Le mardi 3 février dernier, insouciante, je me suis levée sans penser que les propos sordides d’un chef d’État viendraient pimenter ma journée. Non… on recommence! Le mardi 3 février dernier, innocente, je croyais encore que les chefs d’État pouvaient passer une journée sans dire de sottises. Or en empoignant d’une main ferme Le Devoir qui traînait sur ma table de cuisine, que vis-je à la une?
Sarah Saïdi
Vous l’aurez deviné: ce titre dont j’ai emprunté la ponctuation chargée, Sarkozy répudie le «ni-ni» sans ambiguïté assorti d’une photo de Sarkozy, l’air de vouloir calmer une foule qu’il semble croire composée d’une masse de retardés. (N’oublions quand même pas de mentionner «l’absence présente» de ce charmant Jean Charest au regard plus vide qu’un trou noir, posté à sa droite, ou à sa gauche, c’est selon.)
Curieuse de savoir pourquoi Sarkozy remettait la question de la non-ingérence et non-indifférence (ni-ni) sur le tapis – et rendait on ne peut plus claire son opinion sur le sujet – après la controverse de cet été à Québec, j’entrepris de lire les mots de Christian Rioux. Après m’être bêtement écriée «Maudit cave!» bon nombre de fois (le cave n’étant évidemment pas M. Rioux) je me suis toutefois suggéré «Ne nous emportons pas!». Certes, les paroles de cet amoureux de l’Amérique sont blessantes pour les souverainistes et mettent en lumière son «ignorance crasse de la situation québécoise», (merci à Gilles Duceppe pour cette réplique parfaite), mais amusons-nous plutôt à décortiquer, démolir et déchiqueter ses propos.
Décortiquer, démolir et déchiqueter
D’abord, ce charmant être a tout bonnement lancé que le ni-ni, «c’est pas trop [s]on truc!». Quel vocabulaire pour un président! Quelle classe! Quelle crédibilité! Oui, on peut admirer sa franchise, sa clarté et sa spontanéité, mais est-ce que c’est vraiment une qualité pour un président de s’exprimer tel l’ado blasé? Et puis, le ni-ni n’a jamais empêché un président français d’avoir sa propre opinion sur la souveraineté du Québec. Pourquoi Sarkozy brise-t-il alors la règle de non-ingérence? Peut-être pour la simple et bonne raison qu’il est en manque d’attention…
Ensuite, il exprime sa pensée de manière plus articulée en nous demandant pourquoi «cet attachement à notre culture, à notre langue, à nos liens, devrait-il se définir comme une opposition à qui que ce soit d’autre?». Ma réponse: parce qu’elle ne se définit pas comme une opposition à qui que ce soit d’autre. Notre culture et la culture du ROC ne sont pas antonymes, au contraire, elles sont simplement différentes, différentes au point que nous sentons le besoin de nous dissocier pour la vivre pleinement.
En continuant sur le mode interrogatif, il renchérit «Croyez-vous, mes amis, que le monde, dans la crise sans précédent qu’il traverse, a besoin de division, a besoin de détestation?» Bien sûr que non. À mon tour de poser les questions. Pourquoi unir dans une même phrase la crise économique et la souveraineté du Québec? N’est-ce pas là l’association douteuse de deux enjeux aussi distincts que la crise alimentaire et la qualité du français dans les écoles québécoises? Et puis, même Pauline l’a dit: il n’y en aura pas bientôt de référendum! S’inquiéter d’une division relève donc de la pure paranoïa. Enfin, nuançons, c’est une mini-minorité québécoise qui déteste les anglophones du Canada…
J’ai gardé le pire pour la fin, comme Sarkozy d’ailleurs, qui a enfoncé le clou avec cette sympathique affirmation. «Dans les valeurs universelles que nous portons au Québec comme en France, il y a le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l’enfermement sur soi-même.» Sectarisme… un beau mot littéraire qui nous évite de comprendre immédiatement qu’en fait, le président français nous traite d’étroits d’esprits et d’intolérants. Au lieu de nous attaquer de manière gratuite avec des arguments bancals et insultants, au lieu de se ridiculiser en déblatérant sur un sujet qu’il ne maîtrise pas et dont il ne semble connaître qu’une facette, plutôt que de s’attaquer aux Québécois, il aurait eu intérêt à utiliser sa salive pour discuter avec les Français en colère.

