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Categorized | Société

Le plan de relance pourra-t-il sauver l’économie américaine?

Posted on 23 février 2009 by admin

Crise économique aux États-Unis

Faillites en hausse, pertes d’emploi massives, confiance des consommateurs en chute libre et banques frileuses face au crédit, l’état de l’économie américaine ne cesse de se détériorer depuis des mois. Pour éviter que la crise ne devienne plus profonde, le gouvernement Obama a décidé de piger dans les poches de l’État et a mis sur pied un plan de relance de 787 milliards de dollars américains. Est-ce que ce sera suffisant pour relancer la première économie mondiale?

Isabelle Fortin

Le plan de relance, promulgué par le président Obama le 17 février dernier, entre en vigueur alors que l’économie américaine est au plus mal. Le taux de chômage a atteint en janvier son plus haut niveau depuis 1982 alors que la production industrielle chute de manière récurrente depuis plusieurs mois. «L’économie américaine va très, très mal présentement, car ce sont ses secteurs moteurs comme le secteur financier et l’industrie automobile qui sont les plus durement touchés. Face à cette situation, le citoyen américain a développé un sentiment inconfortable, pour la première fois, il doute de son économie», explique Khalid Adnane, chargé de cours spécialiste des politiques économiques à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Les 787 milliards du plan de relance visent donc en priorité à relancer le marché de l’emploi avec 499 milliards qui sont alloués pour des programmes sociaux et d’infrastructures. Les 288 milliards restants seront attribués pour diminuer le fardeau fiscal de la majorité des contribuables américains. Selon M. Adnane, «le plan peut faire beaucoup de choses, mais il doit avant tout stimuler la création d’emploi avec des programmes d’infrastructures. Si on accorde seulement des baisses de taxes, les riches vont mettre l’argent économisé à l’abri et les pauvres vont rembourser leurs dettes, ça ne stimulera pas l’économie.»

Toutefois, le plan arrive peut-être trop tard pour avoir un effet important sur la crise actuelle, car la transition entre les deux présidences américaines a ralenti le processus d’introduction du plan aux chambres du Congrès. «C’est vrai que le plan est en retard en partie à cause du dogmatisme de Bush qui a tardé avant d’agir et a finalement créé un sentiment d’urgence en intervenant. Le retard a été accentué par l’alternance entre Bush et Obama, mais il ne faut pas oublier que sans plan de relance, l’économie américaine irait encore plus mal. Actuellement, l’inaction n’est pas une option, les États-Unis n’ont pas le luxe de ne rien faire», déclare Khalid Adnane.

Bras de fer au Congrès

Avant même que le gouvernement Obama n’entre officiellement en fonction le 20 janvier dernier, le plan de 800 milliards de dollars américains à l’origine présenté aux représentants et aux sénateurs n’a pas fait l’unanimité. Il est important de noter que pour faire adopter un projet qui implique de puiser dans les fonds de l’État, le président doit avoir l’appui des deux chambres du Congrès. À la Chambre des représentants, où les démocrates ont une confortable majorité de 75 représentants sur les républicains, un simple vote de la majorité a permis d’adopter, avec certaines modifications, le plan.

La situation s’est corsée une fois devant le Sénat. Pour mettre fin aux débats et voter un projet de loi, il faut que 60 sénateurs votent une motion de clôture des débats. Puisque les démocrates n’ont que 58 sénateurs, ils ont été forcés de négocier un compromis avec la minorité républicaine. «Les républicains ne veulent pas nécessairement supporter le plan de relance, car ils tiennent toujours à respecter leur philosophie basée sur le laisser-faire et la responsabilité fiscale. Ils ont finalement accepté que deux de leurs sénateurs votent pour le plan pour ne pas se faire accuser de l’avoir bloqué alors que l’Amérique en avait bien besoin», déclare Gilles Vandal, professeur spécialiste de la politique américaine à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Toutefois, pour avoir l’appui de ces deux sénateurs républicains, les sénateurs démocrates ont dû accepter d’inclure dans leur nouvelle version du plan des baisses d’impôt plus importantes pour la classe moyenne. Pour ne pas être en reste, les démocrates ont également inclus la clause «Buy America» pour forcer les entrepreneurs à acheter des matériaux américains pour les projets d’infrastructures financés par Washington. Selon M. Vandal, «on sent aussi des divisions au sein du parti démocrate puisqu’ils ont l’impression qu’ils ont dû jeûner pendant huit ans sous le gouvernement Bush, et là, ils veulent faire passer leurs projets. Il ne faut pas oublier que le Congrès est plus protectionniste que le président puisque les représentants et les sénateurs doivent se faire réélire dans leur comté, et le protectionnisme, c’est vendeur auprès de l’électorat!»

Un plan reçu froidement par la population américaine

Même si Barack Obama assure aux Américains que le plan va permettre de créer ou de sauvegarder environ 3,5 millions d’emplois aux États-Unis, la population est profondément divisée sur l’utilité du plan. Près de la moitié des Américains, 45%, s’opposent au plan alors que 54% l’appuient. «Pourquoi les citoyens ne veulent pas du plan? Ils perdent leur maison, leur auto et leur emploi, mais voient les industries qui se sont mises dans le trouble elles-mêmes être financées avec leurs impôts. Ils ont l’impression de payer pour les gaffes des autres!», explique Khalid Adnane.

Toutefois, les États eux-mêmes ont mis leur poids dans la balance pour faire adopter le plan au plus vite, car la crise les frappe très durement. La Californie, dont le PIB équivaut à celui de la huitième économie mondiale, a annoncé qu’elle compte licencier 20 000 employés dans sa fonction publique d’ici au 1er juin, faute de pouvoir les payer. Selon M. Vandal, «la Californie est présentement au bord de la faillite, c’est un des États les plus endettés et elle a accumulé un déficit de 40 milliards de dollars pour l’année en cours. Ce sera un État à suivre de près, car la situation pourrait devenir explosive si ça ne s’améliore pas!».

Si tout se passe rondement, les premiers effets du plan de relance devraient se faire sentir dès l’été aux États-Unis, mais il faudra plusieurs mois avant de voir des nouvelles économiques encourageantes. «Il ne faut pas oublier que les répercussions de la crise sont mondiales, les États-Unis sont la première économie mondiale et doivent donner l’exemple, mais il faut que tous les États réussissent à trouver des solutions globales pour sortir de la crise», déclare Gilles Vandal.

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