imprimer cette article imprimer cette article

Categorized | Culturel

Le visionnaire, le rêveur, le rassembleur…

Posted on 23 mars 2009 by admin


Dédé à travers les brumes… un film attendu et espéré depuis plusieurs semaines dans tout le Québec. Plusieurs iront voir cette superbe production centrée sur l’histoire d’André Fortin, regretté leader du défunt groupe Les Colocs, et en sortiront chamboulés bien malgré eux.

Marianne Drouin

Dédé à travers les brumes, réalisé par Jean-Philippe Duval, se concentre sur la vie artistique de Dédé: la période de production de l’album Dehors novembre est présentée en alternance avec le parcours chronologique du groupe depuis les tout débuts. Le film permet de comprendre un peu plus le quasi mythique chanteur des Colocs en nous amenant à sa rencontre.

La trame narrative est tissée à même les chansons des Colocs, interprétées à merveille par Sébastien Ricard, le «Batlam» des Loco Locass, qui incarne avec brio Dédé Fortin. Les mordus retrouveront avec plaisir l’euphorie et l’exubérance des «années Colocs», avec les très connues Rue principale ou Julie, mais les spectateurs assisteront aussi à la détresse, la douleur et l’angoisse grandissantes de Dédé au fil du temps, exprimées dans des chansons comme Tout seul, Tellement longtemps ou Le répondeur.

L’intensité de Dédé

8 mai 2000. Le Québec est bouleversé en apprenant le suicide par hara-kiri de Dédé Fortin. Point culminant du film, ce passage, montré de façon sobre, laissera les spectateurs troublés. En parlant de Dédé, David Quertignez, l’acteur belge qui interprète le bassiste des Colocs, remarque que «c’est vraiment frappant de voir à quel point il fait partie de la culture québécoise, et pas seulement de la culture, il fait aussi partie des « tripes » des gens; les gens l’ont à l’intérieur».

Le film, axé sur le personnage de Dédé, lui rend bien l’hommage qu’il mérite. On y voit un Dédé Fortin «ouvert», «inclusif», un «rêveur», un «grand visionnaire», un «artiste fabuleux», un «rassembleur extraordinaire», d’après les commentaires de Joseph Mesiano, (Mike Sawatzky, guitariste des Colocs), de Sébastien Ricard et du réalisateur Jean-Philippe Duval. Mais l’optimisme de Dédé contraste aussi avec ses déchirures et ses tourments, qui émanent à la fois de la mort de son ami et musicien Pat, de l’échec du référendum de 1995 et de une déception amoureuse.

La richesse du multiculturalisme

Les Colocs étaient composés d’un métissage de cultures et de musiques: un guitariste amérindien de la Saskatchewan, un bassiste belge, un joueur d’harmonica français, sans oublier la contribution des frères Diouf qui entonnent le fameux «balma balma sama wadji khadjalama yonwi» de la chanson Tassez-vous de d’là. Ainsi, remarque Sébastien Ricard, Les Colocs étaient «un groupe ouvert sur les autres et en même temps très fiers de ce qu’ils étaient». Plutôt que de se borner à leur identité, ils puisaient dans plusieurs cultures, présentant ainsi le souverainisme avec un nouveau visage d’ouverture.

Bien que le groupe n’ait jamais visé une carrière internationale, ils auraient pu connaître du succès à l’étranger: Joseph Mesiano, qui réside maintenant à New York, et David Quertignez, en Belgique, ont tous deux fait écouter les albums des Colocs à leur entourage. Ainsi, ces quelques New-Yorkais ont adoré les pièces les plus rythmées, et les enfants de Quertignez, 10 et 13 ans, écoutent en boucle la chanson Belzébuth (celle qui, brillamment, commence et termine le film)…

L’artiste et l’engagement social

Dédé à travers les brumes nous fait également traverser la décennie 1990: «Oui c’était André Fortin, oui c’étaient les Colocs, mais c’était aussi la période politique et sociale dans laquelle était plongé le Québec», note Jean-Philippe Duval. Ainsi, le film nous fait assister à «l’espèce vent de fraîcheur arrivé avec Dédé» et la musique des Colocs, après la désillusion postréférendaire et le «vide musical» au Québec dans les années 1980.

Avec entre autres la reconstitution du spectacle de lancement de l’album Atrocetomique, le 30 octobre 1995, pendant la soirée référendaire, le film «montre les préoccupations sociales d’André et son engagement, sa grande foi en l’indépendance du Québec», explique le réalisateur. David Quertignez, qui ne connaissait rien aux Colocs avant de jouer dans le film, comprend maintenant que Dédé «avait envie de faire bouger les choses ici, de redonner de l’engagement aux gens».

Après un tel film, il est opportun de se demander si le discours et la fièvre souverainistes pourraient être ranimés au Québec, pas seulement dans la sphère politique, mais aussi dans le monde artistique. On connaît la position de Sébastien Ricard et des Loco Locass. Celui-ci se demande tout de même : «Qu’est-ce qu’on pourrait encore ajouter qui n’a pas déjà été dit?» Pour David Quertignez, qui est aussi musicien, Dédé à travers les brumes suscite des questions comme «qu’est-ce qu’un artiste, maintenant, en 2009? Quelle est la place sociale et politique de l’artiste?»

[Exergue]

«C’est vraiment frappant de voir à quel point il fait partie de la culture québécoise, et pas seulement de la culture, il fait aussi partie des «tripes» des gens.»

Comments are closed.