Critique CD
Sylvain Lelièvre, Versant Jazz Live au Lion d’Or
novembre 2001, GSI Musique, 2002.
Michaël Janelle-Montcalm
Rien ne sert de courir, il faut partir à point. C’est une leçon qui été bien comprise par Lelièvre, célèbre chansonnier, pianiste et poète québécois. Son parcours musical a commencé au milieu des années 1970, sur les traces de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault. Puis, ses pas l’ont mené sur tous les fronts de la chanson québécoise. Ses textes sont parfois drôles, parfois graves, mais toujours bien sentis. En 2001, après une douzaine d’albums, il repartait pour un autre tour de piste.
Il s’est permis la fantaisie personnelle de réaliser un spectacle aux saveurs jazz. Et pas n’importe quelle cuvée! Tous les ingrédients sont réunis pour réussir: des textes ingénieux, une section de cuivres impeccable, une solide section rythmique et un chanteur raffiné. Même s’il est live, le disque est d’une qualité exceptionnelle et incarne ce côté caché de l’artiste.
Curieusement, la première pièce du disque s’intitule Le joueur de piano et raconte l’histoire d’un pianiste de bar blasé voulant jouer du jazz. Coïncidence? Dans la même veine humoristique, Le coup du téléphone est un blues absurde avec un bon duo piano et rires. On aura un plaisir semblable à écouter Le blues du courrier, en partageant l’univers délirant du compositeur.
Quelques incartades sont faites du côté purement instrumental. Richard Beaudet (sax ténor) interprète une superbe balade nommée Quand le saxo… Aussi, le trombone de Kelsey Grant se déchaîne dans Le croque-mort à coulisse. Le pianiste, quant à lui, offre une sincère version du standard ‘Round Midnight.
Les fans de Sylvain Lelièvre reconnaîtront sans problème Marie-Hélène et Un bout de chemin, où les airs connus sont à l’honneur. Somme toute, le disque est une flamboyante fusion de la chanson de répertoire et du jazz, humour en prime. À découvrir ou redécouvrir!
Critique Livre
Putain, Nelly Arcan, Seuil, 2001, 192 p.
Christelle Lison
Putain, le titre est clair, mais surtout racoleur. Putain est le premier roman d’une jeune Québécoise, une pute de luxe. Ce livre, c’est tout ce que vous avez peut-être voulu savoir sur ces filles, sans jamais avoir osé le demander!
L’histoire est assez banale: celle d’une jeune femme qui fuit le milieu familial étouffant, un père trop religieux et une mère trop absente, pour aller s’installer à Montréal. Elle s’y consacre à trois occupations principales: ses études littéraires à l’Université du Québec à Montréal, sa profession de prostituée de luxe, parce qu’exercée volontairement et librement, «proprement» d’une certaine manière, et ses rendez-vous chez le psychanalyste.
Ce livre a été encensé, notamment en France, où il a été en nomination pour de prestigieux prix littéraires. Pourtant, il vaut mieux ne s’attendre à rien de Putain, car sinon, il y a de quoi être déçu. La séance de psychanalyse de plus de 180 pages est verbeuse, le style est répétitif et l’histoire simplement absente. En plus, l‘écriture sous forme de confession, avec ses phrases interminables et son amas de virgules, est rude à suivre. En outre, le livre a suscité de vifs débats concernant son authenticité puisque Arcan n’a jamais consenti à distinguer le vrai du faux.
Au fil des pages, les queues se succèdent dans la bouche de Cynthia (nom de prostituée de Nelly Arcand), entre ses jambes, mais surtout dans son esprit dérangé par tant de putasserie. Il n’y a pas d’évolution dans la réflexion de la narratrice. Tel le serpent qui se mord la queue, ce récit obsessionnel tourne constamment sur lui-même, reprenant les mêmes détails, les mêmes images, répétant les mêmes souffrances.
Putain se voulait un roman réaliste, c’est tout juste un témoignage, un de plus, de femme, prostituée moderne de luxe, qui trimbale son fardeau familial. On reste finalement sur sa faim, du moins à mon point de vue.
Critique film
Adventureland (v.f.), Greg Mottola, É-U, 2009, 107 min.
Pier-Olivier St-Arnaud
Greg Motolla, surtout connu pour ses téléséries, revient au grand écran avec un second film sur la vie des adolescents. Il est en effet l’homme derrière le film Supermalade, cet hommage vulgaire et cru aux périples de la jeunesse. Dans Adventureland, Greg Motolla propose aux cinéphiles une œuvre à la croisée des chemins, entre comédie absurde et drame romantique. La distribution d’acteurs impressionne, mais qu’en est-il du film?
En 1987, James, interprété par Jesse Eisenberg, est un jeune homme dont les rêves de voyager en Europe sont brisés par des difficultés financières. Pour y remédier, il décide de travailler à la foire de la ville, «Adventureland», où il tombe amoureux d’Em, le personnage de Kristen Stewart. Bref, jusque là, rien de bien original. Ce qui le fait détonner du lot, c’est le sérieux avec lequel les thèmes sont abordés; drogue, sexe, religion sont autant de problèmes auxquels font face les jeunes de cette foire. En ce qui concerne le jeu des acteurs, c’est à la fois une surprise et une déception. Alors que la distribution complète (y compris le célèbre Ryan Reynolds) tente tant bien que mal de rendre crédible l’œuvre, Kristen Stewart vole la vedette. Sa prestation est sans conteste l’une des meilleures de sa carrière. C’est assurément sa présence qui maintient l’œuvre cinématographique de Motolla à un niveau respectable, à travers l’humour cru et les scènes vulgaires qui parcourent ce drame sentimental. D’ailleurs, c’est cette vulgarité qui déplaît. Motolla tente de jumeler l’humour de Supermalade à la sensibilité du monde d’Adventureland, et le résultat n’est pas satisfaisant.
Au final, Adventureland demeure une œuvre appréciable. Cette comédie dramatique/romantique saura davantage vous faire réfléchir que sourire. Par ailleurs, le récit d’Adventureland évoquera chez les plus âgés une certaine nostalgie et chez les plus jeunes, un certain espoir. Il serait par contre préférable d’attendre la sortie DVD pour le visionnement.

