Durant le mois de février à la salle Léonard-St-Laurent, le Théâtre du double signe présentait «Le sourire de la morte», une pièce aux personnages totalement déconcertants, écrite par le journaliste et écrivain québécois, André Ducharme.
Marilyne Blais
Cette production dans laquelle chacun des personnages fait preuve d’un charisme et d’une complexité à la fois troublante et poétique nous entraîne dans un univers d’émotions bouleversantes lorsque Jeanne rend visite à Louis, en prison. Celui-ci avait autrefois noué des liens avec Émilie, la sœur de Jeanne, qui a été retrouvée morte.
Entrer en direct dans un monde imaginaire
«Le sourire de la morte» est une pièce est vraiment impressionnante. Le jeu des acteurs, brillamment dirigés par la metteure en scène Pascale Tremblay, est si expressif que nous avons l’impression de vivre réellement leurs émotions troublantes. L’éclairage soigné rehausse le sentiment d’effroi que provoque le décor lugubre d’une cellule de prison. Dès la première scène, un jeu de lumière fait grandir progressivement l’ombrage d’un homme imposant. Le spectateur est tout de suite plongé dans un suspense intrigant, qui le saisit du début à la fin. La production a représenté des mois de travail pour les concepteurs, et ce, avant même l’entrée en jeu des acteurs.
Interpréter la folie
Véronic Rodrigue, qui joue le rôle d’Émilie, est une finissante de cette année à l’École nationale de théâtre du Canada. On l’a vue au Théâtre d’aujourd’hui dans Bob, ainsi qu’à la télévision dans les séries Les Invincibles et Les Hauts et les bas de Sophie Paquin. Bien que la jeune actrice incarne une femme très troublée psychologiquement, elle s’est d’abord concentrée sur l’aspect moins dramatique du personnage. Elle a été frappée par la luminosité d’Émilie, qui reste au fond d’elle une enfant pleine de vie. Ensuite, elle a abordé son côté plus sombre. «C’est le travail de l’acteur de ne pas se blesser en s’imaginant être soi-même le personnage.»
Véronic ne s’est pas basée sur des faits et gestes précis de personnes atteintes d’une maladie mentale. Elle évitait ainsi de reproduire les clichés associés à la folie. Elle a plutôt mis l’accent sur des tics nerveux. Elle s’est également inspirée de la chanson Le parc Belmont, interprétée par Diane Dufresne, dont les paroles lui rappelaient Émilie. Les spectateurs, très émus, sont portés à croire que son rôle exige beaucoup psychologiquement. Or le travail est plutôt physique. «C’est intense comme spectacle, mais c’est un défi amusant à relever et qui amène un bel épuisement.»
La culture québécoise est d’une grande richesse, mais l’engouement du public est pour le cinéma plutôt que pour le théâtre. «Le monde artistique est pourtant rempli de gens extraordinaires, qui font un travail incroyable. Le théâtre est un art offrant un rapport vivant et concret avec le public », soutient Véronic Rodrigue, et ce sont des œuvres intenses comme «Le sourire de la morte» qui sauront nous insuffler de plus en plus cette envie de voir du théâtre.

