Le 19 mars prochain, l‘Université de Sherbrooke devra élire un nouveau recteur. En fait, c’est l’assemblée universitaire composée de 38 professeurs, étudiants et citoyens de la municipalité qui devra faire le choix final du nouveau recteur. La campagne électorale est commencée depuis la mi-février entre les candidats retenus par le comité de sélection: M. Louis Marquis et Mme Luce Samoisette. Les candidats sont venus rencontrer les membres du REMDUS, et Le
Collectif s’y est glissé l’oreille.
Emmy Grand-Maison
Le recteur sera le plus haut responsable du comité de direction d’une institution dont le budget de fonctionnement est de 406 millions de dollars et qui compte quelque 6900 employés et environ 20 000 étudiants et citoyens de la municipalité de Sherbrooke. Le successeur du recteur Bruno-Marie Béchard, qui termine son deuxième mandat, devra obtenir plus de la moitié des voix de l’assemblée universitaire le 19 mars prochain. Le conseil universitaire devra ensuite élire les cinq autres membres du comité de direction sur recommandations du nouveau recteur. Une décision à ne pas prendre à la légère.
Luce Samoisette, une collaboration au service d’une vision
Luce Samoisette a passé neuf années à la haute direction de l’UdeS. L’ancienne vice-rectrice à l’administration a été la première rectrice adjointe de l’Université. Mme Samoisette a aussi été rectrice par intérim lorsque Bruno-Marie Béchard s’est présenté aux élections fédérales en 2004. Cette dernière pourrait ainsi devenir la première rectrice de l’UdeS. Mme Samoisette entend défendre, entre autres, les dossiers du sous-financement des universités, du recrutement du corps professoral, des départs à la retraite et de la dénatalité. La totalité de son plan se retrouve sur son site Internet; www. lucesamoisette.com. On manque de moyens face au gouvernement, il faut continuer la lutte avec toutes les universités du Québec. Il faut agir ensemble et refaire une solidarité qui n’existe plus.
Louis Marquis, l’idée vient du dialogue
Professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke depuis 1989, Louis Marquis enseigne et poursuit ses recherches dans les domaines du droit transnational, commercial et international et des modes de prévention et de règlement des différends. Louis Marquis a occupé la fonction de vice-doyen à la recherche de 1996 à 2000 et celle de doyen de la Faculté de droit de 2000 à 2004. Il a également été directeur fondateur du premier programme francophone d’études supérieures en prévention et règlement des différends. Comme l’affirme M. Marquis: «Ma vision, chercher à atteindre l’idéal; mon slogan, l’université du possible! Cela passe par quatre étapes interactives: faire place à la connaissance dans une dimension locale et aussi internationale, faire place à la reconnaissance, créer une œuvre collective et améliorer le bien commun.»
Le poste de rectrice ou de recteur implique de lourdes responsabilités. Le candidat retenu devra d’une façon générale veiller à la bonne administration scolaire et financière de l’Université. Il sera responsable de représenter l’Université, de prononcer ou d’autoriser les déclarations faites au nom de l’Université et d’établir et d’assurer les relations de l’Université avec les pouvoirs publics et les organismes qui en relèvent ainsi qu’avec tout privé dans les meilleurs intérêts de l’Université. Des débats sont prévus prochainement à la FEUS entre les candidats.
[ENCADRÉ 1]
Quelle est la place que vous accordez au développement durable ?
LS: « Luce Samoisette: Le développement durable (DD) est un élément très important. Il faut l’insérer dans la mission de l’Université. Pour moi le DD c’est un «on-going progress», ce sera toujours présent, et ce, dans tous les domaines. J’étais à la base du DD à l’UdeS, même si ce sont les étudiants qui l’ont mené de front, j’étais à la base de l’approbation des principes en DD. Pour moi ça va rester!
Nous savons que les sciences humaines reçoivent moins de crédits que d’autres facultés, comment réglerez-vous le problème du déséquilibre financier entre les facultés?
LS: Il va falloir déterminer un étalon de base pour le financement de chacune des disciplines. On doit faire les accords de principe avant que le financement arrive. On va devoir éliminer la péréquation, le financement doit être assuré également dans chaque faculté.
Quelles sont vos exigences en ce qui concerne des demandes gouvernementales?
LS: Il faut d’abord monter notre dossier avec le gouvernement. Il faut le préparer en démontrant le sous-financement, et ce, en comparaison avec les autres provinces. Cette façon de faire a fonctionné pour les derniers plans de financement. Ça ne fonctionne pas encore à la hauteur de nos attentes, mais on est sur la bonne voie. Il faut limiter la place du privé, c’est la raison pour laquelle le gouvernement du Québec doit assurer le financement.
Quelle est votre vision des coopératives à l’Université?
LS: Je suis une partisane du concept de coopérative. Je crois à la formule coopérative, car j’en ai fait partie. Mais une formule coopérative, ça demande des ressources humaines qui s’y connaissent et qui sont permanentes. Il y a déjà eu une coopérative de services alimentaires à l’UdeS, et ce fut un échec. On n’a pas le droit de manquer notre coup cette fois-ci, il faut prendre les moyens nécessaires pour que ça fonctionne.
[ENCADRÉ 2]
Quelle est la place que vous donnez aux lettres et sciences humaines à l’UdeS ?
Louis Marquis: On doit faire une place entière à l’ensemble des disciplines scolaires, les sciences humaines méritent une place légitime. Sur le plan de l’affirmation de la légitimité, il faut aller chercher un meilleur financement pour les sciences humaines, on doit développer un discours de valorisation pour l’ensemble de ses disciplines, mais ce discours n’est pas assez présent, il est à faire.
Quelle place accordez-vous au développement durable et comptez-vous garder le poste de vice-recteur au développement durable?
LM: Nous avons un plan de développement durable récent, qui a été un modèle pour d’autres institutions et il n’y a aucune raison de le mettre au rancard. Une des mesures qui doit accompagner cet exercice, c’est bien la place du vice-recteur au développement durable. Il y a un élément de continuité garanti.
Vous avez parlé de bien commun, de vision engagée et d’impact positif… Quels sont les impacts positifs que vous souhaitez concrétiser?
LM: Ça tourne autour de trois avancements intéressants. Le développement durable, nous devons continuer à être un des chefs de file dans le domaine du développement durable. Il faut aussi avoir un modèle inédit d’accueil et d’intégration de tous les étudiants et je veux que dans huit ans, on parle avec fierté autant de la discipline Y que de la discipline X.
Que pensez-vous des initiatives coopératives (bouffes solidaires, Coopsco, coop alimentaire)?
LM: La direction de l’UdeS songe à adopter une formule en faveur des coopératives, celle du CAFÉ-CAUS en est une preuve de plus. Nous partageons l’idée que la formule coopérative est en symbiose avec la vision de l’Université. La formule coopérative s’inscrit parfaitement dans la culture de l’UdeS, car elle permet la réunion de divers intérêts qui nous permettent d’atteindre le bien commun. C’est beaucoup plus gratifiant que de confier à l’externe.
[EXERGUE 1]
On manque de moyens face au gouvernement, il faut continuer la lutte avec toutes les universités du Québec. Il faut agir ensemble et refaire une solidarité qui n’existe plus. – Luce Samoisette
On manque de moyens face au gouvernement, il faut continuer la lutte avec toutes les universités du Québec. Il faut agir ensemble et refaire une solidarité qui n’existe plus. – Louis Marquis
Il faut limiter la place du privé, c’est la raison pour laquelle le gouvernement du Québec doit assurer le financement. – Luce Samoisette

