Art sur le campus
Daniel Proulx
Artiste allemand de renommée internationale, Veit Stratmann propose par ses sculptures un surprenant questionnement, à la condition que le spectateur soit alerte et vigilant. Cette expérience est proposée au marcheur «aventureux» et attentif aux détails discrets des paysages, car l’œuvre, composée de huit grilles en acier galvanisé de quatre-vingts centimètres de diamètre, est dispersée en périphérie de l’entrée de la Faculté de médecine (X1). En plus de cette dispersion dans l’espace, ces grilles peuvent aussi bien être confondues avec l’entrée d’une bouche d’égout par le piéton pressé et concentré aux tâches importantes qu’il s’en va accomplir à la Faculté de médecine.
À l’inverse des sculptures traditionnelles qui cherchent à attirer tous les regards et à être à l’avant-scène en se montrant orgueilleusement, la démarche de Viet Stratmann oblige plutôt le spectateur à prendre le temps. Ces huit sculptures subtiles, sans éclat, presque sans âme, rappellent en fait du simple matériel industriel dans une banalité qui laisse pantois. C’est pour cela que l’œuvre suscite effectivement un intense questionnement chez le spectateur.
Un questionnement qui est en même temps un arrêt, parce que ces grillages d’acier ne référant à rien ne peuvent nous placer qu’en face de nous-mêmes. Cependant, si l’on s’aventure un peu plus loin, que l’on sort de l’apparence, que l’on prend le temps et que l’on accorde quelques minutes de notre attention à cette chose étrange placée sur le sol, la «chose» devient alors œuvre d’art. «Ces sculptures ne se donnent pas à voir, mais elles donnent à vivre.»
La démarche de Viet Stratmann suscite un questionnement sur le rapport entre l’espace public et le spectateur. S’interroger au plus haut point sur les œuvres de cet artiste initie une réflexion où l’objet artistique n’a plus besoin d’être en relation avec le lieu dans lequel il est installé. Les œuvres de l’art public ne doivent plus, selon Viet Stratmann, n’être en relation qu’avec elle-même ou avec le lieu dans lequel elles sont installées, elles doivent entrer en relation avec le spectateur. C’est lorsque le spectateur pose le pied sur l’œuvre que s’établit une relation et que naît l’objet d’art. Il n’est plus extérieur au spectateur, il est en dialogue et de cette relation nourrissant l’imagination, l’objet n’est plus vu comme extérieur, mais comme un signe qui nous repositionne dans le monde.
Même si cela n’est pas évident, la démarche de Viet Stratmann redonne une profonde vitalité au monde stérile qui nous entoure, car trop souvent nous passons à côté de trésors faute d’avoir été attentifs à notre monde. C’est une profonde réflexion sur la condition humaine à laquelle nous conduisent ces simplistes grilles en acier galvanisé.
Veit Stratmann
Sans titre, 2007-2008
Acier galvanisé
8 éléments de 80cm de diamètre
Collection de l’artiste
Situé en périphérie de l’entrée de la Faculté de médecine (X1)

