Obama, entre espoir et défi
28 janvier 2009
«Yes we can», c’est grâce à ces mots tout simples et teintés d’idéalisme que Barack Obama a fait son entrée à titre de 44e président des États-Unis d’Amérique. Le changement étant le fer de lance du nouveau président, un colloque tenu le 20 janvier dernier à l’Agora du Carrefour de l’information a aidé ses participants à comprendre en quoi consiste réellement cette réorientation idéologique.
Jordan Bédard-Lessard
C’est sur le coup de midi que l’Agora du Carrefour de l’information s’est transformée en théâtre d’échange sur la politique américaine. Sous le thème «Une nouvelle révolution américaine?», une multitude d’étudiants se sont rassemblés afin d’assister à la cérémonie d’assermentation présidentielle. Les yeux braqués sur la projection, les images des quelque deux millions de partisans présents à Washington avaient un côté fort saisissant. Un discours enivrant, comme seul Obama peut en livrer, a jeté les bases d’une Amérique en pleine réédification, imprégnée d’un climat de renaissance. S’est ensuivit ipso facto une table ronde où ont siégé d’éminents spécialistes de l’Université de Sherbrooke. Ces politologues et historiens ont abordé différentes thématiques et enjeux propres à la nouvelle administration. En bref, les conférenciers ont discuté autant d’économie que des défis concernant les relations internationales de l’Amérique face au Moyen-Orient ou à l’Afrique.
Un appel à l’action
Bien que le nom d’Obama soit sur les lèvres du monde entier depuis des semaines, la réussite de cet homme d’État dépendra avant tout de sa capacité à mener des actions concrètes. L’héritage de l’administration Bush est lourd et laisse un pays enlisé dans deux guerres. Le spécialiste de la politique américaine, Gilles Vandal, souligne également la présence d’une économie en récession, une crise environnementale, énergétique et du système de santé, en plus d’un endettement massif. Pourtant, le sens du défi permettrait au premier président afro-américain de laisser sa trace comme un des plus grands politiciens à ce jour. Pragmatique, le nouveau résident de la Maison-Blanche invite en cette occasion la population américaine à se ranger derrière lui en vue de «refaire l’Amérique», d’oublier les différences et de choisir l’unité, cela à l’intérieur de ce qui apparaît être l’ère de la responsabilisation.
Cette ère se distinguera essentiellement par un rôle accru de l’État dans l’espace public, ce qui constitue d’emblée une rupture flagrante avec l’idéologie de «laisser-faire» en vigueur depuis des décennies chez nos voisins du sud. L’investissement dans les infrastructures, le rachat de banques en faillite, l’aide versée aux compagnies automobiles et les projets visant les réformes du système de santé et de l’éducation, voilà ce qui, a
priori, peut être caractérisé d’audacieux.
Et dans le monde?
En ce qui concerne les relations internationales, cette fois, Obama s’est adressé au monde musulman avec une approche qui tend à souhaiter un départ sur une nouvelle base. Dans son discours, il déclare solennellement que «l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité», marque de bonne volonté et de diplomatie. Dans cet esprit, le président a exprimé tout autant le souhait de retirer les troupes américaines de l’Irak et de se concentrer sur les effectifs en Afghanistan, cela en renouant le dialogue avec l’Iran. Il s’agit ici d’appliquer ce qu’Hillary Clinton qualifie de «smart power», une approche fondée sur le dialogue et la négociation. Quoi qu’il en soit, malgré l’absence de références aux événements du 11 septembre 2001, la mise en garde contre le terrorisme tient toujours, a fait remarquer le spécialiste de la politique du Moyen-Orient, Sami Aoun, lors de son tour de parole. En s’adressant en outre aux «dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre», Obama garde le cap dans le combat contre la terreur.
Finalement, même si la tâche semble colossale au premier abord, que les défis sont omniprésents et que le nouveau chef d’État est victime d’attentes vertigineuses, il est plein de bonnes intentions et conscient qu’il ne pourra pas à lui seul enrayer tous les fardeaux que connaît l’humanité. Mais dans ces temps difficiles, tous auront su trouver un peu de réconfort dans l’optimisme que dégageait, sur scène, l’ancien sénateur de l’Illinois.
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