Un nouvel engouement pour nos danses callées

23 février 2009

Dernièrement, la musique traditionnelle québécoise a pu retrouver grâce auprès des jeunes générations. Merci à La Bottine Souriante, à Michel Faubert et à ceux qui ont su moderniser avec créativité le répertoire. D’autres passionnés se chargent depuis quelques années de faire redécouvrir nos danses traditionnelles. Robert Goulet est un de ces défricheurs.

Louis Pascal Perreault

Nous sommes le 24 janvier au Centre regroupement jeunesse de Rock-Forest. La soirée commence à peine que déjà une centaine de danseurs sont sur le plancher. Les tables sont presque vides. On remarque dans la salle des jeunes et des moins jeunes, des Québécois d’origine et des néo-Québécois. La majorité sont des jeunes. Le calleur Robert Goulet explique les pas pour la danse qui suivra. Avec lui sur la scène, cinq tout jeunes musiciens âgés de 12 à 16 ans (la relève ne manque pas!) Ils sont sous la direction d’Yves Hélie, un accordéoniste plus expérimenté. Voilà, les derniers pas sont compris (ou plutôt les dernières figures; nos danses sont des danses de figures). La musique démarre. La fébrilité et la joie s’emparent instantanément des danseurs. Chaque visage s’illumine d’un sourire qui persiste pendant toute la soirée. Les couples temporaires, regroupés par quatre, se croisent et s’entrecroisent. Au bout de la soirée, tout le monde aura dansé avec tout le monde.

Notre rapport avec la musique «trad»

Après la défaite du «oui» au référendum de 1980, le Québec a voulu rejeter toute allusion à son folklore. La Bottine Souriante a survécu à travers le réseau des «folk festival» en Europe et en Amérique. Dans les années 1990, les sonorités acoustiques sont revenues dans l’ensemble de la musique populaire mondiale. Bye bye les sons trop synthétiques et les beats électroniques. Rebonjour guitare, batterie, piano, violoncelle… Cela a pu jouer un rôle ici dans la multiplication des groupes de musique traditionnelle. Robert Goulet raconte que «de tous les jeunes groupes qui se sont formés récemment, par exemple, Genticorum, La Baratte à beurre, Les chauffeurs à pied, eh bien la moitié de ces gens-là ont fait des études en musique, soit au cégep, soit à l’université.» Malgré tout ça, notre folklore ne réussit pas à se débarrasser de la couche de préjugés qu’entretiennent encore plusieurs Québécois: passéiste, quétaine, ennuyeux, simpliste, ethnocentrique… Pourtant, «les Colombiens ou gens d’autres origines qui viennent à mes veillées, ils trouvent ça tout à fait normal. Eux n’ont pas peur de leur folklore.»

 

Et la danse dans tout ça?

L’intérêt vient pour Robert d’un engouement personnel. Il n’y avait pas de tradition familiale. Il rappelle que «notre musique était d’abord faite pour danser. Ce n’est que dernièrement qu’on s’est mis à l’écouter sur disque ou en concert. On peut dire que la musique est restée, mais moi, mon but, c’est la danse! Ce que je trouve dommage, quand je vais voir des spectacles comme Les tireux de roches ou La volée de castors, c’est que les gens ne connaissent pas les danses. Ils savent un peu swinger (et encore!) ou faire un petit crochet, mais ça s’arrête là. Pourtant, il y a tellement de variétés de danses, de pas. Pour les jeunes, il existe encore une appréhension; ils pensent que ce sont des danses de vieux, ils mélangent avec les danses de ligne, les danses country. C’est parce qu’ils n’ont pas vu leurs parents danser. On a sauté une ou deux générations. [] Mais, d’un autre côté, ça ne s’est jamais complètement perdu… Les Veillées du Plateau à Montréal fêteront bientôt leurs 25 ans, et ce genre de soirées se multiplie au Québec.»

Nos ancêtres faisaient souvent durer leurs réveillons toute la nuit. Les jeunes d’aujourd’hui font la même chose pendant les raves. Dans les deux cas, les danseurs se laissent emporter par une musique de transe, répétitive, obstinée, chamanique… À l’ère de Facebook et des rencontres virtuelles, voilà une alternative où le contact humain est absolument réel et ô combien chaleureux! Alors, ne manquez pas le prochain «rave-eillon» de Robert Goulet. Il aura lieu le 28 février, au Centre regroupement jeunesse de Rock-Forest, à partir de 20 heures. (1010, rue du Haut-Bois. 7$ pour les étudiants. Information: Robert Goulet, 819 565-9867 ou dumas-goulet@videotron.ca)

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