imprimer cette article imprimer cette article

Categorized | Culturel

Entrevue: Daniel Gaudreau, Visual Effects Artist

Posted on 28 janvier 2009 by admin

Du sous-sol de ses parents à Magog… All the way to Hollywood? Les technologies de plus en plus développées dans l’univers clos des effets spéciaux ouvrent les portes des coulisses du showbiz à tout un bassin de geeks. Quand le vilain petit canard devient celui qui retouche un pétard: Le Collectif a rencontré un gars du coin qui est tout sauf ordinaire…

Valérie Godhue

Valérie Godhue: Quel est votre métier, en quoi consiste votre travail?

Daniel Gaudreau: Mon titre officiel, c’est Visual Effects Artist, mais je fais encore un peu de tout en postproduction, comme du 3D et du 2D. Pour mes contrats de films, je fais majoritairement du Compositing 2D.

VG: C’est ce que vous avez toujours voulu faire?

DG: Pour moi, le VFX (Visual Effects) est un passage obligé dans le chemin que je me suis fixé à environ 14 ans. [] Je me disais qu’apprendre à maîtriser l’image et savoir créer une belle prise à partir de rien pourrait me servir au moment de réaliser mes propres films. [] Donc, pour ne pas perdre de temps, j’ai commencé à apprendre des logiciels de 3D tout seul dans le sous-sol chez mes parents. À l’époque, je trouvais ça relativement complexe, alors pour être à un niveau assez avancé à ma sortie de la polyvalente, j’ai dû faire quelques sacrifices: fini l’étude et les devoirs le soir; j’aimais mieux passer mon temps à modéliser des petits vaisseaux en 3D qu’à me casser la tête en algèbre. [] On ne fait pas d’omelette sans briser quelques oeufs!

VG: Votre cheminement scolaire ne doit donc pas être conventionnel…

DG: Immédiatement après le secondaire, j’ai été accepté dans une école postcollégiale appelée le Centre NAD, à Montréal. [] J’ai pu y entrer sans passer par le cégep grâce au 3D et aux films que je faisais au lieu de mes devoirs pendant mon secondaire. [] On faisait des courts métrages en 3D pendant 80 heures étalées sur des semaines de 7 jours de travail. Ensuite, j’ai commencé à travailler sur une grosse publicité pour le MGM Grand à Las Vegas, et je n’ai pas arrêté depuis.

VG: Qui sont vos employeurs et à quoi ressemblent vos contrats?

DG: Mes patrons sont les VFX Supervisors des studios qui m’engagent. Les contrats se négocient pas mal par courriel et par téléphone et peuvent aller de deux semaines pour une publicité, à six mois et même à un an pour un gros film. [] Tu peux travailler n’importe où en te faisant payer le voyage et l’appartement par le studio qui t’engage.

VG: Sur quels projets plus connus avez-vous travaillé?

DG: Mon dernier projet était le film Watchmen, où nous devions intégrer la tête en 3D du personnage principal sur 350 plans. Pour ceux qui connaissent cette bande dessinée, je travaillais sur Rorschach, un personnage qui se promène avec un masque formé d’un liquide qui est constamment en mouvement sur son visage. Bref, intégrer une tête, surtout celle du héro d’un méga film comme ça, c’est du travail de précision: il faut que ce soit parfait, sinon ça va distraire le spectateur. Alors si personne ne se rend compte que la tête de ce bon chummy est complètement fausse, c’est la preuve que j’ai bien fait mon travail. C’est plaisant, vendre du rêve.

VG: Parlant de vendre du rêve: que pensez-vous de l’obsession de la perfection, du culte de l’image qui caractérise le cinéma et le monde du vedettariat?

DG: Je fais un parallèle avec mon travail: quand je reçois des rendus de l’équipe de 3D à intégrer dans un film, la première étape consiste à salir et détruire tout leur beau travail. Du 3D, c’est trop beau, trop parfait. Alors pour vendre l’illusion, il faut casser cette perfection. Donc, d’après moi, ce sont tous les petits défauts d’une personne qui font qu’elle est belle, qui la rendent vraie. Vive l’imperfection! J’aimerais que plus de gens comprennent ça… Mais j’ai confiance qu’avec le temps, tout le monde finit par s’ouvrir les yeux.

VG: Vous avez sûrement une grande ambition, un rêve ultime.

DG: Oui, réaliser un long métrage. C’est pour bientôt: octobre 2009.

Comments are closed.