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Le bonheur de Pierre, de Rémy, de Robert, de Guy…

Posted on 09 mars 2009 by admin

Le bonheur de Pierre, comédie légère coproduite avec la France, permet d’assister à la rencontre entre Rémy Girard et le légendaire comique français Pierre Richard. Le producteur Guy Bonnier, qui scénarise sa première œuvre pour le grand écran, a fini par le convaincre de bien vouloir se remettre dans la peau de son charismatique personnage.

Louis Pascal Perreault

Pierre Martin (Pierre Richard), professeur de physique quantique à la Sorbonne, hérite soudainement d’une auberge située dans un tout petit village du Saguenay. Il y voit l’occasion d’apporter un tournant à sa vie et de convertir sa fille Catherine (Sylvie Testud), une véritable Parisienne stressée, à sa philosophie du bonheur. Quand le physicien arrive à Sainte-Simone-du-Nord, sa vision candide se heurte à Michel Dolbec (Rémy Girard), le maire hostile aux étrangers, qui contrôle tout le village et qui veut absolument récupérer l’auberge, le seul commerce qui ne lui appartient pas. (Cela reflète une réalité qui se vérifie souvent à l’échelle municipale…)

Un film simple avec ses qualités

Les journalistes de la métropole s’étaient peut-être levés marabouts le jour de la projection de presse. Ils n’ont pas aimé, au point de démolir la production. Pourtant, il faut prendre le film pour ce qu’il est: une comédie sans prétention. Non, il ne réinvente pas l’humour. Oui, il nous sert une série de clichés. (Est-ce que c’est un cliché que d’utiliser la langue du Saguenay?) Mais il garde une certaine retenue dans le jeu, dans le rythme, et il nage bien au-dessus d’un tas de comédies légères produites ici ou aux États-Unis… C’est un plaisir de plus en plus rare que de voir Pierre Richard à l’œuvre. À 73 ans, il est encore en grande forme. Son personnage de distrait éthérique sur qui le malheur ne colle jamais conserve de sa fraîcheur et vient nous calmer un peu dans notre rythme de vie effréné. Rémy Girard incarne un personnage que l’on finit par détester, une première dans son cas. (Bon, le rebondissement de la fin vient cependant renverser la situation et nous réconcilier avec lui.) Et Sylvie Testud, que nous connaissons peu, offre toute une performance. L’accumulation des infortunes de Catherine nous la rend très attachante, malgré son cynisme typiquement parisien.

La musique sympathique rappelle un peu celle des premiers films de Pierre Richard, comme Le distrait. Puis, il s’agit d’un des très rares tournages récents qui offrent des scènes hivernales. Ça coûte trop cher aujourd’hui. Plusieurs voient dans le scénario une sorte de Grande séduction à l’envers. Peut-être… Mais il faut savoir que le texte était écrit avant même que La grande séduction ne soit portée à l’écran. Somme toute, on offre un film qui ne mérite peut-être pas de grands éloges, mais certainement pas de hargne critique. Comme le confie Guy Bonnier, «l’humour n’est pas quelque chose d’universel, contrairement à la peine». Le scénariste se dit heureux d’obtenir un 70% de satisfaction dans les salles où le film a été testé.

Échange et rencontres

«Le cinéma, pour moi, c’est des rencontres», affirme le réalisateur, Robert Ménard. Tout le monde attendait avec une certaine nervosité celle avec Pierre Richard. Rémy Girard était même intimidé de partager le plateau avec une de ses idoles. Monsieur Richard a vite fait fondre la glace. Il avait vu et apprécié lui aussi bien des films mettant en scène Rémy Girard. Une complicité s’est vite installée entre les deux hommes. Robert Ménard devait parfois les calmer et reprendre le contrôle. À la fin du tournage, Pierre Richard et Sylvie Testud sont allés voir le réalisateur pour lui dire: «On voudrait te remercier, car on n’a jamais joué avec des acteurs comme ça.» Contrairement au maire de Sainte-Simone, les Québécois honorent encore leur réputation de gens accueillants.

Diffusion

Le film a été bien accueilli par le public français. On a eu la bonne idée de ne sous-titrer que certains mots, comme «gigon» (con). De plus, la grande popularité dont jouit encore Pierre Richard dans toute l’ex-URSS permettrait aussi une diffusion là-bas, explique Guy Bonnier. Nul doute que c’est la présence de M. Richard qui a permis au film autofinancé de se concrétiser avec des partenaires comme Jérôme Grange en France.

Guy Bonnier a dû insister quelques années pour convaincre le grand blond, qui ne voulait plus faire le drôle, qui voulait plutôt émouvoir etd’aller voir «où son caractère est rendu 25 ans plus tard.» Ne lui en déplaise, Pierre Richard a toujours été un comique émouvant.


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