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Categorized | Culturel

Polytechnique: de l’acte misogyne à l’œuvre humaniste

Posted on 10 février 2009 by admin

Le 6 décembre 1989, Marc Lépine entre à polytechnique pour mettre fin à la vie de 14 femmes et à la sienne. Presque vingt ans plus tard, la première œuvre cinématographique sur le sujet est enfin née.

Claudelle Baillargeon

Pour Denis Villeneuve, un film sur la Polytechnique n’aurait pas pu sortir beaucoup plus tôt, car «c’est un moment de notre Histoire qui a rapport à la honte et qui a ensuite suscité beaucoup de colère». De plus, «il a divisé un certain discours des hommes, le discours des femmes et il n’y a pas vraiment eu de dialogue. Les gens ont voulu fermer la marmite, colmater et laisser pourrir ça». Mais, selon lui, il est important de «revisiter cette douleur-là et de partager avec les étudiants ce qu’ils ont vécu».

Un geste politique

Marc Lépine disait se suicider pour des raisons politiques: il jugeait que les féministes lui gâchaient la vie, car elles avaient acquis trop d’avantages. À la suite de la tuerie, plusieurs hommes ont montré de la sympathie envers le criminel; les soldats du Régiment aéroporté de l’armée canadienne basé à Petawawa auraient même fait une célébration en son honneur. «Les hommes qu’on a rencontrés qui étaient présents à l’époque et qui ont entendu toutes ces réactions ont été vraiment choqués. Ce ne sont pas tous les gars qui pensaient comme ça!», affirme Karine Vanasse, actrice et coproductrice du film. «En fait, ce qui est dommage, c’est que Marc Lépine ait réussi à créer la division qu’il voulait», rajoute-t-elle.

Pour le réalisateur, «il faut avoir un esprit détourné pour commencer à y voir quelque chose de positif: c’est juste un gros gâchis, un geste d’une lâcheté, d’une laideur incommensurable. Alors, un homme qui revendique un geste comme celui-là, c’est une personne d’une grande lâcheté pour qui je n’ai aucun respect. Ces hommes n’ont rien à voir avec la condition masculine», souligne-t-il. «Le film, par contre, révèle cette peur et parle de cette colère qu’ont les hommes de partager le pouvoir. Je pense que cette peur-là, chaque homme la porte plus ou moins en lui, ce qui est normal, parce que c’est tout récent: on est en train de s’ajuster», explique M. Villeneuve. L’événement aura au moins permis de sensibiliser certains garçons.

Le féminisme post-Lépine

Depuis quelques années, nous entendons un discours, très présent dans les médias, qui affirme que les hommes et les femmes sont égaux et que le féminisme n’a donc plus lieu d’être. Denis Villeneuve, quant à lui, croit que le féminisme est aussi pertinent qu’il y a un siècle. «Le féminisme est tout nouveau: nous en sommes encore aux premiers balbutiements du partage de pouvoir entre les hommes et les femmes», fait-il remarquer.

«On m’a demandé si j’étais féministe avant même que je ne me pose la question, raconte Karine Vanasse, est-ce que cela veut dire qu’avant, je ne posais pas de gestes qui allaient dans le sens des féministes? J’ai toujours essayé de prendre ma place en tant que fille et en tant que femme (car c’est vers ça que je me dirigeais éventuellement); j’ai toujours essayé de militer pour qu’il n’y ait pas de différences, qu’on soit vraiment égaux… Mais à dix-huit ans, quand on m’a posé la question, je n’ai pas su quoi répondre. Ça m’a vraiment troublée: je ne trouvais pas ça normal d’hésiter à ce moment-là, parce que concrètement, c’est ce que j’étais! Donc, oui, je suis féministe; c’est sûr que je le suis, mais la question qui suit cette réponse est: est-ce qu’on a la possibilité de ne pas l’être? Ça va de soi! », s’exclame-t-elle.

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