande échelle un service alimentaire dont tous les contenants sont destinés au compost constitue une première au Québec. Il semble même que les autres institutions sherbrookoises – CHUS, Bishop’s… – observeraient avec grand intérêt l’évolution de la situation sur le campus de l’UdeS. «Nous sommes un laboratoire d’essais. C’est très excitant, l’objectif de ne générer aucun déchet sur le campus vient de franchir un pas important», juge Patrice Cordeau.
Encadré
L’industrie n’est pas prête
Le publi-sac porte désormais la mention biodégradable. Faut-il en conclure que l’on peut l’utiliser comme engrais dans son jardin? «Bien au contraire! Cela contaminerait les légumes», prévient Eva Rancourt.
La confusion existant dans l’industrie entre les différentes appellations – biodégradable, recyclable, produit vert… – n’aide en rien le consommateur à s’y retrouver. «L’industrie souhaite projeter une image environnementale. Or, tant qu’il n’existera pas de norme pour l’appellation des produits, il sera difficile pour le consommateur de faire la part des choses», estime l’étudiante à la maîtrise en environnement.

