Les 15 et 16 janvier derniers, le Théâtre Léonard Saint-Laurent du Séminaire de Sherbrooke présentait En toute intimité, une pièce de théâtre très particulière interprétée par 17 femmes, dont 16 nouvelles arrivantes venues de pays variés. Il s’agissait, pour ces femmes, d’une façon unique de s’intégrer, de se franciser, de faire un pas vers l’employabilité.
Louis Pascal Perreault
Une telle production est rendue possible grâce à de multiples partenariats: la Résidence théâtrale de création du Projet Terre, le Théâtre des petites lanternes, le Centre Saint-Michel, Emploi Québec, Service Canada… Et certainement beaucoup d’engagement de la part de tous les intervenants.
La pièce ouvre sur une chanson qui vient d’un texte anonyme: la vie est un voyage, le monde est un bateau, l’amour est l’équipage, le cœur est un hublot… Les 17 voix sont justes et harmonieuses. Puis, elles reprennent la mélodie en un murmure pendant que chaque comédienne y va d’une première réplique. Le ton est donné.
Une mise en scène soignée
Dans un chassé-croisé continuel, chacune se confie et s’exprime sur des thèmes qui s’enchaînent dans une grande fluidité: les premières impressions en arrivant au pays, l’accueil des gens, la découverte de la neige, la morsure du froid, le silence, l’amitié, la maternité, le couple, la sensualité, la séduction… Un musicien est sur la scène pour accompagner plusieurs moments du spectacle, tantôt à la guitare, tantôt avec une foule de petits instruments. Quoique très visible, sa présence demeure discrète, bien dosée, intime, comme toute la présentation.
Il faut rendre hommage ici à Angèle Séguin, à qui l’on doit le texte et la direction artistique, ainsi qu’à la metteure en scène Viviane Champagne. Elles ont su utiliser avec efficacité et sobriété les éclairages, les costumes (blouses et jupes longues, dans des teintes chaudes de pêche et de saumon), les images, les déplacements et surtout, la personnalité de ces femmes splendides, qui surmontent fièrement leurs différentes difficultés de prononciation. Le spectateur se fait complice de leur cheminement, sans avoir à y mettre aucune complaisance.
La qualité des prestations vocales est impressionnante comme celle du duo de voix africaines décoiffantes. Il y a aussi une chanson en espagnol, très douce, très folk, où la chanteuse ajoute sa guitare à celle du musicien.
En toute intimité sera présenté encore trois fois au mois de mars. N’hésitez pas!
Le 11 mars, 14 h 30, et les 12 et 13 mars, 19 h 30 au 200, rue Peel. Pour vos billets (tarif étudiant): Théâtre de la petite lanterne, 819 346-4040.
[ENCADRÉ]
Conversation avec une comédienne
Échange avec Adriana Maria Betancur, de Colombie, interprète de la chanson en espagnol.
Louis Pascal Perreault: Est-ce que Angèle s’est inspirée de vos propos pour écrire les dialogues?
Adriana Maria Betancur: Au début du projet, elle a distribué à chacune un questionnaire écrit. On y retrouvait des questions sur les thèmes qui allaient être abordés, tel que: qu’est-ce qui diffère ici de mon pays? Puis, Angèle s’est enfermée pendant trois jours avec nos réponses, et le dialogue était né.
LPP: Que t’a apporté cette expérience, Adriana?
AMB: De la confiance, de l’aide à la francisation et à l’employabilité…

