Sherbrooke est une ville saisissante, et son université l’est tout autant. Mais ni l’une ni l’autre n’arrive au niveau des gens qui les composent. On m’avait conté des légendes sur la sympathie et la chaleur des Québécois, et je dois l’avouer, je les écoutais d’une oreille discrète, sans trop prêter attention à ce que j’appelais, au choix, sornettes ou fadaises. Mais mes yeux de Français arrivés depuis moins de deux mois dans le Nouveau Monde n’ont pu qu’être impressionnés par le contraste entre ici et là-bas.
Jérémy Wauquier
Entre le moment où je me suis assis dans l’avion et celui où j’écris ces lignes, je n’ai pas rencontré un Québécois antipathique;
cette expression devient presque une figure «oxymorique». Les gens d’ici ont ce quelque chose de plus, cette touche de sympathie, cette compréhension, qu’on pourrait appeler l’authenticité. Oh, j’entends bien les objections invitant à moins d’emphase, à plus de discernement. Mais la généralisation à l’œuvre ici n’est pas destinée à représenter in extenso l’ensemble des «Canadiens français», simplement de donner une idée d’une tendance, d’une globalité.
Du mythe à la réalité
Il faudrait accumuler plusieurs exemples pour illustrer mon propos, mais je pense vous lasser assez vite, si ce n’est déjà fait. Cependant, je ne puis résister à l’envie de vous en conter quelques-uns. Pouvez-vous imaginer l’importance qu’a l’accueil du garde de sécurité lors de la première arrivée à l’université dans les résidences après un voyage éprouvant ? Ou encore le soulagement de voir, alors qu’on porte une grosse livraison, une voiture s’arrêter sur le côté et vous proposer de vous déposer ? Et pour finir, M. toujours-prêt-à-vous-déposer-en-char-par-mont-et-par-vals, à presque toute heure du jour et de la nuit ? Extraordinaire !
Cela peut sembler banal, voire insipide et fade, mais ces petites choses, ces petits détails qui arrachent des petites bulles de bonheur, transforment littéralement un séjour.
Un lieu où il fait bon vivre
Dans une vision plus globale, l’idée du Québécois sympathique est assez répandue dans le monde francophone, du moins en France. Elle est essentielle pour l’attractivité du Québec. Elle contribue à ce que l’on pourrait appeler son «imaginaire collectif», et donc par là même fait de lui un endroit séduisant capable d’attirer les compétences. Notre province bénéficie en effet d’une position unique et exceptionnelle. Elle est au carrefour de deux mondes et incarne une véritable porte d’accès à l’Amérique du Nord. Et surtout, elle est vue comme une terre accessible. Préserver cela, et c’est presque une lapalissade, est vital pour la Belle Province.
Qui sait, dans une certaine mesure, peut-être théoriserons-nous un jour un soft power à la québécoise. Les sarcastiques ajouteront que, de toute façon pour le hard power, les résultats semblent pour le moins compromis.
Cet éloge peut sembler superflu, ou encore peu à propos. Néanmoins, il est toujours bon d’avoir un regard extérieur pour mieux se connaître. Et puis la critique systématique n’est pas nécessairement la meilleure des choses. Dire ce que l’on pense, simplement, sincèrement, dans le positif comme dans le négatif, voilà qui me semble être un point de départ essentiel.
So, last but not least, mes amis, restez as is, et that’s it !

