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Categorized | Société

Crise énergétique européenne

Posted on 28 janvier 2009 by admin

Le froid entre la Russie et l’Ukraine fait grelotter l’Europe

Au début de l’année 2009, la Russie et l’Ukraine se sont livrés à un véritable bras de fer sur la question du transit du gaz russe vers l’Europe à travers le territoire ukrainien. Cette situation a plongé une partie du Vieux Continent dans le noir alors que plus de 40% de l’ensemble de la capacité énergétique européenne repose sur le gaz naturel russe.

Isabelle Fortin

Le 1er janvier 2009, la Russie a cessé de livrer du gaz naturel à l’Ukraine à la suite de l’échec des négociations entre Gazprom, la société d’État gazière russe, et Naftogaz, la société d’État ukrainienne, pour fixer un nouveau prix au gaz russe livré en Ukraine au cours de l’année 2009. Gazprom exige ainsi de l’Ukraine qu’elle paie le prix du marché international, soit le prix que l’Europe paie déjà pour son approvisionnement en gaz et qu’elle rembourse les dettes gazières qu’elle a contractées au cours des dernières années alors que l’Ukraine bénéficiait d’un tarif préférentiel sur le prix du gaz.

Alors que Gazprom avait rassuré ses clients européens qui achètent du gaz russe transitant en très grande majorité – environ 80% – par les gazoducs ukrainiens, la crise a pris une nouvelle tournure le 5 janvier dernier lorsque la Russie a annoncé qu’elle stoppait complètement ses livraisons de gaz à travers l’Ukraine. Elle s’est justifiée en disant que l’Ukraine volait du gaz destiné à l’Europe pour son propre usage, ce qu’a toutefois démenti le gouvernement ukrainien. Plusieurs pays, dont la Roumanie, la Slovaquie, la République Tchèque et la Hongrie, se sont plaints à l’Union européenne de la baisse des livraisons de gaz alors qu’une vague de froid glacial s’abattait sur le Vieux Continent.

Pour les Européens, cette crise autour du transit du gaz russe à travers les gazoducs de ses anciennes républiques soviétiques a des airs de déjà-vu. Déjà en janvier 2006, les Russes avaient cessé l’approvisionnement du gaz à travers l’Ukraine et ils avaient fait de même en 2007 avec le Bélarus. «La crise de 2006 était toutefois due à une pression des Russes à la suite de la Révolution orange de l’automne 2004, qui avait porté un gouvernement pro-occidental au pouvoir en Ukraine. La crise actuelle est différente de l’autre, car je ne crois pas que les Russes cherchent actuellement à mettre de la pression sur l’Ukraine», déclare Tristan Landry, professeur spécialiste de la Russie au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke.

Une crise qui en cache une autre

«Présentement, les analystes ne s’entendent pas sur les raisons qui sont au cœur de cette crise. Certains pensent qu’il pourrait y avoir une collusion entre la Russie et l’Ukraine pour créer une rareté du gaz et ainsi augmenter les prix alors que le gaz naturel, tout comme le pétrole, a vu son prix et sa demande baisser au cours des derniers mois, de poursuivre M. Landry. Personnellement, je cautionne davantage la vision d’autres analystes qui croient que les Russes ont choisi ce moment où l’hiver est rigoureux pour prouver à l’Union européenne que l’Ukraine n’est pas un partenaire fiable dans la livraison du gaz vers l’Europe. S’ils parviennent à convaincre l’Union européenne, les Russes obtiendront le financement et le soutien politique pour construire le Nord Stream et le South Stream prochainement.»

Ces deux projets de gazoducs qui doivent relier la Russie à l’Europe sans traverser le territoire des anciennes républiques soviétiques sont au cœur des projets de développement énergétique européen à long terme. Débuté en 2005, le projet du Nord Stream doit acheminer le gaz russe vers l’Allemagne à travers la mer Baltique pour approvisionner les pays scandinaves, baltes ainsi que la Pologne. De son côté, la construction du South Stream doit débuter en 2009 et traverser la mer Caspienne pour se rendre jusqu’en Italie. Actuellement, la poursuite de ces deux projets est suspendue pour des raisons environnementales.

L’état de l’économie mondiale fait également craindre le pire aux autorités russes alors que la majorité de leurs revenus provient de la vente du gaz et du pétrole à l’étranger. Lorsque les prix de l’énergie ont explosé, la situation de la Russie était enviable, mais maintenant que le prix du baril de pétrole flirte avec les 30 dollars américains, elle semble s’enliser dans une profonde crise. «Ce qui est intéressant à noter, c’est que les programmes sociaux russes sont établis totalement sur les cours élevés du pétrole. Si ça continue à baisser, tout va s’écrouler! Qu’est-ce qui va arriver en Russie si le baril de pétrole baisse jusqu’à 20$? Les services sociaux risquent d’être coupés par manque de fonds et la population va devenir plus politisée. Bref, si la conjoncture économique continue à se dégrader, ça pourrait causer une révolution politique, ce que veut éviter à tout prix le Kremlin», déclare Tristan Landry.

L’Union européenne prise en étau

Face à cette crise, l’Union européenne s’est retrouvée dans une situation fort inconfortable alors que plusieurs de ses membres, dont la plupart ont fait partie de l’ancien bloc soviétique, dépendaient entièrement du gaz russe et réclamaient soit une intervention auprès de la Russie ou de l’Ukraine, soit une aide des pays voisins pour les alimenter en électricité en attendant le règlement de la crise. Parmi ces pays, la Slovaquie a dû recevoir une aide d’urgence de la République Tchèque, mais elle a quand même perdu environ cent millions d’euros par jour en forçant un millier d’entreprises à fermer temporairement leurs portes.

Selon monsieur Landry, «l’Union européenne est placée devant un choix difficile à faire: elle subit des pressions de la part des Américains qui font la promotion de l’entrée de l’Ukraine au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et de l’Union européenne, mais elle doit aussi développer une politique énergétique commune qui risque en bout de ligne de la rendre encore plus dépendante de la Russie.»

Après deux semaines de conflit qui ont forcé l’Union européenne à adopter un ton beaucoup plus ferme envers l’Ukraine et la Russie, le bras de fer entre les deux pays a pris fin le 19 janvier avec une entente selon laquelle le gouvernement ukrainien a accepté de payer en 2009 le gaz à un prix d’environ 10% inférieur à celui payé par les Européens. Les livraisons de gaz ont repris le 20 janvier dernier vers le Vieux Continent qui en sort encore plus affaibli et refroidi dans ses relations avec l’ancien grand frère russe.

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