Qu’est-ce qui fait l’originalité d’un film? Son nombre de péripéties? Son impact sur le spectateur? Un peu de tout cela et aussi sa faculté à faire oublier que ses personnages sont fictifs. Avec À l’ouest de Pluton, Henry Bernadet et Myriam Verreault réussissent le défi de transformer le spectateur en voyeur et de lui faire vivre toute une palette d’émotions.
Mélissa St-Yves
Selon la coréalisatrice, Myriam Verreault, «c’est un film hyperréaliste sur l’adolescence, pas un film d’ado. À l’ouest de Pluton dresse le portrait d’adolescents à partir d’un 24 heures marquant de leur vie.» Certes, les personnages incarnent divers types d’adolescents durant des épisodes clés de l’adolescence, comme le fameux party qui tourne à la catastrophe ou la scène du garçon épris secrètement d’une fille qui l’ignore. Toutefois, ces thèmes classiques ne se bornent pas à la facilité. Le jeu des acteurs est naturel. Le film n’a rien à voir avec les «films d’ado» hollywoodiens que l’on rencontre périodiquement. La visée du film est l’authenticité.
D’ailleurs, l’équipe de production a présenté le film à l’étranger. Elle a été agréablement surprise par les réactions du public. En Hollande ou à Berlin, les gens «se reconnaissent en cette équipe d’ados allumés de Loretteville.» Qu’importe d’où l’on vient quand les émotions sont universelles. Tout enfant mûrit un jour et connaît les mêmes inquiétudes quant à sa société. Comme le souligne la coréalisatrice, «les ados, même s’ils ont 14 ou 15 ans, pensent à autre chose qu’à leurs chums ou à leurs blondes.» La relève en devenir est formée de jeunes avertis qui ont, eux aussi, à cœur des sujets comme la souveraineté.
Des dialogues puissants et touchants
Les réalisateurs se sont basés sur leurs expériences personnelles pour établir un scénario qu’ils ont ensuite adapté avec les trouvailles des comédiens, de véritables jeunes «qui n’ont pas encore fait le Conservatoire, qui jouent avec naïveté». En effet, les dialogues n’empruntent pas de vocabulaire rigide ou désuet. Les acteurs parlent avec leurs mots. Parfois, ils improvisent. La candeur de leurs propos soulève des enjeux actuels tels que les personnes âgées ignorées par la société ou l’informatisation massive des données personnelles.
La quête de l’identité perce chacune des histoires. Comme Pluton, qui a perdu son identité de «planète», l’adolescent a perdu son enfance et doit composer avec de nouvelles réalités. Enfin, avec la fraîcheur de son âge et de ses nouvelles responsabilités, voici ce qu’en pense un personnage du film, Pierre-Olivier : «Pour moi, Pluton, ça va toujours rester une planète, qu’on pense ou non qu’elle en est une. L’important, c’est qu’elle est là, quelque part, pis qu’elle existe.»
Ce film d’Henry Bernadet et de Myriam Verreault vaut vraiment le détour. Il sera présenté le 2 mars, à 19h, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, dans le cadre de la série Regards d’auteur et en hommage au Festival du nouveau cinéma de Montréal.

